En marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso, a pris la parole dans l’émission Edition Spéciale. Au cœur de son intervention : la limitation à 100 dollars américains des paiements en espèces, une mesure aussi structurante que controversée. Une décision qui, depuis son annonce, alimente débats et interrogations.
Mais pour le Gouverneur, elle s’inscrit dans une vision plus large de transformation économique et de modernisation du système financier congolais.
D’entrée de jeu, André Wameso a tenu à situer le contexte macroéconomique du pays, qu’il juge globalement favorable :
«La RDC est dans une situation de résilience certaine et dans une perspective économique très bonne. Parce que nous avons une croissance supérieure à la moyenne subsaharienne, nous avons un niveau d’inflation qui est stable à la faveur de l’appréciation du franc congolais. Seulement, nous devons faire face comme tous les pays au choc, par rapport à la crise géopolitique au Moyen-Orient. »
Dans cette dynamique, le Gouverneur insiste sur les effets positifs de l’appréciation du franc congolais, souvent perçue à tort comme un manque à gagner : «Il ne faut pas se dire parce que nous percevons nos recettes en devise que l’appréciation du Franc congolais entraîne une baisse des recettes. Il y a d’abord un premier impact, celui du pouvoir d’achat sur la consommation. C’est-à-dire qu’à partir du moment où on a un pouvoir d’achat qui s’améliore, parce qu’on a un franc congolais qui se renchérit, donc le salaire représente beaucoup plus en terme de revenus pour la majorité des ménages. Avant l’appréciation du franc congolais, toute l’année 2025 nous avions un prix de cuivre en moyenne à 9000 USD la tonne et nous sommes passés à partir d’octobre 2025 à un prix de 11000 USD, pour finir l’année quasiment à 12000 USD. »
Mais, au-delà de ces indicateurs encourageants, c’est la question de l’usage du dollar en espèces qui constitue le cœur de la réforme. Et sur ce point, André Wameso se montre particulièrement direct.
« Nous allons continuer à utiliser le dollar et ça n’a rien à voir avec une décision contre-nature. Ici, il faut faire un constat. C’est que la RDC importe chaque mois une quantité de cash assez important. Si vous l’importez parce que vous en avez besoin, cela ne se fera pas tous les mois », a-t-il affirmé.
Avant d’enfoncer le clou : « Si vous devez importer du cash chaque mois, c’est-à-dire qu’il sort de votre économie. Comment nous avons laissé cette situation perdurer durant ces années. Donc, le problème n’est pas son utilisation mais plutôt le blanchiment des capitaux et des financements éventuels de terrorisme. Le dollar qui est utilisé aujourd’hui par la rébellion vient d’où, puisqu’elle ne l’importe pas et que son dirigeant est sanctionné par les Etats-Unis. Comment les rebelles sont payés. On ne se pose pas de vraies questions dans ce pays concernant l’utilisation du cash ».
Face à ces constats, la mesure est de plafonner les paiements en espèces en devises à 100 USD, sans pour autant interdire leur détention.
« On n’interdira personne d’avoir un compte bancaire en dollar, mais la limite des achats en cash est fixée à 100 USD. Au-delà de cette somme, il faut effectuer une transaction bancaire ou par mobile money. Il faut encourager les investissements dans la digitalisation. Pour arriver à cette réforme de 100 USD comme limite d’une transaction en cash, il faut pousser la digitalisation et c’est possible. Dans les endroits où il n’y a pas accès à la digitalisation, ce n’est pas le dollar qui est roi mais c’est le franc congolais. À 100 km de Kinshasa, les gens utilisent le franc congolais et non le dollar. On essaie juste de formaliser une économie aujourd’hui qui se passe en cash, en noir, qui se passe en dehors du circuit formel dans les villes. Ça va entraîner une meilleure traçabilité, une transparence et un meilleur contrôle en termes de blanchiment des capitaux et de lutte contre le financement du terrorisme. »
Enfin, André Wameso assume pleinement le choix d’un modèle tourné vers la modernité financière.
« Le franc congolais sera la seule monnaie qu’on pourra utiliser en espèce. Ceux qui veulent les dollars ou euros peuvent le faire avec les moyens de paiement électronique. Avec une telle mesure, ça donne l’opportunité à tous ceux qui souhaitent investir dans la digitalisation de voir un marché qui s’ouvre. »
Et de conclure, en inscrivant cette réforme dans une tendance mondiale irréversible :
« La Banque Centrale a pris cette décision parce qu’elle a vu la tendance qui n’existait pas dans un an mais aujourd’hui dans tous les investissements qui se font dans le domaine de la digitalisation », s’est justifié le Gouverneur de la BCC face à Christian Lusakweno.
Nathan Mundele
