Dans un communiqué publié ce 13 décembre 2023, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege exprime sa « stupéfaction » face à l’escalade de la violence dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Il accuse sans équivoque le Rwanda d’être le « principal déstabilisateur » de la région et fustige la timidité de la communauté internationale, appelant à des actions concrètes et immédiates pour mettre fin à cette crise interminable.
Le Dr Denis Mukwege a vivement réagi à la progression des forces d’agression dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Son communiqué fait suite à une déclaration de la Commission de l’Union africaine qui, selon lui, a manqué de nommer explicitement le régime de Kigali comme étant à l’origine des risques accrus de déflagration régionale.
Pour le célèbre gynécologue, cette omission est d’autant plus choquante que la situation sur le terrain ne cesse de se dégrader. Il dénonce « l’intensification des combats et la multiplication des crimes de masse dans la plaine de la Ruzizi », qui ont entraîné une détérioration alarmante de la situation humanitaire et sécuritaire. Le Dr Mukwege souligne que cette escalade a conduit à l’invasion de nouveaux territoires et à la prise stratégique de la ville d’Uvira par la coalition M23/RDF (Forces rwandaises de défense).
Des preuves accablantes ignorées
Le lauréat du prix Nobel de la paix rappelle que les responsabilités sont pourtant clairement établies par plusieurs instances internationales. Il cite notamment :
– La résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui exigeait un cessez-le-feu immédiat et le retrait inconditionnel de l’armée rwandaise du territoire congolais.
– Le rapport du groupe d’experts des Nations Unies, qui a documenté la présence de 6 000 à 7 000 soldats rwandais en RDC.
– La déclaration du Groupe international de contact pour la région des Grands Lacs, qui a nommément exhorté le M23 et le Rwanda à cesser leurs opérations offensives.
– La déclaration de l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, qui a affirmé sans détour que le président rwandais contrôle le M23 et son bras politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), pour atteindre ses objectifs géopolitiques.
Face à ce qu’il qualifie de « défiance systématique du régime de Kigali au regard des principes de base du droit international », le Dr Mukwege estime que le temps des condamnations verbales est révolu.
Un appel à des sanctions fermes
« Le monde ne peut plus continuer à fermer les yeux et à rester silencieux », martèle-t-il dans son communiqué. Il exhorte les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis à « adopter sans plus tarder des sanctions fortes et coordonnées à l’encontre du régime de Kigali pour accélérer la désescalade ».
Ces mesures devraient, selon lui, s’accompagner de la suspension de l’aide internationale et de l’établissement d’un calendrier précis pour la mise en œuvre effective de la résolution 2773. Il en appelle à la conscience des dirigeants africains : « Ne retombons pas dans l’abomination de la traite négrière. Nous avons déjà payé le prix fort de l’esclavage et de la colonisation. »
Enfin, le Dr Mukwege réitère son appel à l’organisation d’une Conférence internationale pour une sortie de crise durable. Cette conférence aurait pour but de revitaliser l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et de traiter les « causes profondes des conflits » qui possèdent une dimension régionale complexe. Un avertissement solennel conclut son message : ceux qui n’agissent pas seront « jugés par le tribunal de l’Histoire ».
César Nkangulu
