(Par Eric Kamba, Analyste indépendant)
Dans une salle tendue du tribunal militaire, l’histoire du Congo semblait soudain s’écrire à nouveau. L’ancien président Joseph Kabila, autrefois figure toute-puissante du pays, a été jugé par contumace. Les charges sont d’une gravité sans précédent : usurpation d’identité, trahison, crimes de guerre, violations des droits humains et pillage des ressources nationales.
Le procès, ouvert sous haute surveillance, a révélé ce que beaucoup soupçonnaient depuis des années. Joseph Kabila n’aurait jamais été le fils de Laurent-Désiré Kabila, mais un Rwandais infiltré, imposé à la tête de l’État congolais à la faveur de l’assassinat de son supposé père en janvier 2001. Ce chef d’accusation d’usurpation d’identité est sans doute le plus explosif : il remet en cause la légitimité même de près de deux décennies de pouvoir.
Les procureurs ont déroulé un acte d’accusation accablant : implication dans l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, alliances secrètes avec Kigali et Kampala, complicité dans le massacre de civils à l’Est, organisation du pillage industriel du coltan et de l’or, et répression sanglante des opposants politiques. “Le Congo a été pris en otage par un imposteur”, a lancé l’un des avocats de la partie civile, sous les applaudissements d’un public venu nombreux.
Face à ces crimes, le ministère public a requis la peine de mort et une amende astronomique de 24 milliards de dollars, une somme symbolisant la réparation due à un peuple spolié et martyrisé. Joseph Kabila, lui, n’a jamais daigné comparaître, laissant à ses avocats étrangers le soin de contester une procédure qu’il juge “politique”.
Mais pour de nombreux Congolais, le procès a une portée historique. “C’est la première fois que notre justice ose briser le tabou de l’impunité”, explique un étudiant en droit présent au procès. “Ce n’est pas seulement Kabila que l’on juge. C’est une époque sombre que l’on enterre.”
Quoi qu’il advienne de l’exécution des peines, une page est tournée. Le nom de Joseph Kabila restera désormais associé, non pas à la stabilité promise, mais à l’ombre de l’imposture, de la trahison et des crimes. Le Congo, meurtri mais debout, attend que cette justice, encore fragile, devienne enfin la règle et non l’exception.
Pour en savoir plus
Pour une analyse complète et documentée sur le parcours de Joseph Kabila, son accession au pouvoir et les ramifications politiques, militaires et économiques de son régime, se procurer :
La Grande Usurpation : comment Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila, a pris et gardé le pouvoir au Congo
Le livre est déjà disponible sur le marché et offre un éclairage approfondi sur l’une des périodes les plus controversées de l’histoire contemporaine de la RDC.
