La République démocratique du Congo est secouée par une vague d’indignation suite à des propos jugés discriminatoires tenus par le Général Sylvain Ekenge, porte-parole des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ces déclarations, qui auraient visé les femmes de la communauté Tutsi, ont suscité une condamnation unanime de la part du prix Nobel de la paix Denis Mukwege et d’organisations de la société civile, ravivant les craintes d’une escalade des discours de haine dans un contexte politique et sécuritaire déjà explosif.
L’étincelle : des propos « incendiaires » à la télévision nationale
Selon un communiqué de presse de l’organisation de défense des droits de l’homme JUSTICIA Asbl, daté du 29 décembre, le Général Ekenge aurait tenu des « propos tendant à discriminer les femmes de la communauté Tutsi » lors d’une émission sur la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC) le 27 décembre 2025. L’ONG qualifie ces paroles de « stratagème pour pérenniser la ‘suprématie’ de cette communauté », y voyant une « infraction d’incitation à la haine tribale » proscrite par les lois congolaises et internationales.
JUSTICIA Asbl a exigé que « l’Auditorat Général des FARDC devrait ouvrir un dossier judiciaire à charge du Général Sylvain EKENGE » et a appelé les forces armées à « se désolidariser immédiatement de ces propos ». L’organisation a également interpellé le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) pour sanctionner la RTNC pour la diffusion de ces propos.
Condamnation ferme du Dr Denis Mukwege
La réaction la plus marquante est venue du Dr Denis Mukwege. Dans une déclaration officielle publiée ce 29 décembre, le prix Nobel de la Paix 2018 a condamné avec la plus grande fermeté « tout discours et tout acte de haine, d’humiliation et de discrimination stigmatisant une ethnie ou le genre », surtout quand ils émanent d’une « autorité publique ».
Tout en reconnaissant les « innombrables injustices et actes d’humiliation que subit la population congolaise suite à l’agression rwandaise », le Dr Mukwege a insisté sur le fait qu’il est « indispensable d’éviter des discours toxiques qui sèment la haine ethnique ou la discrimination du genre ». Il a mis en cause « l’impunité légendaire » dont jouissent certains dignitaires dans la région. Pour le célèbre gynécologue congolais, c’est cette absence de justice qui « explique la répétition des paroles et actes haineux qui fragilisent la cohésion nationale et régionale ». Cet appel à la responsabilité et à la justice résonne comme un avertissement sévère contre les dangers de la division et de la violence verbale dans une région déjà meurtrie par les conflits.
Avec une portée qui dépasse le seul cas du Général Sylvain Ekenge, le lauréat du Nobel a lancé un appel vibrant à l’unité des peuples de la région des Grands Lacs. « L’amour entre les peuples de la région des Grands Lacs doit être plus fort que la haine de certains gouvernants assoiffés de sang et de pouvoir », a-t-il écrit, pointant du doigt les responsables politiques qui attisent les divisions pour leurs propres intérêts.
Il faut noter que ces propos attribués au porte-parole des FARDC vient donc jeter de l’huile sur un feu déjà vif, cristallisant les peurs d’une fragmentation sociale et soulignant l’urgence, rappelée par toutes les voix critiques, de trouver des solutions politiques et de mettre fin à l’impunité.
César Nkangulu
