(Par Alain Lubamba)
La redécouverte de la vie du Maréchal Mobutu Sese Seko au Musée national de la RDC ravive l’intérêt des jeunes pour une histoire politique souvent réduite à des caricatures. Cette mobilisation, renforcée par la visite privée au Musée national de l’Émir du Qatar en séjour officiel à Kinshasa, ouvre un débat sur l’héritage de Mobutu, les menaces qui ont pesé sur le Zaïre et l’actualité géopolitique congolaise.
L’analyse s’appuie sur des sources historiques et scientifiques reconnues, tout en établissant un parallèle entre la lutte du Maréchal MOBUTU pour l’unité nationale et l’action contemporaine du Président Félix Antoine TSHISEKEDI pour le retour de la paix.
- un engouement populaire révélateur d’un besoin de repères républicains
La présentation de la vie du Maréchal MOBUTU au Musée national a attiré une foule majoritairement jeune, démontrant que l’histoire politique du Zaïre continue de susciter l’intérêt et le débat.
Cette réaction confirme les travaux d’historiens tels que Georges Balandier, Jean-François Bayart ou Filip Reyntjens, qui soulignent le pouvoir de la mémoire politique dans les sociétés africaines postcoloniales.
Les jeunes visiteurs ont découvert le rôle central que le Maréchal MOBUTU attribuait à la paix, à l’unité du territoire et à la cohésion nationale, valeurs structurantes du nationalisme zaïrois (Nzongola-Ntalaja, 2002).
L’événement a également bénéficié d’une exposition internationale inhabituelle, notamment grâce à la visite privée de l’Émir du Qatar, confirmant l’intérêt diplomatique renouvelé pour la mémoire politique congolaise.
- une nostalgie fondée sur la perception de pertes accumulées depuis 1997
Au-delà de l’émotion, de nombreux Congolais associent la dégradation sécuritaire, l’érosion de l’autorité de l’État et la fragmentation territoriale à la période post-Mobutu.
Les analyses de M. Wrong (2000), Jason Stearns (2011) et International Crisis Group (2003-2022) confirment que la chute du Zaïre a ouvert une phase d’instabilité régionale dont les effets persistent.
Concernant sa maladie et sa mort, certaines rumeurs populaires évoquent un affaiblissement orchestré par des forces extérieures convoitant les richesses du pays. Sans adhérer aux spéculations, l’histoire documentée montre que :
– dès la fin des années 1980, les pressions internationales sur Mobutu se sont accrues,
– le pays était considéré comme un pivot stratégique majeur, comme l’a rappelé Frantz Fanon dans une métaphore fameuse : « L’Afrique a la forme d’un revolver, dont la gâchette se trouve au Zaïre ».
Cette image, largement reprise dans l’analyse géopolitique africaine, illustre la centralité économique et stratégique du Congo-Zaïre.
- parallèle historique : Mobutu – Tshisekedi dans le combat pour la paix et la souveraineté
Une déclaration attribuée au Maréchal Mobutu résume sa doctrine de paix :
« Pour la paix au Zaïre, je suis prêt à pactiser même avec le diable. »
Cette formule illustre la centralité de la paix dans sa vision politique.
À ce jour, un parallélisme saisissant apparaît dans l’action du Président Félix Antoine Tshisekedi.
En effet :
– comme Mobutu l’affrontait, la RDC subit encore des agressions extérieures documentées par les rapports successifs des Nations unies (Groupe d’Experts sur la RDC, 2001–2024) ;
– plus de 10 millions de morts ont été enregistrés directement ou indirectement depuis le déclenchement de la guerre de 1996, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale (IRC Mortality Study 2008 ; P. Pham 2010 ; UNHCR & OCHA estimations).
La responsabilité du régime du Président rwandais Paul Kagame, fréquemment évoquée par des organisations internationales, est confirmée dans plusieurs rapports de l’ONU et travaux de chercheurs comme Reyntjens (2013), Stearns (2011), V. Prunier (2009) ou Human Rights Watch.
