Un récent communiqué du Ministère de l’Économie nationale annonce l’entrée en vigueur de nouvelles mesures encadrant l’exercice du petit commerce et du commerce de détail en République démocratique du Congo. Ces dispositions visent à structurer le secteur, protéger les opérateurs économiques nationaux et clarifier les activités autorisées aux investisseurs étrangers. Selon ce texte officiel, le petit commerce et le commerce de détail sont désormais réservés aux Congolais, tandis que certaines activités à forte intensité de capital restent ouvertes aux étrangers, sous conditions strictes. Une réforme saluée sur le principe, mais qui soulève déjà des interrogations quant à son application réelle sur le terrain.
Une réalité contrastée dans l’espace Katanga
Dans les principales villes du Grand Katanga, notamment : Lubumbashi, Likasi, Kolwezi, Kasumbalesa et Fungurume, une tout autre dynamique semble se dessiner.
Sur les marchés, dans les quartiers populaires et jusque dans les habitations, des vendeurs étrangers (libanais, indiens, égyptiens, tanzaniens, entre autres) proposent divers produits : téléphones, télévisions, montres, tapis, chaussures, parfums ou encore bijoux. Certains donnent à crédit leurs marchandises. Une activité exercée souvent de manière informelle, au contact direct des consommateurs congolais.
Ces pratiques sont-elles conformes à la nouvelle réglementation en vigueur ?
Face à ce constat, Christy Ilunga, Directeur Général de Sentinelle.cd, Écrivain et auteur du livre baptisé « D’où proviens-tu ? », adresse une interpellation claire au Ministre de l’Economie.
« Monsieur le Ministre, êtes-vous informé que dans l’espace Katanga, particulièrement à Lubumbashi, Likasi, Kolwezi, Kasumbalesa et Fungurume, des étrangers exercent le petit commerce en vendant des biens de porte à porte et dans les marchés ? Sur quelle base légale ces activités sont-elles autorisées ? », a-t-il déclaré, dans sa note.
Dans plusieurs entreprises minières majeures opérant dans la région, notamment Tenke Fungurume Mining, Deziwa Mining Company, Metalkol RTR ou encore Mutanda Mining, des témoignages font état de pratiques préoccupantes.
« Certains travailleurs affirment que des expatriés, principalement chinois, vendraient directement des produits (téléphones, montres, accessoires électroniques) au sein même des sites industriels. Moi-même j’ai été victime. Plus grave encore, des pressions seraient exercées sur les employés pour acheter ces biens, sous peine de menaces liées à leur contrat de travail. Monsieur le Ministre, êtes-vous également informé de ces pratiques dans les entreprises minières, où des travailleurs congolais seraient contraints d’acheter des produits sous menace de perdre leur emploi ? », a renchéri Christy Ilunga.
Dans un contexte où le gouvernement affiche une volonté de protéger l ‘économie nationale et de réguler le commerce intérieur, ces situations interrogent sur l’activité du contrôle et de l’application des lois.
Christy Ilunga appelle ainsi le ministre à réagir publiquement : « Je vous invite à me répondre par ce canal, via vos plateformes officielles ou par correspondance. Je suis également disposé à vous rencontrer pour vous fournir des éléments détaillés. »
Si les nouvelles mesures constituent une avancée sur le plan juridique, leur mise en œuvre effective reste le véritable test. Entre pratiques informelles, faiblesse des contrôles et enjeux économiques locaux, le défi est désormais clair : faire respecter la loi pour garantir une concurrence équitable et protéger les opérateurs congolais.
La balle est désormais dans le camp du ministère de l’Economie.
LP
