L’initiative d’un dialogue national, portée par le Président Félix Tshisekedi, soulève autant d’espoirs légitimes que de scepticismes profonds au sein de la population. Alors que les représentants du pouvoir et de l’opposition s’affrontent déjà sur les modalités de ce forum, une question cruciale cristallise toutes les tensions majeures : qui aura le droit de cité légitime autour de la table ? Dans un grand pays meurtri par des décennies de crises, ce rendez-vous historique ne peut se payer le luxe d’être une simple messe basse du pouvoir. L’inclusivité, comme l’a sagement rappelé la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), n’est pas un slogan creux. Elle est la condition sine qua non de la légitimité globale. L’architecture même de ce dialogue pose un grave problème de fond. En plaçant le comité d’organisation sous l’autorité directe de la présidence, le pouvoir exécutif commet une erreur stratégique flagrante. Comment espérer fédérer une opposition légitimement méfiante lorsque l’arbitre de la rencontre se trouve être également le capitaine de l’équipe adverse ? Les exigences portées par les figures de l’opposition, réclamant une médiation neutre incarnée par la CENCO, l’Eglise du Christ au Congo (ECC), et adoubée par l’Union africaine et l’ONU, ne relèvent pas du caprice politique. Elles expriment une nécessité démocratique absolue. Pour que le verdict d’un tel dialogue soit accepté de tous, le processus doit être exempt de tout soupçon d’instrumentalisation partisane. Au-delà de la forme, le fond du débat réside dans la capacité réelle du régime à entendre les voix dissidentes et à concéder une réelle décrispation politique sur le terrain. Les déclarations du Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, ouvrant la porte à l’examen des revendications de l’opposition lors des travaux préparatoires, constituent un premier pas appréciable. Cependant, les actes concrets devront rapidement supplanter les intentions. La gestion du cas complexe de l’AFC/M23, bien que reléguée à d’autres canaux par Kinshasa, rappelle l’urgence d’une cohésion nationale interne sans faille pour faire face aux graves menaces extérieures. Le Président Félix Tshisekedi s’apprête désormais à désigner les membres clés du comité d’organisation. Ce choix hautement stratégique sera le premier véritable test de sa réelle volonté politique. Choisira-t-il le repli frileux et le monologue déguisé, ou l’ouverture courageuse vers un compromis historique majeur ? La RDC n’a plus le temps pour les faux-semblants. Si ce dialogue accouche d’une énième formule d’exclusion, il ne fera qu’accentuer le fossé entre la classe politique et une population congolaise fatiguée des promesses stériles. L’inclusivité totale n’est pas une concession faite à l’adversaire, c’est un devoir sacré envers la patrie. Il est temps de comprendre que la paix durable ne se construira jamais par le monologue, mais par le courage d’un débat national transparent et sans exclusion.
La Pros.