(Par Jean-Marie Mutamba Makombo, Professeur émérite / Université de Kinshasa)
C’est le titre d’une plaquette datée du mois d’août 2014. Le sous-titre est « De la nécessité d’adapter les institutions aux évolutions ». C’est aussi une voix d’outre-tombe. L’auteur est Jean-Pierre Kambila Kankwenda wa Mpunga d’heureuse mémoire. Paix à son âme ! Un intellectuel brillant, qui aimait bien et animait les débats. Il nous a quittés le 29 septembre 2014, à 74 ans, un mois après la sortie de cette publication. Diplômé en sciences politiques et en sociologie, il fut nommé en 2009 Conseiller politique et juridique du Président de la République Joseph Kabila. Puis il accéda au poste de Directeur de cabinet adjoint en charge des questions politiques, juridiques et administratives.
Dans cette publication de 39 pages, il donne son opinion sur le débat qui était en cours concernant la nécessité ou non de réviser la Constitution du 18 février 2006. Ce débat est toujours d’actualité en juin 2026, près de douze ans après. Qu’écrivait-il page 8 ?
« La Constitution du 18 février 2006 est révisable. Rien ne peut limiter l’action du constituant originel, le peuple souverain. Le peuple congolais, dans sa souveraineté peut, sans guerre, ni révolution, ni coup d’Etat, s’octroyer une nouvelle Constitution plus conforme à sa réalité et mieux adaptée à ses objectifs. Les lignes qui vont suivre s’attachent à développer sommairement ce point de vue.
« Ce qui apparaît encore plus déplorable est que la position des partisans du maintien de la Constitution du 18 février 2006 dans son état actuel use d’une stratégie politique moralement et éthiquement contestable. La stratégie des oppositions politiques congolaises ne vise pas à maintenir en force une Constitution qu’ils considèreraient comme le meilleur instrument de la consolidation de la Nation congolaise. Ils se montrent attachés à ce texte, auquel ils s’étaient farouchement opposés, il y a huit ans, uniquement pour obtenir le départ de l’homme qui, depuis 2001, a mis en œuvre la démocratie en République Démocratique du Congo et s’évertue maintenant à l’amener à son émergence économique et sociale.
« Les Oppositions congolaises veulent maintenir la Constitution inchangée pour priver le peuple congolais de la présence d’un homme qui a démontré sa capacité à maintenir le pays uni malgré les velléités de conquête de certains voisins mal intentionnés. Les Oppositions congolaises craignent que Joseph Kabila restant à la tête de l’Etat pendant une législation de plus, ne convainque davantage le peuple de ce que le fils de M’Zee Laurent Désiré peut réellement réaliser le projet qui était celui de son père pendant de longues années, à savoir, faire de la République Démocratique du Congo une véritable puissance au centre de l’Afrique.
« Les Oppositions savent qu’elles ne sauront pas battre le Président Joseph Kabila sur le plan électoral ; elles préfèrent donc empêcher la candidature du Chef de l’Etat malgré le potentiel que celui-ci représente pour l’avancement du pays. Pour atteindre leur but, ces compatriotes n’ont trouvé (rien) d’autre que de chercher à convaincre l’opinion publique de l’impossibilité de modifier la Constitution. Le but de la manœuvre est simple : mettre définitivement le Président Joseph Kabila hors-jeu. La qualité même de cette Constitution et le travail réalisé par l’homme ne sont pas pris en compte dans ce raisonnement ».
Dans la conclusion, page 36, J.P. Kambila résume les arguments et pose les conditions d’un débat serein :
« Mon propos a pour objet de convaincre la majorité des compatriotes que la Constitution du 18 février 2006 avait été rédigée sous l’influence des compromis des pourparlers de Sun City qui, du fait des rapports des forces à l’époque, avaient favorisé les points de vue des belligérants et avait été conçue dans les conditions particulières. Ces circonstances sont aujourd’hui obsolètes. Le dialogue de 2005 dans la Cité Sud-africaine était en effet dominé par le souci de réconcilier les forces combattantes et d’éviter de retomber dans les travers de la dictature qui pendant 32 ans s’était montrée incapable de reconstruire le pays. L’esprit de Sun-City a rempli partiellement le rôle qui était le sien : éviter l’éclatement du pays, entamer la marche vers la démocratisation et démarrer la reconstruction du pays.
« Maintenant, la République affronte d’autres challenges, autrement plus positifs : le renforcement de la cohésion nationale et l’émergence de notre économie.(….). La Constitution actuelle ne correspond pas au dessein que nous voulons pour la République Démocratique du Congo. Le moment est donc venu d’ouvrir un large débat autour de la nécessité de produire une nouvelle loi fondamentale capable de nous rassembler et de mobiliser nos énergies pour atteindre les principaux objectifs énoncés dans les pages précédentes.
« Maintenant que le débat est ré-ouvert, il importe de le contenir dans les limites de la démocratie, de la décence et de la tolérance des avis contraires. Les échanges des propos discourtois qui s’entendent déjà ici et là sont de nature à corrompre le dialogue nécessaire à la consolidation de notre nation et risquent de nous replonger dans les regrettables excès qui ont causé tant de violences inutiles et évitables.
« Le souhait de chaque Congolais est que ce débat se déroule dans le calme et la sérénité indispensable à la production du texte qui doit conduire la gouvernance de la nation pour les années à venir ».
