La mémoire de la Mwamikazi Astrida Naweza continue d’éclairer la communauté Bashi-Bahavu, trente-quatre ans après son rappel à Dieu. Le samedi 24 octobre 2026, la paroisse Sainte-Anne de la Gombe a servi de cadre à une cérémonie d’action de grâce organisée en son honneur et en mémoire des figures historiques qui ont façonné l’identité de ce peuple du Sud-Kivu.
C’est dans une ambiance empreinte de spiritualité que les filles et fils de la communauté Bashi-Bahavu, aux côtés de nombreux notables et cadres du pays, se sont rassemblés à la paroisse Sainte-Anne à Kinshasa. Célébrée essentiellement en mashi, le dialecte emblématique des Bashi , la messe a été rythmée par un ballet traditionnel venu remplacer le service habituel des acolytes, donnant à l’événement une empreinte culturelle singulière.
Née le 27 mars 1921 et décédée le 5 octobre 1992, Mwamikazi Astrida Naweza Mwa-Mugaruka Bujana II, Mwa-Naluganda II, demeure une figure légendaire de la chefferie de Ngweshe, dans le territoire de Walungu. Bien avant les discours modernes sur l’équité du genre, cette souveraine d’exception s’est imposée comme une véritable pionnière de l’émancipation de la femme et de la gouvernance locale en République démocratique du Congo.
Intervenant à cette occasion, Marie-Gisèle Masawa, notable de la communauté et Présidente de l’Association pour le développement de Ngweshe (ADEN), a brossé le portrait d’une femme d’Etat au courage exemplaire :
« La Mwamikazi est une femme qui a mené des troupes. À son époque, le concept de « femme leader » n’était pas sur toutes les lèvres, mais elle l’était déjà dans les faits ! Face aux guerres successives, à la sécession katangaise et aux incursions des mercenaires de Jean Schramme, elle a su diriger, conduire des troupes et sauver des vies humaines », a-t-elle déclaré avec émotion.
Cette célébration initiée chaque année au mois d’octobre par l’ADEN vise un objectif précis : pérenniser la mémoire collective et inspirer la jeunesse. Dans la cour de la paroisse, une exposition photographique a permis au jeune public kinois de découvrir le visage et le parcours des personnalités marquantes qui ont géré le pouvoir traditionnel au Sud-Kivu.
Pour Marie-Gisèle Masawa, l’héritage de la Mwamikazi explique en grande partie la place de choix qu’occupe la femme dans la chefferie de Ngweshe, où plusieurs femmes exercent aujourd’hui avec brio des fonctions de cheffes de groupements.
« La Mwamikazi est devenue une icône qui traverse les générations. Elle a marqué son temps et continue d’inspirer les temps présents. C’est tout cet héritage de valorisation des droits de la femme que nous voulons léguer à la génération future », a soutenu la coordinatrice de l’ADEN.
Historiquement structuré autour de royaumes dirigés par des Mwami (chefs traditionnels), le peuple Bashi est majoritairement établi dans la province du Sud-Kivu. Forte de plus de sept millions d’âmes réparties en RDC et à travers la diaspora mondiale, la communauté Bashi-Bahavu entend faire de ces moments de commémoration un levier d’unité, d’enracinement culturel et de promotion des valeurs de paix et de leadership.
Carlos Ituku/CP
