Le Président de la République rompt le silence. S’adressant directement à sa majorité, Félix Tshisekedi a brisé les derniers semblants de bienséance républicaine pour poser un diagnostic sévère sur la crise sécuritaire qui ronge l’Est du pays. Sa cible ? Son prédécesseur, Joseph Kabila, désormais ouvertement accusé de s’aligner derrière le Front pour la refondation de la nation, une émanation de la coalition rebelle AFC-M23. Voir un ancien président, ayant dirigé les destinées de la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans, suspecté de retourner les armes contre sa propre patrie constitue un séisme politique majeur. Pour Félix Tshisekedi, ce basculement n’a rien d’une surprise. Conforté par les rapports accumulés depuis plus de deux ans par les services de renseignements, le verdict présidentiel est sans appel : cette posture trahit un manque d’amour viscéral pour le Congo. L’analyse va plus loin et met en lumière une stratégie géopolitique cynique. Sous l’effet des pressions militaires et des sanctions internationales, Kigali aurait été contraint de dévoiler son jeu en instrumentalisant la figure de Kabila pour donner un vernis fallacieux de rébellion interne à ce qui demeure, fondamentalement, une agression extérieure. En dépeignant son prédécesseur sous les traits de la « couardise », le président actuel tente de désamorcer le mythe de l’homme fort. Face à ce péril existentiel, la rhétorique se veut pourtant rassurante : la situation reste sous contrôle. Mais le contrôle exige l’unité. Conscient des fissures internes qui menacent sa propre coalition, notamment à travers la motion de défiance ciblant le ministre de l’Agriculture, Félix Tshisekedi a sonné le tocsin de la mobilisation générale. L’heure n’est plus aux querelles de clocher ni aux ambitions individuelles. L’austérité est érigée en vertu républicaine ; il faut se serrer la ceinture. Le financement de l’effort de guerre et la concrétisation des promesses du quinquennat exigent des sacrifices financiers immédiats de la part de la classe politique. Parallèlement au front militaire, le pouvoir active le levier de la cohésion nationale. Dès la semaine prochaine, la nomination des animateurs du dialogue national, appuyée par des coordinations provinciales et une co-facilitation de l’Union africaine, tentera de sceller un consensus thérapeutique pour le pays. C’est sur ce canevas de crise que se dessine l’horizon post-2028. Fidèle à sa posture ambivalente de mai dernier, Félix Tshisekedi affirme ne pas être demandeur d’un nouveau mandat, mais se dit prêt à rempiler « si le peuple le veut ». Une pirouette démocratique classique qui lie son destin personnel à une mission quasi messianique : remettre le Congo sur les rails et y ancrer une paix durable. Reste à savoir si le peuple, épuisé par les privations et la guerre, validera cette trajectoire sacrificielle.
La Pros.