On sait déjà que la République démocratique du Congo est le pays le plus peuplé du monde francophone. Mais le nombre exact d’habitants sera connu en juillet prochain, quand sera terminé le recensement de la population, une première depuis plus de 30 ans. Le gouvernement vient d’en démarrer la phase préparatoire. À la manœuvre, Guylain Nyembo Mbwizya, ministre du Plan et de la Coordination de l’aide au développement. De passage à Paris, le chef du dénombrement des Congolais a répondu aux questions de RFI. Pour lui, Le recensement de la population va permettre à la RDC de « mieux planifier son développement local ».
RFI : Concrètement, comment allez-vous réussir à compter un par un tous les habitants de la RDC ? Est-ce que vous allez vraiment demander à vos agents de se rendre dans tous les quartiers, tous les villages, maison par maison ?
Guylain Nyembo Mbwizya : C’est comme ça que ça sera fait. Donc le dénombrement exhaustif qui va avoir lieu au mois de juillet, donc individu après individu, mais ça se fera par ménage. Donc, nous allons vers les ménages et, à partir de là, nous recensons. Et il y aura un recenseur dans chaque aire de dénombrement. Donc, on parle de plus de 130 000 recenseurs qui seront déployés sur le territoire national.
Le dernier recensement, celui de 1984, du temps de Mobutu, estimait la population congolaise à près de 30 millions de personnes, aujourd’hui on en est où à votre avis ?
Bon, aujourd’hui, il y a des estimations qui sont données sur base de ce que publie l’UNFPA, donc l’Agence des Nations unies pour la population, autour de 112 millions d’habitants. Mais nous, nous attendons ce que nous allons réaliser pour avoir le chiffre exact, ce qui va justement permettre à la RDC de mieux planifier son développement local. Vous savez que nous avons la gratuité de l’enseignement, mais il faut que nous sachions combien d’élèves que nous avons en projection, combien d’enfants à telle catégorie d’âge. Cela nous permet de construire les écoles qu’il faut. Nous avons le programme de couverture santé universelle, c’est la même chose. Nous avons besoin de connaître exactement combien de personnes sont concernées. La question d’électricité, de l’eau… Donc, ça nous permet en réalité de mieux planifier et donc de travailler sur le mieux-être de la population.
Et ça coûte combien ?
Alors, le budget général est de 192 millions. Vous devez savoir que la RDC a déjà mis à disposition du programme 30 millions de ce qui est connu. Mais après, nous avons l’accompagnement de la Banque mondiale et de la BAD de manière globale. Et puis il y a les Nations unies qui nous accompagnent aussi sur le plan technique, mais aussi un peu financièrement.
Actuellement, les rebelles du FRN de l’ancien président Joseph Kabila contrôlent une grande partie du Nord et du Sud Kivu. Comment va pouvoir se passer le recensement dans ces zones-là ?
Ben écoutez, ça sera à réaliser de la même manière que vous avez entendu se réaliser l’examen d’État sur tout le territoire national. C’est-à-dire que le recensement n’est pas une opération politique, pas du tout. C’est typiquement scientifique, ça sert même de donnée, même humanitaire, pour accompagnement des personnes, parce que ça permet d’identifier toutes les personnes déplacées sur le territoire national et tout ça. Donc, ça veut dire que toute personne qui aime la RDC est censée collaborer dans ce projet.
Ce qui veut dire que les agents recenseurs pourront également dénombrer les habitants de Goma et de Bukavu, par exemple ?
C’est bien ça.
Avec l’accord donc inévitablement des rebelles du FRN qui sont les maîtres du terrain dans ces zones-là ?
Ça, c’est vous qui le dites. Mais pour nous, ce sont des communautés locales avec des communautés locales que nous réalisons ce travail. Donc d’abord ce sont des jeunes qui sont recrutés, ce sont des chefs coutumiers, ce sont différentes personnes qui travaillent sur le territoire concerné, qui seront mobilisées dans ce travail-là. Et tout le monde a intérêt à ce que la RDC, toute la RDC, y compris ces zones-là, puissent être recensées pour avoir des données fiables dans le cadre de la gestion de l’État dans son ensemble.
Mais qui centralisera les informations obtenues par ces agents recruteurs en zone rebelle ?
C’est un travail digital qui se fait. Donc ils auront des tablettes sur terrain. Donc dès qu’ils ont l’information, tout de suite après, l’information est envoyée au niveau de Kinshasa pour la compilation.
Vous venez d’assister à Bruxelles à la dernière conférence de l’initiative ITIE sur la transparence des industries extractives. Votre pays est notamment le deuxième producteur mondial de cuivre. Or, les opérateurs chinois contrôlent, je crois, quelque 90 % de la production de ce métal stratégique. Est-ce que la RDC n’est pas trop dépendante de la Chine ?
Bon, la RDC a l’ambition de diversifier ses partenariats et donc ça veut dire aussi que la porte reste ouverte à tous les autres partenaires. Les Etats-Unis sont arrivés, nous attendons l’Europe. Donc voilà.
Parce que vous estimez que 90 % pour les opérateurs chinois dans le cuivre, c’est une position trop dominante pour la Chine dans votre pays ?
Nous voulons diversifier, il n’y a pas que dans le cuivre. Donc pour tout ce que nous avons de minerais stratégiques, nous voulons diversifier nos partenariats.
Vous pensez au cobalt, vous pensez au lithium ?
Vous voyez, les Américains sont là avec nous. Vous savez bien que, pour l’exploration du lithium dans la province du Tanganyika, les Américains sont là avec plusieurs sites d’exploration. C’est une société américaine qui est là-bas. Et sur le couloir de Lobito, le corridor, vous avez appris que c’est une société américaine qui est lancée, là, pour le chemin de fer. Donc nous sommes bien, comme on dit, « on track » pour évoluer et avancer.
Et les Européens dans tout ça ? Tout pour les Chinois et les Américains, rien pour les Européens ?
(Sourire) Pas du tout, les Européens, comme je dis, ils sont bienvenus. Je vois qu’il y a un grand intérêt sur Lobito aussi, parce que j’ai vu que l’Union européenne avait annoncé, je crois, 2 milliards d’euros à mettre sur le projet. Donc vous voyez que l’Europe n’est pas en reste. Donc, nous demandons aux investisseurs de ne pas traîner les pieds parce que la RDC reste ouverte.
Interview tirée de RFI
