Le samedi 7 octobre, au hall du Palais du Peuple, le corps du Professeur Jean-Placide Yoko Yakembe gisait encore sous sa chapelle ardente devant une foule immense venue de partout et de toutes les catégories sociales pour lui rendre ses derniers hommages, dans l’attente de son départ vers sa dernière demeure de MOGADOR, à N’djili Brasserie.
Les Professeurs de la faculté de Droit de l’Université de Kinshasa, où il a presté pendant plus de cinq décennies, étaient, sous la houlette de leur vice-doyen en charge de l’enseignement, le Professeur Barthelemy Omeonga, parmi ceux qui étaient frappés par cette triste réalité.
‘’Tel un tonnerre, la nouvelle de votre décès s’est abattue en nos oreilles. Et sitôt, un léger doute sceptique a tenté de nous consoler, croyant qu’il s’agissait d’une rumeur inhérente aux réseaux de communication de l’époque contemporaine’’, se sont-ils adressés à l’illustre disparu durant leur oraison funèbre lue par le Vice-doyen ci-haut évoqué.
Ils étaient là comme projetés dans une interrogation existentielle sur la finitude de l’homme, qu’ils ont découvert être comme un néant vis-à-vis de l’infini, avant de reconnaître avoir gardé de leur homologue disparu des souvenirs vibrants d’un enseignant modèle, concis et humble, avec une voix chaude, aux accents si particuliers qu’ils pouvaient encore entendre résonner dans leurs oreilles.
‘’Pour nous de la communauté scientifique, à l’instar de Birago Diop, nous savons que les esprits ne meurent pas ; ils transcendent les temps et que c’est le souvenir fidèle qui prolonge les vies de ceux qui ont marqué leurs empreintes des pas sur le sable de l’histoire de leur pays’’, ont-ils affirmé.
Ils allaient être emportés par le doute méthodique qui découle de la raison critique à la cartésienne, au sujet de la croyance qu’ils pouvaient avoir en l’immortalité de leur très cher collègue, lorsqu’ils se sont vus ramenés à la réalité, au moment où ils l’ont vu confiné dans cette petite caisse en bois, comme dans l’immobilité glaciale d’un silence olympien.
C’est alors qu’ils ont compris qu’ils ont réellement perdu un être aux allures légendaires, qui vient de traverser le temps.
‘’Oui, aussi étonnant que cette croyance en l’immortalité d’un mortel puisse paraitre, nous ne pouvions pas imaginer en ce moment, que l’un de nos esprits les plus avertis, ayant éclairé durant près de cinq décennies notre colline inspirée, s’en aille de la façon la plus inattendue’’, ont-ils eu l’air de vouloir introduire un recours au Maître des temps et des circonstances.
Toutefois, soit dit en passant, il y a lieu de garder l’espoir que, lorsqu’un homme de science meurt, sa mise sous terre fait du sous-sol de son pays l’un des plus riches au monde en matières grises.
‘’Puisse donc que la terre de nos ancêtres vous soit légère et que Dieu vous accueille dans sa félicité ! Adieu professeur !’’, mot de la fin de la délégation professorale de la faculté de Droit.
Saint-Germain Ebengo
