Face aux enjeux sécuritaires pressants, les menaces croissantes contre la souveraineté nationale, la République démocratique du Congo fait le choix d’imposer un nouveau tempo dans sa stratégie de défense. Parallèlement au fracas des armes, la RDC ne cache plus son ambition de s’appuyer sur la science, l’innovation et la recherche pour résister aux pressions déstabilisatrices et préserver l’étendue de son territoire. Une dynamique qui s’est révélée au grand jour hier, jeudi 20 août 2026, à travers la présence de Félix Tshisekedi, Président de la République, à la cérémonie solennelle marquant la clôture de l’année académique 2025-2026 et le dixième anniversaire du Collège des Hautes Etudes et Stratégie de Défense (CHESD), au Palais du peuple, à Kinshasa.
Dans son allocution, le Chef de l’Etat a encouragé le CHESD à investir davantage dans l’intelligence artificielle, la maîtrise des données, la communication stratégique, la lutte contre la désinformation et la protection des infrastructures critiques afin de se positionner comme un centre africain de référence en matière de prospective, de doctrine, de sécurité collective et de souveraineté.
« La géographie de la menace s’est profondément élargie. La sécurité ne se joue plus seulement sur les champs de bataille. Elle se joue désormais dans le cyberespace, dans la maîtrise des données, dans les réseaux d’information, dans les chaînes d’approvisionnement et dans la protection des infrastructures critiques. La désinformation, les drones, l’intelligence artificielle, le terrorisme, le dérèglement climatique et la compétition autour des minerais stratégiques bouleversent les rapports de puissance. Aujourd’hui, un port, un corridor logistique, une mine, une banque de données ou un réseau de télécommunications peuvent constituer des enjeux de souveraineté aussi déterminants qu’une frontière terrestre. De cette mutation découle une exigence : notre doctrine de défense doit être globale. Elle doit mettre en cohérence les forces armées, la diplomatie, le renseignement, l’économie, la recherche scientifique, la justice, la communication stratégique et l’aménagement du territoire », a indiqué le Magistrat suprême, soulignant, une fois de plus, le fait que, durant la prochaine décennie, le CHESD doit devenir un cadre privilégié où les savoirs se rencontrent, les menaces sont anticipées et où la réflexion se transforme en options stratégiques au service de la décision publique.
Gloire Mfemfere
MOT DE SON EXCELLENCE MONSIEUR FELIX-ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO A L’OCCASION DE LA CEREMONIE COMMEMORATIVE DU DIXIEME ANNIVERSAIRE DU COLLEGE DES HAUTES ETUDES DE STRATEGIE ET DE DEFENSE
Kinshasa, Août 2026
Excellence Monsieur Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi, Président en exercice de l’Union africaine, parrain de la 7ᵉ Session ordinaire du CHESD, mon Cher Frère ;
Excellence Monsieur Faustin-Archange Touadéra, Président de la République centrafricaine, parrain de la 8ᵉ Session ordinaire du CHESD, mon Cher Frère ;
Excellence Monsieur Raymond Zéphirin Mboulou, Ministre de la Défense nationale de la République du Congo, Représentant personnel de Son Excellence Monsieur Denis Sassou N’Guesso, Président de la République du Congo, parrain de la 6ᵉ Session ordinaire du CHESD ;
Monsieur le Vice-Premier ministre, Ministre de la Défense nationale et Anciens combattants ;
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement ;
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des Missions diplomatiques ;
Messieurs les Officiers Généraux et Supérieurs des Forces armées de la République Démocratique du Congo et de la Police nationale congolaise ;
Monsieur le Directeur général du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense ;
Mesdames et Messieurs les Auditeurs, anciens auditeurs et lauréats du CHESD ;
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs,
C’est avec une légitime fierté et un profond sens de la responsabilité que je prends la parole à l’occasion du dixième anniversaire du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD).
Il y a dix ans, le 5 janvier 2016, une ambition prenait corps : doter la République Démocratique du Congo d’un lieu d’excellence où se pense la sécurité de la Nation, où se prépare la décision stratégique et où se forment les femmes et les hommes appelés à servir l’État au plus haut niveau.
Dix ans plus tard, cette ambition est devenue une institution. Dix années de réflexion, de formation et de dialogue civilo-militaire ont progressivement fait du CHESD le principal creuset national d’une pensée stratégique congolaise, ouverte sur l’Afrique et résolument tournée vers l’avenir. En réunissant officiers, hauts fonctionnaires, diplomates, universitaires, chercheurs et responsables venus de plusieurs pays frères, le Collège a fait de la diversité des expériences une source d’intelligence collective et de sa vocation régionale l’une de ses plus grandes forces.
Je rends un hommage appuyé à ses dirigeants successifs, à ses enseignants, à ses personnels, à ses partenaires, à ses auditeurs ainsi qu’à son réseau d’anciens. À toutes celles et à tous ceux qui, par leur vision, leur savoir et leur engagement, ont contribué à édifier le CHESD, la République exprime aujourd’hui sa gratitude.
