L’histoire politique de la République Démocratique du Congo vient de franchir le rubicon du surréalisme et de l’opprobre. Ce 12 octobre 2026, l’image a glacé le sang de millions de Congolais : Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République (2001-2019), est apparu à Goma, engoncé dans une sérénité feinte, aux côtés du général sanctionné Sultani Makenga. L’officialisation du Front pour la refondation de la nation (FRN), scellant les noces funèbres entre l’ancien chef de l’État et la coalition terroriste AFC-M23, consacre une déchéance morale inédite dans les annales de la configuration étatique moderne. Comment un homme qui a incarné la légitimité suprême des institutions, commandé les Forces armées (FARDC) et juré de défendre l’intégrité territoriale, peut-il choir au rang de chef d’une faction rebelle téléguidée ? C’est le vertige d’un cynisme absolu. En endossant la présidence de cette structure politico-militaire aux côtés de Corneille Nangaa et de Bertrand Bisimwa, Joseph Kabila commet un sacrilège républicain. Ce reniement jette un voile de suspicion rétroactive sur l’ensemble de ses deux décennies de règne. En choisissant la carte de la subversion et de la violence armée sous le prétexte fallacieux de l’article 64 de la Constitution, il s’exclut définitivement de la communauté des hommes d’État pour s’enfoncer dans le maquis de la sédition. Cet acte de capitulation devant les sirènes de la déstabilisation vient surtout clore un débat qui a longtemps divisé la scène nationale. Pendant des mois, une frange de l’opinion et des caciques de la Kabilie niait avec véhémence les accusations du pouvoir de Kinshasa. Ils criaient au complot politique, à la diabolisation et au procès d’intention lorsque la justice militaire congolaise condamnait l’ex-président par contumace pour « trahison » et « crimes de guerre » en septembre 2025. Aujourd’hui, les masques sont tombés. Ceux qui tentaient de laver Kabila de tout soupçon de complicité avec l’AFC-M23 sont cruellement confondus par l’évidence des faits. Les dénégations d’hier se fracassent contre la réalité de cette conférence de presse à Goma. Les faits sont têtus, et l’histoire, implacable, vient de donner raison aux rapports de renseignement. Le FRN promet de « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force ». Mais quelle libération peut-on attendre d’une coalition alliée à ceux qui endeuillent l’Est du pays depuis des années ? En s’asseyant sur le trône d’une rébellion qui occupe illégalement des portions du territoire national, Joseph Kabila n’est plus un opposant politique : il est devenu, de manière flagrante, l’incarnation d’une menace existentielle pour la patrie qu’il a jadis dirigée.
La Pros.