Le basculement du Président de la République honoraire, Joseph Kabila, dans la rébellion contre les institutions de la République continue de faire réagir les acteurs politiques de la RDC. La dernière réaction en date est celle de Vital Kamerhe, leader de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) qui, à travers un message largement diffusé sur les réseaux sociaux, a d’abord relevé les contradictions de Joseph Kabila, qui prêche la paix dans ses discours mais prône la violence armée dans ses actes.
« La création du Front pour la refondation de la nation sous la direction du président honoraire Joseph KABILA constitue un tournant grave dans la vie politique de notre pays. Elle appelle à une parole claire et à une attitude de responsable de tous ceux qui ont à cœur le destin de la République Démocratique du Congo. On ne peut proposer la paix à notre peuple tout en recourant aux armes. Cette contradiction touche au fondement même de l’engagement démocratique. La reconnaissance du droit des citoyens à choisir librement leurs dirigeants sans subir la contrainte de la violence.
(…) le 9 octobre 2026, Joseph Kabila, Président honoraire, nous parlait de la paix ; le 12 octobre, soit trois jours après, sa prise de la direction du FRN, une coalition politico-militaire comprenant l’AFC-M23, était annoncé à Goma. Voilà les faits.
Je vois une contradiction sur laquelle les congolais sont en droit une réponse.
Mais, Monsieur le Président honoraire, vous appelez à la paix dans vos discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes. Le peuple vous jugera sur vos actes. Le 25 janvier 2018, j’avais dénoncé ce que je considérais comme les contre-vérités de votre point de presse de la veille. Vous étiez alors président de la République Démocratique du Congo. Aujourd’hui, votre décision rend cette contradiction plus grave encore : vous prétendez sauver un pays en prenant la tête des forces qui combattent ses institutions », a-t-il déploré.
Et celui que ses partisans appelle « le Pacificateur » n’a pas manqué de rappeler à l’ancien Chef de l’État congolais son bilan peu reluisant de 18 ans à la tête de la République démocratique du Congo ainsi que sa responsabilité dans la crise multiforme dont fait face le pays.
« Vous avez dirigé la RDC pendant 18 ans ; 18 ans pour renforcer son armée, 18 ans pour consolider ces institutions, 18 ans impulser le développement et tirer l’ensemble de l’Afrique vers le haut, au regard de nos ressources naturelles innombrables et de la position géostratégique qu’occupe notre pays, 18 ans enfin pour protéger les populations congolaises. Vous ne pouvez pas vous présenter aujourd’hui comme un homme étranger aux blessures de notre peuple, sans responsabilité aucune sur ses fragilités, sans compte à rendre sur son histoire. On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur. Chacun de nous doit avoir la décence d’assumer sa part de responsabilité dans l’histoire tumultueuse que connait notre pays. Et surtout, on ne répare pas le destin d’un pays en lui imposant une nouvelle aventure armée. Notre peuple a suffisamment payé. Dans chaque confrontation ou affrontement, il y a des familles endeuillées, des enfants éloignés de l’école, des femmes exposées aux violences et des compatriotes contraints d’abandonner leurs terres. Ceux qui prétendent agir en leur nom ont le devoir de répondre du prix humain de leur décision. Après tant d’années de conflits, nous devons regarder les résultats avec lucidité. Les rébellions successives n’ont pas données aux congolais et aux congolaises la sécurité, la justice et la prospérité partagée qu’ils espèrent. Notre responsabilité de sortir sans délai le pays de cette engrenage de l’insécurité et des guerres récurrentes », a martelé l’Honorable Vital Kamerhe, qui invite par ailleurs ses compatriotes congolais à se mobiliser pour défendre leur patrie, sous la houlette du Président Félix Tshisekedi.
« Je réaffirme mon soutien au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, mon allié et partenaire politique. Cette évolution conforte à mes yeux la justesse de ses mises en garde face à une menace qu’il avait identifiée et nous commande de resserrer nos rangs autour de la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre de constitutionnel. Dans cette épreuve, l’unité nationale doit rester notre bien le plus précieux et j’appelle les congolaises et les congolais, au-delà de leurs appartenances politiques, à une mobilisation pacifique et responsable, pour refuser que les armes décident une fois encore de leur avenir, que la défense de la République est une responsabilité commune, elle exige de nous tous la vigilance, la cohésion et le respect de chaque compatriote », a-t-il exhorté.
Tout en disant non au projet insurrectionnel de Joseph Kabila, le numéro Un de l’UNC plaide pour une solution pacifique, afin de mettre au cycle infernal de guerre et de rébellion en RDC.
« Ma position est ferme, ma responsabilité pour mon pays est entière. Mon expérience dans la gestion des conflits m’a conduit à deux convictions fondamentales : 1-Aucune divergence n’est insurmontable lorsque ceux qui s’opposent place l’amour profond de la patrie au-dessus de leurs intérêts particuliers ; À quoi bon prendre les armes pour finir autour de la table de négociation ? Alors que le dialogue aurait pû permettre d’éviter tant de pertes de vies humaines. J’en appelle aux responsables de ce mouvement à renoncer à leur projet et à privilégier la voie du dialogue. Quelques soient nos frustrations, nos divergences ou nos ambitions, rien ne saurait justifier que nous prenions les armes contre notre propre pays, au risque de sacrifier davantage des vies congolaises. La République Démocratique du Congo a besoin de la Paix, de la cohésion nationale et l’amorce de son développement, elle a besoin des femmes et d’hommes capables de dépasser leurs intérêts particuliers et personnels pour préserver l’essentiel, la nation congolaise : son unité et son intégrité territoriale. Elle a besoin, en somme, d’être un pays où les plus de 1450 ethnies qui le compose vivent ensemble, dans la paix, la convivialité et le respect mutuel », a-t-il recommandé, tout en martelant sur la tenue d’un nouveau dialogue entre-congolais, qu’il considère comme la voie royale pour épargner les vies humaines.
« Nous devons tous rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir, nous devons mettre fin à ces cycles interminables de conflits suivi de dialogue en espérant que celui que nous tiendrons sera le dernier et qu’il jettera véritablement les bases de développement de notre pays », a-t-il plaidé.
Et l’ancien Speaker de l’Assemblée Nationale de la RDC a conclu son message à ses compatriotes en ces termes : « Congolaises et congolais, qu’attendons-nous pour nous entendre ? Africaines et africaines, qu’attendons-nous pour nous entendre ? C’est comme si nous nous étions entendus pour nous faire la guerre, pour nous haïr et ceci doit prendre fin. Comme je le dis plus haut, nous avons le devoir de transmettre aux générations futures, un pays où l’on peut défendre ses convictions sans prendre les armes, exercer ses droits sans craindre pour sa vie et construire son avenir sans être chassé de chez soi », a-t-il dit avec force.
JR Mokolo