Dans cette continuité historique :
– Mobutu affirmait être prêt à négocier avec tout acteur pour préserver la paix ;
– Tshisekedi, aujourd’hui, multiplie les offensives diplomatiques, juridiques et sécuritaires (Union africaine, CEEAC, CIRGL, Nations unies, accords bilatéraux) pour obtenir un retour de la paix sans faucher inutilement des vies congolaises.
Cette posture rappelle que la défense de la RDC est autant une bataille militaire qu’une bataille diplomatique.
- pour une refondation de l’éducation nationale autour des valeurs républicaines
L’histoire récente de la RDC montre que les crises récurrentes sont souvent liées à l’affaiblissement des valeurs civiques et de l’unité nationale.
Les chercheurs en sciences de l’éducation, tels que K.B. Ngandu (Université de Kinshasa) ou M. Tshiyoyo (2015), insistent sur l’importance d’un curriculum fondé sur la citoyenneté, la cohésion et la connaissance de l’histoire nationale.
Ainsi, il devient urgent d’intégrer dans les programmes scolaires :
– la paix comme valeur républicaine,
– la cohésion nationale comme fondement de la stabilité,
– l’unité territoriale comme priorité suprême,
– la politique de la territoriale des non-originaires, héritée du Zaïre.
Ces enseignements permettraient de contrer les dérives identitaires ayant alimenté plusieurs conflits locaux depuis les années 2000 (UNDP Conflict Mapping Report).
En conclusion, la redécouverte de l’ancien Président de la République, MOBUTU SESE SEKO à travers une initiative culturelle majeure (MOBUTU : une Vie et un Destin ) organisée par sa famille biologique n’est pas un simple épisode mémoriel.
Elle réactive un débat scientifique et citoyen sur la paix, la souveraineté et l’unité nationale.
Les références historiques montrent que :
– les menaces externes contre le Zaïre étaient réelles,
– celles contre la RDC le sont toujours.
Ainsi, les dirigeants du pays, avec l’appui du peuple congolais doivent encore et davantage :
– Engager des stratégies diplomatiques et sécuritaires complexes pour maintenir l’intégrité du pays.
– Réintroduire ces enjeux dans l’éducation nationale.
La réflexion collective est indispensable pour garantir la paix durable, la cohésion nationale et la reconstruction d’un État fort au cœur de l’Afrique.
Honorable Alain LUBAMBA
Politologue et technocrate
A propos de l’auteur
Monsieur Alain LUBAMBA wa LUBAMBA est une figure reconnue de la pensée technocratique congolaise contemporaine. D’abord identifié, au lendemain de la fin du régime MOBUTU en 1997, comme l’un des jeunes néo-mubutistes porteurs d’une vision de continuité républicaine, il s’est progressivement affirmé, après les élections de 2006, comme un acteur politique et institutionnel d’envergure.
Il a successivement exercé les hautes fonctions de Vice-Ministre honoraire des Affaires étrangères, puis de Vice-Ministre du Budget, ainsi que de Président du Conseil d’Administration du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses. Il est ensuite devenu Député national honoraire et Vice-président de la Commission permanente chargée des Relations extérieures à l’Assemblée nationale.
Agent public, sa carrière s’est également distinguée par une participation active au Réseau mondial des Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement (PNND), ainsi que par son implication constante au sein de l’Organisation des parlementaires africains contre la corruption (APNAC), où il s’est illustré comme un activiste déterminé.
Fort de cette trajectoire riche et diversifiée, Alain LUBAMBA a consolidé une réputation fondée sur l’excellence de son expertise, la profondeur de son expérience opérationnelle et sa maîtrise des enjeux de politiques publiques. Ses analyses, ses prises de position et ses publications lui valent aujourd’hui d’être reconnu comme un Technocrate de haute facture, apprécié pour la rigueur de son jugement, la clarté de sa pensée stratégique et la constance de son engagement au service de l’État.
