(Par le Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso, Expert en Commerce International et AGOA)
Le renforcement de l’attention américaine sur la traçabilité et les conditions de production du cobalt congolais ouvre une nouvelle phase dans les relations économiques entre la République démocratique du Congo et les États-Unis. Ces nouvelles exigences peuvent constituer un défi pour Kinshasa, mais aussi une opportunité de coopération technique, financière et commerciale avec Washington.
Une évolution réglementaire à anticiper
Le 16 septembre 2026, la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants américaine a fait progresser le projet de loi H.R. 10346, consacré à la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans la chaîne d’approvisionnement du cobalt congolais. L’initiative s’inscrit dans une politique américaine plus large de sécurisation des minerais critiques et de renforcement de la traçabilité des approvisionnements. Pour la RDC, l’enjeu est désormais de participer activement à la définition des solutions plutôt que d’attendre l’application des nouvelles règles.
Transformer la pression en partenariat
Kinshasa pourrait proposer un cadre de coopération de type « U.S.–DRC Responsible Cobalt Partnership », articulé autour de la traçabilité, de la conformité sociale, de l’accès au marché américain et de la transformation locale. L’assistance américaine pourrait soutenir un système numérique de traçabilité du cobalt, la certification des sites miniers, la formation des inspecteurs, la formalisation de l’exploitation artisanale et le renforcement des mécanismes de lutte contre le travail des enfants et le travail forcé. L’objectif serait de permettre l’identification de chaînes congolaises responsables et vérifiables, afin d’éviter qu’une suspicion générale ne pèse sur l’ensemble du cobalt produit en RDC.
Mobiliser l’expertise et les financements américains
La RDC peut également solliciter un appui financier pour les infrastructures de traçabilité et de certification, les laboratoires, l’énergie, la logistique et la transformation locale. La U.S. International Development Finance Corporation (DFC) constitue un interlocuteur important, compte tenu de son intérêt déjà affiché pour les minerais critiques congolais. La coopération pourrait relier conformité, investissements et industrialisation, avec une logique simple : mine responsable en RDC, traçabilité vérifiable, transformation locale, Corridor de Lobito, puis accès aux marchés américain et alliés.
Un dossier à porter dans la Task Force RDC–USA
Ces questions pourraient être discutées au sein de la Task Force RDC–USA afin de rapprocher les priorités américaines de sécurisation des chaînes d’approvisionnement et les objectifs congolais de souveraineté économique et de création de valeur locale. Cinq axes pourraient structurer les échanges : assistance technique pour la traçabilité, mobilisation des financements américains, formalisation de l’exploitation artisanale, reconnaissance des chaînes conformes et développement des investissements dans la transformation des minerais critiques. Ce cadre permettrait aussi de coordonner les administrations concernées et de préparer des propositions communes à présenter aux institutions américaines compétentes.
Les restrictions liées à Ebola : un obstacle pratique
Un facteur conjoncturel pourrait toutefois ralentir la mise en œuvre rapide de ce dialogue. Les restrictions temporaires de voyage liées à l’épidémie d’Ebola, ainsi que la suspension de certains services de visas à Kinshasa, compliquent actuellement les déplacements entre la RDC et les États-Unis. Même si ces mesures sanitaires sont distinctes du dossier du cobalt, elles peuvent freiner les réunions en présentiel entre responsables publics, experts et investisseurs. La Task Force pourrait néanmoins poursuivre ses travaux par visioconférence, échanges techniques à distance ou réunions dans des pays tiers, en attendant une normalisation de la situation sanitaire. Cette contrainte souligne l’intérêt d’organiser sans délai les consultations techniques qui peuvent être menées à distance.
Une diplomatie économique proactive
Le message de Kinshasa à Washington pourrait être constructif : la RDC partage l’objectif de lutter contre le travail forcé et le travail des enfants et souhaite travailler avec les États-Unis pour bâtir des chaînes d’approvisionnement responsables, traçables et compétitives, tout en développant davantage de transformation et de valeur ajoutée sur son territoire. Ainsi, les nouvelles exigences américaines sur le cobalt pourraient devenir le point de départ d’un partenariat plus large autour des minerais critiques, des investissements, de la transformation industrielle et de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Message central à retenir est que La RDC a intérêt à transformer les nouvelles exigences américaines en levier de coopération pour obtenir expertise, technologies, financements et accès sécurisé au marché, tout en renforçant la crédibilité de sa chaîne de valeur du cobalt.
