Une nouvelle fois, des frappes ont visé des zones sensibles de l’est de la République démocratique du Congo. Cette fois, c’est l’aéroport de Kavumu, au Sud-Kivu, qui a été touché, provoquant l’annulation de vols et ravivant une inquiétude désormais chronique dans la région. Aucun décès n’a été signalé, mais l’essentiel n’est pas seulement dans le bilan immédiat : c’est la répétition des attaques, leur banalisation progressive et l’enracinement d’une guerre qui semble désormais se jouer aussi dans le ciel. Dans le même temps, l’AFC/M23 accuse les forces gouvernementales d’avoir mené des frappes à Rumangabo, Rubaya et dans certaines zones de Minembwe. Là encore, des infrastructures civiles auraient été atteintes et des populations exposées. Dans cette guerre des récits, chaque camp accuse l’autre, mais une vérité demeure incontestable : les civils paient le prix le plus lourd. L’utilisation croissante des drones dans le conflit marque une évolution préoccupante. Ces technologies, souvent présentées comme des instruments de précision militaire, deviennent dans les faits des vecteurs supplémentaires d’insécurité lorsqu’elles sont employées dans des zones habitées. Les frappes répétées, les accusations croisées et les violations du cessez-le-feu montrent surtout l’échec actuel des mécanismes de désescalade. Les engagements pris en Suisse en avril apparaissent déjà fragilisés. Or, un cessez-le-feu qui n’est pas respecté devient rapidement un simple exercice diplomatique sans portée réelle sur le terrain. Pendant que les communiqués s’enchaînent, les habitants de Goma, de Masisi, de Rutshuru ou de Minembwe continuent de vivre sous la peur permanente des combats, des déplacements forcés et désormais des frappes aériennes. La communauté internationale, qui a récemment dénoncé les violations du droit international humanitaire, devra aller au-delà des condamnations de principe. Les déclarations seules ne protègent ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les familles déplacées. Il devient urgent d’imposer des mécanismes crédibles de surveillance du cessez-le-feu et d’établir clairement les responsabilités dans les attaques visant les zones civiles. Mais la responsabilité première reste congolaise. Le gouvernement comme les groupes armés doivent comprendre qu’aucune victoire militaire durable ne peut être construite sur les ruines des villages du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Chaque nouvelle frappe éloigne davantage les perspectives de paix et approfondit la fracture entre populations et acteurs politiques ou militaires. L’est du Congo n’a pas seulement besoin d’armes réduites au silence. Il a besoin d’une volonté politique réelle, d’un dialogue sincère et d’un engagement ferme pour protéger les civils. Car lorsqu’un aéroport est frappé pour la quatrième fois, lorsqu’un parc national devient une cible militaire potentielle et lorsque des drones survolent des zones habitées, ce n’est plus seulement un conflit qui s’installe : c’est l’idée même de sécurité publique qui s’effondre.
Et un pays ne peut durablement construire son avenir sous un ciel de guerre.
La Pros.