Avec la création du Front pour la refondation de la nation (FRN) depuis Goma, sous le giron d’une rébellion armée, Joseph Kabila opère un virage aux conséquences imprévisibles. Face à cette annonce, la réaction vigoureuse de Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), résonne comme un rappel nécessaire à la cohérence et à la mémoire républicaine. L’essence même de cet affrontement rhétorique réside dans une contradiction flagrante, magistralement mise en lumière par le président de l’Assemblée nationale. Comment un ancien chef de l’État, ayant présidé aux destinées de la nation pendant dix-huit ans, peut-il décemment faire l’apologie de la paix le 9 octobre pour, trois jours plus tard, parrainer une coalition politico-militaire liée à l’AFC/M23 ? Ce grand écart idéologique heurte la conscience nationale. On ne peut, sous couvert de refondation, tendre une main pacificatrice tout en dissimulant un fusil d’assaut de l’autre. Le peuple congolais, meurtri par des décennies d’exactions, refuse d’être le dindon de cette farce tragique. En politique, le reniement de son propre bilan est un aveu de faiblesse. Comme l’a souligné Vital Kamerhe, on n’efface pas ses propres responsabilités passées en fustigeant l’action de son successeur. Les stigmates de la gouvernance précédente sont encore trop vifs pour que l’histoire soit réécrite au gré des opportunismes du moment. L’est de la RDC est fatigué de cette litanie de rébellions cycliques qui n’ont jamais apporté la sécurité, la justice ou le développement tant promis. Au contraire, chaque nouvelle aventure armée ne fait qu’allonger la liste des drames humains : des enfants privés d’école, des millions de déplacés internes et des violences indicibles infligées aux femmes. Dès lors, l’appel de Kamerhe à sanctuariser l’ordre constitutionnel et à se mobiliser derrière le président Félix Tshisekedi relève du sursaut patriotique. Le salut de la patrie ne viendra pas d’une table de négociation imposée par le chantage des baïonnettes. À quoi bon sacrifier de précieuses vies humaines pour finir invariablement par s’asseoir dans les salons feutrés du dialogue ? Les divergences politiques, aussi profondes soient-elles, doivent s’exprimer dans le cadre pacifique des institutions et non par le sang. Il est temps de rompre définitivement avec le modèle de la violence comme mode d’accès ou de conservation du pouvoir. Pour l’unité nationale et la stabilité de la région des Grands Lacs, les responsables des mouvements armés doivent déposer les armes et privilégier la seule voie digne d’un État moderne : celle de la parole et de la concertation. La refondation de la RDC ne se fera pas par les décombres de la guerre, mais par le respect sacré de sa souveraineté.
La Pros.