Car le CHESD est bien davantage qu’une institution de formation. Il est une école du discernement, de l’anticipation et de la responsabilité ; un lieu où la République apprend à voir loin, à penser juste et à décider souverainement.
Lorsqu’une Nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place — selon leurs intérêts, leurs priorités et leurs stratégies. La souveraineté commence donc dans l’esprit : par la capacité de comprendre les menaces, de définir nos intérêts vitaux et de choisir, en toute indépendance, les moyens de les défendre.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Cette célébration ne saurait être détachée des graves exigences du temps présent. Elle intervient alors que notre Nation traverse l’une des séquences les plus décisives de son histoire contemporaine.
Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, nos populations continuent de payer un lourd tribut à la violence armée, aux ingérences étrangères, aux déplacements forcés ainsi qu’à une économie de prédation nourrie par l’exploitation et le trafic illicites de nos ressources naturelles.
Face à cette épreuve, notre détermination ne vacille pas. La souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la République Démocratique du Congo ne sont pas négociables.
Nous voulons la paix. Mais nous voulons une paix qui ne soit ni la résignation devant la force, ni l’oubli des victimes, ni la consécration du fait accompli. Nous voulons une paix juste, vérifiable et durable ; une paix fondée sur le retrait des forces étrangères non invitées, la cessation de tout soutien aux groupes armés, leur désarmement effectif, la protection des populations civiles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur chaque portion du territoire national.
C’est cette exigence qui guide notre engagement dans les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine, ainsi que dans les processus de Washington et de Doha. Nous faisons résolument le choix du dialogue et de la diplomatie. Mais une diplomatie crédible doit pouvoir s’appuyer sur un État fort, une défense organisée, des institutions respectées et une vision stratégique cohérente. Il n’existe, à cet égard, aucune contradiction entre la recherche de la paix et le renforcement de nos capacités de défense. La paix donne à la défense sa finalité ; la défense donne à la paix sa garantie.
Dans le même temps, la géographie de la menace s’est profondément élargie. La sécurité ne se joue plus seulement sur les champs de bataille. Elle se joue désormais dans le cyberespace, dans la maîtrise des données, dans les réseaux d’information, dans les chaînes d’approvisionnement et dans la protection des infrastructures critiques. La désinformation, les drones, l’intelligence artificielle, le terrorisme, le dérèglement climatique et la compétition autour des minerais stratégiques bouleversent les rapports de puissance. Aujourd’hui, un port, un corridor logistique, une mine, une banque de données ou un réseau de télécommunications peuvent constituer des enjeux de souveraineté aussi déterminants qu’une frontière terrestre.
De cette mutation découle une exigence : notre doctrine de défense doit être globale. Elle doit mettre en cohérence les forces armées, la diplomatie, le renseignement, l’économie, la recherche scientifique, la justice, la communication stratégique et l’aménagement du territoire. Le CHESD doit précisément être le lieu où ces savoirs se rencontrent, où les menaces sont anticipées et où la réflexion se transforme en options stratégiques au service de la décision publique.
Cette ambition dépasse les seules frontières nationales. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la République Démocratique du Congo siège au Conseil de sécurité des Nations Unies pour le mandat 2026–2027, dont elle a assumé la présidence en juillet dernier. Cette présence constitue certes une tribune, mais elle est surtout un devoir. Elle nous oblige à porter avec autorité la voix de l’Afrique, à défendre la protection des populations civiles, le respect de la Charte des Nations Unies et le renforcement d’une sécurité collective plus juste, plus cohérente et plus efficace.
Pour être à la hauteur de cette responsabilité, notre diplomatie et notre défense ont besoin d’une pensée stratégique congolaise exigeante, d’une mémoire institutionnelle solide, d’une capacité permanente d’anticipation et de cadres capables d’articuler l’intérêt national avec les impératifs de la coopération régionale et multilatérale. C’est à ce niveau d’exigence que le CHESD est désormais appelé à se hisser. C’est là qu’il doit prendre toute sa place.
Mesdames et Messieurs,
Le IXᵉ Colloque international jubilaire, tenu en juillet dernier, nous a appelés à « capitaliser les acquis, éclairer les recompositions et projeter la défense et la souveraineté de demain ».
Cette ambition, je la fais pleinement mienne.
Elle doit désormais quitter le registre de l’intention pour entrer résolument dans celui de l’action. La feuille de route 2026–2036 doit devenir à la fois notre boussole stratégique et notre contrat de performance : une vision clairement assumée, des responsabilités précisément établies, des objectifs mesurables et des résultats régulièrement évalués.
Pour sa deuxième décennie, je fixe au Collège cinq priorités majeures.
La première est celle de la pensée souveraine.
