La date du 30 juillet rappelle à la mémoire collective congolaise le memo que Mgr Marcel Utembi avait adressé, il y a dix ans, alors qu’il était Président de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), à monsieur Etienne Tshisekedi, qui revenait au pays trois jours plus tôt, après 2 ans d’absence pour des raisons de santé.
C’était dans un contexte de crise constitutionnelle : alors que le deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila devait prendre fin le 20 décembre 2016, le processus électoral n’était pas encore engagé. Les Evêques Congolais avaient alors pris à bras le corps la cherche d’une sortie de crise, en envisageant un dialogue national. Pour cela, ils accordaient une grande importance à la voix de l’opposition que Etienne Tshisekedi représentait.
« En tant que grand acteur de la scène politique congolaise, votre présence en RD Congo en ce moment précis où le pays traverse une situation critique, suite au blocage du processus électoral, est d’une importance capitale. Elle suscite beaucoup d’espoir pour la tenue du dialogue national en vue de trouver une issue heureuse à la crise actuelle et sauver ainsi la démocratie dans notre pays », écrivait l’Archevêque de Kisangani, tout en exprimant le sentiment de joie de la CENCO pour ce retour par la grâce de Dieu.
« Ce qui est au cœur des préoccupations des Evêques membres de la CENCO, c’est le souci pour la vie de ce peuple meurtri et l’avenir du pays. En effet, la crise qui déchire les politiciens a des répercussions néfastes sur le vécu quotidien des citoyens congolais. La situation socio-économique et sécuritaire des populations se dégrade. Et pendant que l’on perd du temps précieux, la souffrance du peuple ne fait que s’aggraver », lit-on encore dans ce message qui est archivé dans les Actes de la CENCO et Documents No 8, Année VIII de Novembre 2016, pages 105 et 106.
Dix ans plus tard, l’impression du ‘‘déjà vu’’ est évidente. Non seulement que les déclarations relatives à un éventuel référendum et à la modification ou au changement de la Constitution éclipsent toute lueur d’éventuelles échéances électorales, mais aussi l’épiscopat Congolais est une fois de plus engagé en ligne de front pour un dialogue national, avec les mêmes motivations et la même vision des choses.
Le lendemain de ce memo de Mgr Marcel Utembi, Etienne Tshisekedi lui-même avait déclaré ceci, lors d’un grand meeting de l’opposition tenu à Kinshasa : « le corps électoral doit être convoqué pour l’élection présidentielle. Au cas contraire, la haute trahison sera attestée dans le chef de M. Kabila qui endosse la responsabilité du malheur des Congolais ». Ce meeting visait, entre autres, à rendre compte des travaux de la concertation politique de Genval (dit aussi Conclave de Bruxelles) qui avait eu lieu du 8 au 9 juin 2016 en Belgique.
« Notre vœu le plus ardent, concluait Mgr Marcel Utembi en s’adressant au président de l’UDPS, est que votre Excellence apporte toute son expérience politique et son amour pour le progrès social du peuple congolais en vue de tout mettre en œuvre pour la tenue effective du dialogue, dans le but de trouver un consensus politique rapide et éviter ainsi le chaos au pays ».
Les esprits avisés ne doutent point de la constance des Evêques RD Congolais dans leur discours et leurs motivations. Et, dans une similitude aussi évidente que celle-ci, il est invraisemblable que nos prélats changent de modus operandi.
Prosper Mbumba, prête catholique et journaliste indépendant.