C’est une foule immense et inconsolable qui a pleuré récemment Jean-Marie Kusukila Mayika, surnommé affectueusement le Baobab. C’était le samedi 8 mars 2025, à l’église Notre Dame de Fatima. Cette date restera mémorable, marquée par la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, mais aussi par la disparition de cet homme de foi, qui s’est éteint à l’âge de 71 ans.
Pendant trois décennies, Jean-Marie Kusukila a consacré toute sa vie, dès son jeune âge, au service de l’Eglise et de Dieu. Un homme digne dont l’engagement a marqué plusieurs générations. Au temps fort du Cardinal Fréderic Etshou, ce dernier lui avait confié la charge de piloter la Commission de la pastorale du mariage et de la famille dans les différentes paroisses.
Avec l’actuel Cardinal Fridolin Ambongo Besunga, Archevêque métropolitain de la Ville-province de Kinshasa, il va gravir tous les échelons, jusqu’à occuper le poste le plus élevé, celui de Coordonnateur de la Commission diocésaine de la pastorale du mariage et de la famille, communément appelée Mabota, au sein de l’Archidiocèse de Kinshasa.
Très dévoué, obéissant et engagé, il a présidé à plusieurs reprises diverses commissions ecclésiales notamment, les jeunes catholiques, le groupe des prétendants au mariage et les différents groupes de Bilenge ya Mwinda (Jeunes de lumière).
Outre son engagement à l’église, Jean-Marie Kusukila a également marqué le domaine de l’éducation où il a formé les élites de ce pays. Il a occupé la fonction de préfet des études dans plusieurs écoles catholiques conventionnées et, plus récemment, celle de Chef d’établissement du Collège Saint-Esprit, dans la commune de Lemba.
Artiste, écrivain, philosophe et enseignant au niveau secondaire, il était aussi Chef de Travaux à l’Institut Supérieur Cardinal Malula, consacrant ainsi toute sa vie à la formation des élites congolaises.
Sa disparition en ce début de Carême apparaît comme le reflet de la vie qu’il a menée sur terre : une vie de prière, d’humilité et d’attachement à Dieu, puis qu’il a aimait son Nom. Jean-Marie Kusukila recevait chaque jour de la semaine le Corps du Christ, incarnant un modèle de foi et de pardon. Il partageait volontiers ses connaissances, son savoir-faire et ses biens, non seulement avec sa famille, mais aussi avec toute personne étant dans le besoin.
En ce temps de Carême, sa mort n’effacera jamais sa présence. Car, il continuera à rayonner à travers ses idées, ses ouvrages légués à l’église et son engagement à l’église. Pour ceux qui savent lire les signes du temps, plusieurs événements ont marqué la journée de son inhumation : une pluie inattendue est tombée durant la messe de suffrage, et, à la sortie de l’église, le corbillard, chargé d’acheminer son corps au cimetière de la Gombe est tombé en panne. Comme un dernier clin d’œil, signe de son engagement à l’église, c’est une jeep de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM), conduit par un jeune Prêtre, Père Emmanuel Inroung, cicm, chauffeur improvisé, qui a finalement transporté son corps.
Arrivé au cimetière, un autre signe s’est manifesté : l’Abbé désigné pour les absouts et la prière finale était absent. C’est encore un jeune Prêtre à peine ordonné, le Père Yannic Mpolongeli, de la CICM et Curé intérimaire de Fatima, qui a fait les absouts et a donné la bénédiction finale avant l’inhumation.
En effet, c’est un fervent catholique de l’Archidiocèse de Kinshasa que les fidèles de Fatima et des autres paroisses ont pleuré. Ils ont pleuré un homme modèle, exemplaire par sa foi et sa conduite. Car, de son vivant, Jean-Marie Kusukila incarnait une fidélité inébranlable, ne se séparant jamais de son épouse Marie-José Nzoloko, femme forte et de prière, et prônant une vie conjugale fondée sur le dialogue franc et la confiance. Il répétait souvent qu’il était possible de s’attacher à une seule femme pour toute une vie, à l’image du lien indéfectible entre Jésus et son Église.
Rappelons que tout au long de sa vie, il a accompagné plus de 400 couples dans la célébration du mariage religieux et prodigué des conseils à de nombreux foyers en difficulté. Il se souciait profondément des autres et savait garder les commandements de Dieu. Aimer son prochain, s’accrocher à lui, était pour lui une priorité quotidienne. Jean-Marie aimait aussi partager son savoir-vivre et savoir-être. En véritable conseillé conjugal, il donnait de très bons conseils à qui veut le recevoir.
Dans les nombreux témoignages sur son parcours, on retient qu’il était un homme humble et discret, préférant qu’on l’appelle « Sentinelle des autres » en raison de son humilité, à l’image de Jésus, doux, humble et patient. Il était aussi un philosophe compris et incompris.
Dans son homélie, l’Abbé Aloïs Konde, Coordonnateur du Centre pastoral Lindonge, a rappelé que les milliers de fidèles rassemblés à Notre-Dame de Fatima n’étaient pas là pour pleurer la mort de Jean-Marie Kusukila, mais pour célébrer sa vie. « Jean-Marie est mort pour Dieu, pour la Vie éternelle », a-t-il conclu.
A la veille de cette messe de suffrage, dépêché d’urgence par le Cardinal Ambongo Besungu, dans son homélie, Monseigneur Carlos Ndaka, Evêque auxiliaire et Vicaire Général de l’Archidiocèse de la Ville-province de Kinshasa a fait savoir que la paroisse Notre-Dame de Fatima vient de perdre un chrétien modèle, engagé à l’église et très dynamique dans l’apostolat des prétendants aux mariages religieux et de famille.
S’adressant à la veuve Marie-Josée Nzoloko, le Prélat a exhorté cette dame « à devenir une femme de la foi, de la consolation. Une femme forte qui porte le flambeau de la foi, capable de relever les défis et de continuer la lutte et le travail de son Mari ».
Ces paroles pleines de sens du Prince de l’église ont fait naître l’espoir, Chez de nombreux fidèles, d’une possible béatification de celui qu’ils considèrent désormais comme un modèle de foi et exemple de sainteté. Car, sa vie n’a cessé d’inspirer beaucoup. Sa disparition laisse donc un vide immense.
Heustache Namunanika Kamira
