Un conflit ravageant la province de Maï-Ndombe dans la partie Ouest de la République Démocratique du Congo prend de plus en plus de l’ampleur.
Alors que tous les regards ne sont braqués que dans sa partie orientale avec cette crise sécuritaire et humanitaire provoquée par la coalition rebelle de l’AFC/M23, les quatre provinces entourant la capitale Kinshasa dont le Kongo Central, le Maï-Ndombe, le Kwango et le Kwilu sont envahies par cette milice des Mobondo. Et même l’Est de Kinshasa, dans la commune de Maluku, compte à ce jour plusieurs éléments Mobondo semant paniques, tueries et déplacements des populations vers des zones plus sécurisées.
«Un conflit terrien et fermier»
Parti d’un simple conflit terrien et fermier, ce mouvement rebelle constitue aujourd’hui non seulement une menace permanente pour la population des zones occupées mais également pour le régime de Kinshasa à cause de son extension assez rapide dans les provinces qui constituent la ceinture même de la capitale, a indiqué l’honorable Modeste Kazwazwa, Député honoraire et notable de la province de Kwango.
«Nous nous posons la question de savoir comment un mouvement qui est parti d’un conflit terrien et fermier, et aujourd’hui, que ça puisse s’étendre jusqu’à couvrir presque la ceinture terrienne de la ville-province de Kinshasa ? Il faut que nous puissions approfondir la question pour voir est-ce il n’y a pas de gens qui instrumentalisent cette affaire ? », s’est interrogé avec émoi ce notable de cette province victime des atrocités commises par les Mobondo.
Une interrogation qui, du reste, ne trouve pas encore sa réponse d’autant plus que les autorités n’y prennent pas assez garde en vue d’éradiquer sans complaisance ce phénomène qui risquerait, dans ce silence prolongé des décideurs, d’embraser toute la région ouest du pays.
Un conflit aux allures d’une crise humanitaire
La Commission diocésaine estime déjà à 280.000 déplacés liés au phénomène Mobondo entre Juin 2024 et octobre 2025 et près de 5000 morts. Des nombres qui ne cessent de grimper face à une présumée non clairvoyance des autorités tant provinciales que nationales qui devraient éradiquer, en toute urgence, ce phénomène.
L’école primaire NZAMU, située dans la commune de Maluku dans l’Est de la ville de Kinshasa sert désormais de site des déplacés de Kwamouth. Cette ancienne école héberge 40 familles, soit près de 200 personnes pour un abri sommaire.
Ces déplacés auraient été coupés de toute aide alimentaire depuis un an et vivent à peine dans la débrouille et la plus grande précarité.
« Une salle de classe abrite 3 à 4 familles. Nous voulons le retour de la paix pour que chacun rentre chez soi, dans son milieu habituel où chacun sait comment faire pour se prendre en charge et comment nourrir les enfants. Si nous continuons à rester ici à Kinshasa, comment allons-nous vivre ? », s’est alarmée Bertine Ngalula, déplacée du territoire de Kwamouth au micro de TV5Monde.
Cette milice encore hors de contrôle continue à multiplier ses exactions dans tous les territoires qu’elle occupe.
«Une crise oubliée»
A en croire Samuel Ntumba Kalala, chercheur à la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Kinshasa, il faut une solution urgente pour l’éradication profonde et définitive de ce phénomène.
«Ce sont des milliers de personnes qui meurent. C’est la raison pour laquelle une décision doit être prise dans toute l’urgence pour essayer d’éradiquer ce phénomène. Dans tous les médias on ne parle que de la crise de l’Est. C’est pourquoi nous disons que cette crise de l’Ouest qui est à la porte de Kinshasa est une crise oubliée», a-t-il déplorée en substance.
Il sied de rappeler que c’est depuis 2022 qu’une crise avait éclatée entre la communauté Téké et Yaka dans le grand Bandundu, laquelle a tourné vers la création de la milice Mobondo qui est composée majoritairement des Yaka. De mieux en mieux armée, elle a élargi son territoire et occupe présentement cinq provinces dont Kinshasa. Elle a attaqué, le 7 novembre dernier, Kingakati, concession privée de l’ancien président Joseph Kabila qui, il y a peu, a été nommé par Jean-Pierre Bemba, alors Ministre de la Défense, comme le parrain de ce mouvement rebelle de l’Ouest du pays.
César Nkangulu
