Judith Suminwa, Première ministre congolaise, a été interpellée dans une lettre ouverte lui adressée par la communauté artistique, à remettre de l’ordre sur la situation préoccupante qui prévaut dans le secteur de la gestion des droits d’auteur en République Démocratique du Congo (RDC), où deux sociétés s’affrontent sur le terrain au détriment des créateurs des œuvres de l’esprit.
Ce document publié sur les réseaux sociaux, a fait même l’objet d’une conférence- débat en mode virtuel, dans le forum de réflexion citoyenne et culturel qui réunit plusieurs acteurs du secteur.
Nombreux parmi les artistes et opérateurs culturels congolais ont sollicité également à la Cheffe du gouvernement de s’engager et surtout de s’impliquer personnellement au projet de création d’un organisme public de gestion du secteur, en abrogeant l’Ordonnance-loi portant autorisation de la création et du fonctionnement de l’actuelle société congolaise des droits d’auteur et droits voisins (Socoda) qui a pratiquement failli à sa mission.
« L’absence de clarté et d’unicité dans la gestion des droits d’auteur ne peut perdurer sans conséquences graves. Face à cette situation, et dans un esprit républicain et constructif, nous demandons à la Cheffe du gouvernement, Judith Suminwa, d’accélérer le processus de la mise en place d’une structure nouvelle, crédible, transparente et conforme aux exigences du secteur. Nous lançons un cri d’alarme à madame la première ministre afin de prendre les mesures appropriées pour rétablir l’ordre institutionnel dans ce secteur en RDC », a déclaré Didi Kembwarss, opérateur culturel et initiateur de plateforme ‘‘Forum de réflexion citoyenne et culturelle’’.
« (…) Le retard constaté dans la mise en place d’une nouvelle société de gestion des droits d’auteur contribue à prolonger cette incertitude et à affaiblir davantage l’organisation du secteur », a-t-il ajouté.
Pour certains participants, la protection des œuvres constitue un levier fondamental de valorisation de la création artistique et intellectuelle.
« Il revient au gouvernement de prendre la décision du retrait du monopole de la gestion c’est-à-dire l’autorisation accordée à l’actuelle société congolaise des droits d’auteur et droits voisins (Socoda) pour l’attribuer à la nouvelle structure étatique en gestation. La Socoda est une arnaque, on doit la retirer le mandat de l’Etat », a soutenu Paul Ngoy, musicien.
Rappelons que lors de son adresse du 8 décembre 2025, devant les deux chambres du parlement réunis en Congrès, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, avait annoncé la création d’une nouvelle société publique de gestion des droits d’auteur en RDC.
Appel à la suppression de la Socoda
La communauté artistique estime que le bicéphalisme observé au sein de l’actuelle Socoda, qui évolue comme coopérative, entretient une confusion persistante, préjudiciable tant aux créateurs qu’à l’ensemble des acteurs culturels et partenaires institutionnels.
« Une telle situation fragilise la crédibilité du système de gestion des droits d’auteur et compromet la confiance indispensable au bon fonctionnement de ce secteur stratégique », a dénoncé un des acteurs.
« A la Socoda, la répartition se fait par forfait intégral et non en fonction de l’exploitation réelle des œuvres. Ainsi, le simple fait d’être membre semble suffire pour en bénéficier, en l’absence de critères clairs et connus régissant cette répartition. Cette pratique facilite les détournements de fonds », fustige-t-il.
La culture est un pilier fondamental du développement national et de l’identité de notre pays. « Elle mérite un cadre de gestion rigoureux, stable et respectueux des droits des créateurs. Il apparaît indispensable de faire respecter strictement les dispositions légales en vigueur ; de garantir l’unicité et la légitimité de la gestion des droits d’auteur », a-t-on évoqué.
« Je ne m’arrêterai pas de responsabiliser l’Etat congolais. Car la politique salariale est sous la responsabilité des autorités. Le gouvernement dans toute sa structure architecturale doit assumer sa mission », a interpellé Constant Kossy, opérateur culturel.
Crée en 2025, la plateforme ‘‘Forum de réflexion citoyenne et culturelle’’ réunit les professionnels congolais des arts et de la culture évoluant au pays et à l’étranger.
Jordache Diala
