Le naufrage des pirogues motorisées est toujours d’actualité dans le territoire insulaire d’Idjwi à l’Est de la République démocratique du Congo. Une semaine après le chavirement d’un boat sur le Lac Kivu, la Société Civile avance un bilan de 5 personnes qui ont perdu leurs vies dans une embarcation sur le lac en date du 24 juin 2024, tandis que Ngenda Dieudonné, chef de poste du service maritime basé à Mugote, dans le territoire d’Idjwi, parle plutôt de deux disparus. Un bilan contradictoire qui suscite plusieurs questionnements entre la population et le service maritime revêtu du pouvoir de réglementation des embarcations sur le lac dans cette partie de la province du Sud-Kivu.
Jusque-là, le nombre exact des passagers dans cette pirogue reste flou, difficile même d’accéder au document d’enregistrement livrable pour la traçabilité des membres d’équipage et de toute autre personne qui apprête les enjeux lacustres.
«C’est avec regret que nous avons appris qu’un boat en provenance de Mugote pour Kituku, en ville de Goma, a chaviré dans les eaux du grand lac ; 5 personnes ne sont toujours pas retrouvées, entre deux autres jeunes garçons, une maman et ses deux enfants. Nous interpelons le service maritime par rapport à ses obligations et à son efficacité sur le terrain, car l’année passée, un autre boat en provenance de Mugote avait encore chaviré vers Shayo où nous avions encore perdu plusieurs personnes et marchandises », regrette Koko Bahagaze.
« Avec mes dernières informations, deux personnes ont perdu la vie dans ce naufrage. Il s’agit de Maïsha Pascal et de Blaise Bizimungu, un petit garçon de 12 ans », rétorque le Chef de poste du Service maritime à Mugote.
En date du 26 janvier 2024, une autre pirogue motorisée en provenance de la ville de Bukavu pour Bugarula en territoire d’Idjwi avait connu un naufrage sur le lac Kivu. 7 personnes étaient mortes, des dizaines de disparus et toutes les marchandises englouties dans les eaux. Des activistes et défenseurs des droits humains avaient directement appelé à l’ouverture d’enquêtes sérieuses pour établir les responsabilités et sanctionner les coupables, car des agents du service maritime au Beach Muhanzi (Bukavu) étaient doigtés pour avoir autorisé la sortie d’une embarcation surchargée.
Depuis ce jour, ni autorité provinciale ou nationale, ni député élu de la circonscription électorale d’Idjwi n’était venu pour compatir avec les familles touchées.
Sommes-nous voués à mourir comme des mouches et sans aucune enquête ni sanction aux auteurs ? S’interroge un défenseur des droits humains contacté par votre média ce lundi 01 juillet 2024.
Depuis le naufrage de janvier 2024 et, malgré les appels des activistes de la société civile d’Idjwi, aucune enquête ou sanction des auteurs et de leurs complices n’a jamais été rendue publique. Des indices de culpabilité et des corruptions ont été dénoncées par des rescapés et qui devraient ouvrir une brèche aux autorités afin d’enquêter et d’interpeler certains agents, mais silence radio au gouvernorat du Sud-Kivu à l’époque sous la gestion de Théo Ngwabidje, au ministère tout comme à la division chargée du transport et des voies de communication.
Des Députés qui remplissent seulement leurs « poches »
Les élus proclamés par la CENI pour le compte de la circonscription électorale d’Idjwi après les élections de décembre 2023 jugées chaotiques par des habitants n’ont fourni aucun effort pour « sauver l’honneur et la dignité » de cette population entourée par les eaux du Lac Kivu.
« Ni à l’hémicycle provincial, ni à l’Assemblée Nationale, aucun des ces Députés n’a sollicité, par motion d’information, parlé de ce qui se passe à Idjwi. Personne n’a écrit au ministre chargé du transport pour comprendre exactement les circonstances dans lesquelles nos frères, sœurs, papas et mamans sont morts. Ça continue jusqu’à ces jours, notre population meurt dans ce lac, l’économie locale fragilisée et nos chèvres qui meurent par la peste des petits ruminants, mais ces élus sont calmes et insouciants de nos problèmes », dénonce un habitat sous anonymat.
L’urgence s’impose pour améliorer la prestation des agents de différents services pour limiter les dégâts humains qui surgissent des naufrages sur le Lac Kivu. La vigilance des autorités locales et des acteurs politiques qui ont eu le mandat au nom de la population s’avère indispensable pour donner sourire aux habitants d’Idjwi qui soufre.
Richelieu Byamana – LPA Idjwi
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