Dans une réaction explicite à la dernière sortie du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, telle qu’informée officiellement lors du Conseil des Ministres du vendredi 30 janvier 2026 sur le dialogue national inclusif sollicité par les Forces Vives de l’opposition congolaise ainsi que les chefs spirituels de la CENCO et de l’ECC, Ferdinand Kambere, Secrétaire permanent adjoint du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), a lancé un appel pressant à l’organisation d’un « dialogue national inclusif de vérité ». Selon ce haut cadre du parti de l’ancien président Joseph Kabila, une telle initiative serait la seule voie pour « sauver la République du naufrage ».
La déclaration de Kambere constitue une critique acerbe de la gouvernance actuelle. Il affirme que les institutions en place, dirigées par la coalition de l’Union Sacrée de la Nation, se sont montrées incapables « d’apporter des solutions adéquates et durables » aux multiples crises qui secouent la République Démocratique du Congo.
Cette prise de position met en lumière la profonde fracture politique qui persiste dans le pays. Pour le PPRD, qui se positionne en opposition, la gestion actuelle mène le pays vers une impasse. L’appel à un dialogue n’est pas nouveau, mais sa réitération souligne un sentiment d’urgence face à la situation sécuritaire, économique et sociale.
En s’interrogeant publiquement, « Pourquoi cela est-il si difficile à comprendre pour l’Union sacrée ? », Ferdinand Kambere interpelle directement la majorité au pouvoir, l’accusant d’un manque de lucidité et de volonté politique pour rassembler toutes les forces vives de la nation autour d’une table.
« Pas un chèque en blanc »
Pour le porte-voix du FCC, l’histoire politique récente de la République Démocratique du Congo incite à la plus grande prudence. « L’expérience nous a rendus méfiants », a-t-il martelé. « Nous avons vu des dialogues dont les résolutions ont été rangées dans les tiroirs, des accords politiques violés à peine signés. Nous ne pouvons pas accorder un chèque en blanc. Le peuple congolais est fatigué des mises en scène politiques qui ne débouchent sur aucune amélioration de son quotidien ».
Ferdinand Kambere a ainsi articulé la position de sa famille politique autour de trois exigences principales, qualifiées de « préalables non négociables » à toute participation :
- La clarté de l’ordre du jour : « De quoi allons-nous parler exactement ? », s’est-il interrogé. « S’agit-il d’un dialogue pour partager le pouvoir ou d’un dialogue pour trouver des solutions durables à la guerre dans l’Est, à la crise économique, à la réforme du processus électoral ? Le FCC n’ira pas à un dialogue dont les termes de référence sont flous et dont l’objectif réel serait de neutraliser l’opposition. »
- Un format inclusif et un médiateur crédible : Le PPRD exige que le format du dialogue garantisse une représentation équitable de toutes les forces politiques et sociales significatives du pays, et non uniquement celles choisies par le pouvoir en place. « Plus important encore, » a ajouté M. Kambere, « qui va garantir l’impartialité des débats et l’application des conclusions ? Nous pensons qu’une médiation neutre, qu’elle soit nationale ou internationale, est indispensable pour restaurer la confiance. »
- Des garanties sur l’application des résolutions : C’est le point crucial pour le camp Kabila. « Avant de s’asseoir à la table, nous voulons des garanties solides, voire un mécanisme contraignant, assurant que les résolutions qui sortiront de ce forum seront appliquées sans délai et dans leur intégralité. Nous refusons de participer à un énième forum consultatif. »
Cependant, les préoccupations soulevées – clarté des objectifs, inclusivité et application des résolutions – font écho aux échecs des dialogues passés en RDC. La référence implicite à l’Accord de la Saint-Sylvestre (2016), dont l’application partielle avait été une source majeure de tensions, est dans tous les esprits.
La balle est désormais dans le camp du Président Félix Tshisekedi. Sa capacité à répondre à ces exigences déterminera si sa proposition de dialogue se transformera en un véritable moment d’unité nationale ou si elle rejoindra le cimetière des initiatives politiques avortées. Pour l’heure, l’opposition, par la voix de Ferdinand Kambere, attend des actes concrets avant d’esquisser le moindre pas vers la table des négociations.
César Nkangulu
