(Par le Professeur Patience Kabamba)
Afin d’élaborer la présente réflexion sur le mot du « weekend », je mobilise les analyses théoriques de Michel Maffesoli (1978/2026) relatives à la compréhension du pouvoir, dans le but de les appliquer aux événements contemporains en République démocratique du Congo.
Le sociologue Michel Maffesoli indique qu’il existe, d’une part, le pouvoir étatique ou gouvernemental chargé de l’administration des affaires publiques, et, d’autre part, la puissance instituante, c’est-à-dire le peuple, qui fonde le pouvoir institué au service de l’État. Lorsque ces deux pôles sont en équilibre, c’est-à-dire lorsque le pouvoir institué assure effectivement son rôle consistant à garantir à la population la sécurité physique, alimentaire et sanitaire, on peut alors qualifier ce système de démocratie. Le pouvoir constitue uniquement la manifestation de la force collective du peuple. Néanmoins, lorsqu’il existe un désaccord entre la puissance instituante et le pouvoir institué, comme cela est observé au Congo depuis plusieurs décennies, une difficulté survient. Cette situation correspond précisément à celle que nous expérimentons au Congo. Il existe ainsi une dissociation entre le pouvoir vertical et la puissance horizontale, entre le pouvoir institué et la puissance instituante.
L’incapacité du pouvoir institué à assumer le rôle à lui confié par la puissance instituante engendre une période d’instabilité jusqu’à l’établissement d’une harmonie entre ces deux instances. Le problème réside dans l’incertitude quant à la durée nécessaire du rétablissement de l’équilibre optimal. Au Congo, depuis la prise de pouvoir par la force du général Mobutu en 1965 jusqu’à aujourd’hui, plusieurs décennies se situent dans cette plage temporelle de décalage. L’établissement du nouvel équilibre requiert un certain laps de temps. Il apparaît que nous assistons à une désintégration progressive et constante de la RDC. Ce décalage perdurera jusqu’à l’émergence d’une nouvelle élite.
Dans l’intervalle, cette défaillance est habituellement surmontée par ce que l’on désigne sous le terme de circulation du pouvoir, c’est-à-dire un transfert du pouvoir d’un détenteur à un autre à l’issue d’une décennie de mandat. Cette circulation est établie par l’autorité constituante au moyen d’élections libres et transparentes.
Depuis le 13 octobre 2026, un collectif mené par l’ancien président de la République du Congo a constitué le Front pour la refondation de la Nation, une organisation politico-militaire. Ce groupe ambitionne de favoriser l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite afin de remédier au déséquilibre existant. Bien que l’analyse effectuée par le nouveau groupe rebelle semble pertinente, il ne revient pas à ce groupe de se substituer à la puissance instituante, c’est-à-dire au peuple. Le temps consacré à la puissance constituante ne saurait être purement et simplement substitué par un groupe armé, indépendamment de ses motivations. Il incombe à la puissance instituante de rétablir l’équilibre et de réguler la circulation des élites au sein du pouvoir. Le conflit armé ne joue aucun rôle à cet égard. Il est nécessaire que le pays fournisse un effort soutenu afin de restaurer l’équilibre entre les deux pôles. C’est la population, et non un groupe armé, qui doit contrer les ambitions d’un troisième mandat, étant donné qu’elle constitue la puissance instituante. Une fois de plus, c’est la population, en tant que force horizontale, qui établit les conditions du pouvoir vertical.
Le déséquilibre observé au Congo sera résolu par l’émergence d’une nouvelle élite éduquée dans le respect de la puissance instituante. Ni un groupe politico-militaire, ni un troisième mandat imposé de force ne pourront suppléer la puissance instituante. C’est la population qui régule la mobilité des élites, elle constitue la force instituante. En résumé, bien que l’équilibre entre le pouvoir institué et la puissance instituante tarde à s’établir, le peuple, ou la puissance horizontale, conserve la prérogative de renouveler les élites dirigeantes. Le terme du weekend indique ainsi que la puissance instituante constitue la seule instance habilitée à œuvrer sur l’équilibre entre le pouvoir et le peuple. D’un point de vue théorique, le Mouvement pour la démocratie et le travail (MDW) considère que l’organisation des prochaines élections en collaboration avec des acteurs indépendants constitue la seule opportunité de restaurer la puissance constituante. Les élections dûment organisées, libres et transparentes, permettant l’émergence d’une élite disposée au sacrifice pour la refondation de la nation congolaise, constituent l’unique solution à la crise. Au cours de la première année de son mandat, la nouvelle autorité établie doit initier un dialogue national afin de déterminer les orientations stratégiques pour les décennies à venir. Tandis que les pays voisins progressent en ayant établi un équilibre relatif entre le pouvoir institué et la puissance instituante, la République démocratique du Congo stagne, se limitant à la réhabilitation de certaines routes et à la création de quelques universités dont la majorité des enseignants demeure dans des conditions incompatibles avec la conduite de recherches. Une université ne se limite pas uniquement à ses infrastructures. Le MDW reconnaît ainsi les initiatives mises en œuvre par l’autorité établie à Kinshasa.
Cependant, il estime qu’il est essentiel qu’au terme de cette décennie de mandat en cours, l’autorité constituante reprenne le contrôle afin d’établir un équilibre en mettant en place les nouvelles élites à l’issue d’élections libres et transparentes sur l’ensemble du territoire. Les Nations Unies sont en mesure de surveiller les processus électoraux afin de prévenir les désordres observés lors des précédentes élections. Étant donné que ni les anciens présidents ni l’actuel ne se présenteront comme candidats, il incombe à la puissance constituante de désigner les nouveaux dirigeants chargés de conduire le pays vers la paix, le bonheur et la prospérité.