Le CHESD doit renforcer la recherche stratégique, contribuer à l’élaboration de notre doctrine nationale de défense et de sécurité, produire des études de référence et mettre à la disposition des décideurs des analyses rigoureuses, objectives et directement mobilisables. Penser par nous-mêmes est la première condition pour décider librement et agir souverainement.
La deuxième priorité est celle de l’anticipation.
Le Collège doit se doter d’une capacité permanente de veille stratégique et de prospective, fondée sur la maîtrise des données, l’analyse de scénarios, la simulation de crise et l’alerte précoce. Dans un monde marqué par l’incertitude et l’accélération des ruptures, l’État ne peut plus se contenter de réagir aux événements : il doit apprendre à les prévoir, à s’y préparer et, chaque fois que cela est possible, à les infléchir.
La troisième priorité est celle de la souveraineté numérique et informationnelle.
La cybersécurité, l’intelligence artificielle, la maîtrise des données, la communication stratégique, la lutte contre la désinformation et la protection des infrastructures critiques doivent occuper une place centrale dans les programmes de formation et de recherche du CHESD. Les batailles contemporaines se livrent aussi dans les réseaux, dans les systèmes d’information et dans les esprits. Nous devons être capables d’y défendre nos intérêts, notre vérité et notre souveraineté.
La quatrième priorité est celle de l’ouverture africaine et de la coopération régionale.
Aucune sécurité nationale ne peut être durablement garantie dans une région livrée à l’instabilité. Le CHESD doit donc approfondir ses partenariats avec les institutions sœurs, les organisations régionales et les centres africains de recherche. Il doit contribuer à faire émerger des solutions africaines, portées par une intelligence africaine de nos réalités, de nos vulnérabilités et de nos ambitions communes.
La cinquième priorité, enfin, est celle de l’éthique républicaine.
La compétence sans intégrité peut devenir un danger ; la puissance affranchie du droit finit toujours par se retourner contre la Nation. Toute formation stratégique dispensée au sein de ce Collège doit donc être indissociable du sens de l’État, de la fidélité à la Constitution, du respect de la dignité humaine et de la primauté de l’intérêt général.
Je demande au Gouvernement, et tout particulièrement au Vice-Premier ministre, Ministre de la Défense nationale et Anciens combattants, de traduire ces orientations en actes, d’en assurer le suivi rigoureux et de veiller à ce que le Collège dispose progressivement des ressources humaines, scientifiques, technologiques et matérielles nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
Je souhaite également que le réseau des anciens auditeurs soit pleinement structuré et mobilisé. Il ne doit pas être un simple répertoire de diplômés, mais une véritable communauté stratégique au service de l’État.
Car le rayonnement d’un Collège de cette envergure se mesure aussi à l’influence de ses anciens, à la qualité des décisions qu’ils inspirent et à leur capacité de servir la paix, la souveraineté et la transformation de la Nation.
À vous, lauréats et auditeurs, je veux adresser un message particulier.
Le savoir reçu ici n’est pas un privilège : il est une responsabilité. Votre diplôme n’est pas seulement l’aboutissement d’un parcours ; il constitue un engagement envers la République. Il vous oblige à regarder au-delà de l’urgence, à placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers et à décider avec lucidité, courage et hauteur lorsque les circonstances l’exigent.
Au corps académique, aux cadres et à l’ensemble du personnel du CHESD, j’adresse mes chaleureuses félicitations. Continuez à faire de cette institution un haut lieu de liberté intellectuelle, de rigueur scientifique, de discipline et de patriotisme. La République n’attend pas de vous des certitudes complaisantes ni des analyses convenues. Elle attend une pensée libre, exigeante et féconde, capable d’éclairer la décision et de préparer l’avenir.
Dix ans après sa création, le CHESD n’a pas seulement atteint l’âge de la maturité : il en assume désormais le devoir. Il lui appartient de s’affirmer comme un centre africain de référence en matière de prospective, de doctrine, de sécurité collective et de souveraineté.
Car aucune souveraineté ne se préserve sans pensée stratégique. Aucune pensée stratégique ne prospère sans institutions fortes. Et aucune sécurité durable ne se construit sans des femmes et des hommes préparés à servir, à décider et, lorsque l’intérêt supérieur de la Nation le commande, à consentir les sacrifices nécessaires.
En renouvelant mon plein soutien au Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense, je félicite chaleureusement les lauréats, remercie les parrains, les pays partenaires ainsi que toutes les délégations présentes, et forme le vœu que la prochaine décennie soit, pour le CHESD, celle de l’excellence, du rayonnement africain et d’une contribution toujours plus décisive à la souveraineté de notre Nation.
En vertu des prérogatives qui sont les miennes, je déclare close l’année académique 2025–2026 et ouverte l’année académique 2026–2027 du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense.
Que vive le CHESD,
Que vive la paix et la fraternité entre les peuples d’Afrique,
Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo et son peuple.
Je vous remercie.
