Au-delà des mots d’interpellation, des appels à l’éveil patriotique et des initiatives de sensibilisation interne, Germain Kambinga s’est prêté à une réflexion rigoureuse sur les enjeux politiques et sécuritaires qui marquent les esprits au plan national. Lors d’une émission, le week-end, sur la chaîne B-One Télévision, il a livré une analyse critique des motivations de Joseph Kabila, qu’il accuse d’entretenir un rapport conflictuel avec le peuple congolais, son successeur Félix Tshisekedi, lui-même et la Communauté internationale. Le président du Mouvement Le Centre a également dénoncé la création du Front de résistance nationale (FRN), qu’il considère comme une erreur monumentale aux conséquences potentiellement dramatiques pour la République démocratique du Congo. Pour Germain Kambinga, la démarche de Joseph Kabila ne saurait se justifier par les critiques formulées contre la gouvernance actuelle, notamment en matière d’endettement ou de gestion des ressources minières. Il estime que les différends politiques doivent être réglés par les mécanismes démocratiques et républicains, plutôt que par la voie des armes.
Problème avec le peuple congolais
Dans son analyse, Germain Kambinga considère que Joseph Kabila nourrit une profonde frustration à l’égard du peuple congolais, qu’il accuse, en substance, de ne pas lui avoir accordé la reconnaissance qu’il estimait mériter après ses années au pouvoir.
« Son problème avec les Congolais, c’est qu’il se comporte comme un amoureux déçu », a-t-il déclaré, décrivant un ancien chef de l’État qui aurait espéré une reconnaissance populaire beaucoup plus importante.
Selon Kambinga, Joseph Kabila aurait voulu voir son personnage bénéficier d’une forme de considération exceptionnelle, allant jusqu’à une véritable glorification de son passage à la tête du pays. Or, cette reconnaissance espérée ne se serait pas matérialisée comme il l’aurait souhaité.
« Il ne pardonne pas au peuple congolais de ne pas l’aimer », a-t-il résumé, estimant que cette déception constitue l’une des clés de lecture de l’attitude actuelle de l’ancien Président.
Frustration à l’égard de Félix Tshisekedi
La deuxième frustration évoquée par Germain Kambinga concerne les relations entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. D’après son analyse, l’ancien Président aurait considéré l’alternance politique non pas comme l’expression de la volonté souveraine du peuple, mais comme un geste personnel de sa part envers celui qui lui a succédé.
« Joseph Kabila pensait que l’alternance était son cadeau au Président Tshisekedi plutôt que d’avoir comme référent le peuple congolais », a-t-il affirmé.
Pour le président du Mouvement Le Centre, cette conception aurait entretenu, dans le camp de l’ancien régime, l’idée que Félix Tshisekedi devait manifester une forme d’allégeance à son prédécesseur. Cette attente se serait notamment traduite par la volonté de conserver une influence sur les nominations, les orientations politiques et, plus largement, sur l’avenir du pays.
Germain Kambinga estime que cette logique est incompatible avec le principe démocratique selon lequel le pouvoir procède du peuple et s’exerce dans le respect des institutions. Il rappelle que la gouvernance constitue un débat républicain qui doit se résoudre par les voies démocratiques, notamment les élections.
Problème avec lui-même
La troisième frustration identifiée par Germain Kambinga relève du rapport de Joseph Kabila à sa propre personne. Selon lui, l’ancien Président se serait surestimé en imaginant qu’après avoir quitté le pouvoir à l’âge de 47 ans, il pourrait incarner une figure politique détachée des ambitions et des rivalités du pouvoir.
« Il s’est surestimé », a-t-il lancé, estimant que la réalité aurait progressivement contredit cette représentation qu’il se faisait de lui-même.
Dans cette lecture, l’ancien chef de l’État aurait éprouvé des difficultés à accepter la perte de son influence politique et à trouver sa place en dehors de l’exercice direct du pouvoir. Cette difficulté, selon Kambinga, contribuerait à expliquer ses rapports conflictuels avec son successeur et avec une partie de l’opinion congolaise.
Les condamnations et la Communauté internationale
Le quatrième problème soulevé par Germain Kambinga concerne les rapports de Joseph Kabila avec la justice nationale et la Communauté internationale, notamment au regard des condamnations et des mesures prises à son encontre.
Pour l’ancien ministre, cette dimension constitue un élément supplémentaire du contentieux politique et personnel qui entoure l’ancien Président. Il l’inscrit dans un contexte où la diplomatie congolaise aurait contribué à attirer davantage l’attention internationale sur le rôle du Rwanda dans la crise sécuritaire à l’est de la RDC.
Germain Kambinga a, à cet égard, dénoncé le virage belliciste qu’il estime observer dans la situation politique et sécuritaire du pays. Il considère que les pressions exercées sur Kigali ont contribué à fragiliser l’image internationale de Paul Kagame, autrefois présenté comme un dirigeant respecté sur la scène internationale.
Erreur monumentale
Au-delà de son analyse des frustrations de Joseph Kabila, Germain Kambinga a vivement critiqué la création du Front de résistance nationale (FRN), qu’il attribue à l’ancien Président. Il y voit une initiative dangereuse, susceptible d’aggraver les souffrances d’une population déjà éprouvée par des décennies de conflits armés.
« La création du FRN par le Président honoraire Kabila est une erreur monumentale », a-t-il déclaré, s’interrogeant sur les véritables bénéficiaires de cette entreprise politique et militaire : « Il veut libérer qui ? Un peuple qui ne l’entend pas ? Un peuple qui ne l’aime plus ? »
Pour étayer ses inquiétudes, Kambinga a rappelé les conséquences humaines des précédentes violences dans l’est du pays, évoquant les milliers de morts, parmi lesquels des enfants, des femmes et des civils qui aspirent simplement à vivre en paix. Il a mis en garde contre le risque de voir se reproduire de nouvelles tragédies, notamment après les événements ayant conduit à l’occupation de Goma et de Bukavu.
Le président du Mouvement Le Centre a également contesté l’argument selon lequel les problèmes d’endettement ou de gestion des ressources minières pourraient justifier le recours à la rébellion. Prenant l’exemple de la France, confrontée elle aussi à des difficultés d’endettement, il a fait valoir qu’une crise de gouvernance ne saurait légitimer la prise des armes contre un gouvernement démocratiquement élu.
« La gouvernance est une dispute républicaine. Ça se règle par des voies démocratiques, par des élections. C’est le peuple qui est l’arbitre », a-t-il insisté.
À travers cette sortie médiatique, Germain Kambinga appelle ainsi à distinguer les contestations politiques légitimes de toute entreprise susceptible de replonger le pays dans un cycle de violences. Son analyse place au centre du débat la responsabilité des acteurs politiques face aux conséquences de leurs choix, dans un contexte où la paix, la stabilité et la protection des populations civiles demeurent des enjeux majeurs pour la République démocratique du Congo.
La Pros.
