A l’approche de la fin du second et dernier mandat du Président de la République prévue pour janvier 2029, le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle refait surface, ravivant tensions et inquiétudes au sein de l’opinion nationale. Pour de nombreux observateurs, cette initiative constitue une menace directe contre les fondements mêmes de la démocratie congolaise, notamment le principe sacré de l’alternance. Alors que le pays fait face une crise sécuritaire persistante dans l’Est, marquée par l’agression rwandaise, l’ouverture d’un tel débat apparaît, pour certains, comme une fuite en avant.
Au cœur des critiques, la majorité au pouvoir est accusée de vouloir s’éterniser à la tête de l’Etat, en s’appuyant sur des arguments jugés incohérents. L’évocation d’un possible report des élections pour des raisons sécuritaires contraste avec la volonté de convoquer un référendum constitutionnel, pourtant tout aussi difficile à organiser dans les zones affectées par les violences.
Dans cette atmosphère tendue, Denis Mukwege élève la voix et appelle à un sursaut patriotique. Dans une déclaration datée du 17 mai 2026, le prix Nobel de la paix rappelle que la Constitution congolaise comporte certains verrous notamment, ceux relatifs au nombre et à la durée des mandats présidentiels, ne peuvent être modifiés. De plus, toute révision est proscrite en période de crise sécuritaire, comme le stipulent les articles 219 et 220.
A l’en croire, c’est la cohésion nationale qui est en jeu. Le risque d’une nouvelle crise politique majeure, susceptible d’aggraver les divisions internes, est bien réel. Pour le Dr Denis Mukwege, l’urgence est de restaurer la paix, garantir la sécurité et répondre aux besoins fondamentaux des populations.
Face à ces enjeux, il a lancé un appel aux forces vives de la Nation. L’heure n’est pas à la manipulation des textes, mais à la consolidation de l’État de droit. Dans un élan de mobilisation citoyenne, il prône ainsi le slogan: « Touche pas à ma Constitution ! ».
Nathan Mundele
Déclaration sur le débat autour d’une possible révision constitutionnelle
17 mai 2026
Le second et dernier mandat du Président de la République Démocratique du Congo (RDC) prendra fin le 20 janvier 2029.
Avec le lancement du débat autour d’une possible révision constitutionnelle pour permettre à l’actuel Chef de l’État de briguer un éventuel troisième mandat, les principes de base de la démocratie sont à nouveau en danger en RDC.
Alors que le pays traverse une crise multiforme et fait face à une menace existentielle suite à la dernière guerre d’agression et d’occupation dans l’Est de la RDC, la Nation semble à la merci d’un homme, le Président de la République, et d’un regroupement de partis politiques, l’Union sacrée, qui cherchent à s’accrocher au pouvoir en érigeant un système basé sur le culte de la personnalité, au mépris du principe de l’alternance démocratique, après un bilan désastreux en matière de gouvernance sécuritaire, économique et sociale. Comme l’énonce la Constitution, aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’attribuer la souveraineté nationale, qui appartient au peuple.
Si certains spéculent déjà sur un probable report des élections prévues en 2028 et un nouveau « glissement » du calendrier électoral, en invoquant des raisons sécuritaires qui priveraient plus de 12 millions de citoyens du Nord et du Sud Kivu de leur participation au scrutin, les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national permettant au souverain primaire de s’exprimer sur un changement de la Loi fondamentale.
Défiant toute cohérence, ceux qui dénoncent une « Constitution des étrangers » sont les premiers à brader nos minerais stratégiques aux puissances étrangères en contrepartie d’une prétendue garantie de sécurité qui tarde à se mettre en place. Ceux qui avaient battu le pavé à travers le pays il y a moins de 10 ans pour s’opposer à la révision constitutionnelle, mettant en péril la vie de jeunes compatriotes, sont aujourd’hui les irréductibles qui remuent ciel et terre pour changer la même Constitution, pourtant verrouillée dans certains articles.
Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement en assurant à la population la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous.
Nous exprimons notre profonde préoccupation face au mépris des principes démocratiques affiché de manière décomplexée par la majorité présidentielle alors que cette nouvelle période d’instabilité institutionnelle risque d’enfoncer la Nation dans une crise politique sérieuse et des tensions qui mettront en péril la cohésion sociale.
Dans ce contexte, nous lançons un appel à un sursaut citoyen pour que la base se réapproprie la Constitution qui énumère nos droits et libertés fondamentales et organise le fonctionnement de nos institutions. Elle énonce à juste titre dans son préambule que « l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme, par leurs multiples vicissitudes, sont à l’origine de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays ».
Ce constat reste d’actualité et nous joignons notre voix aux compatriotes proclamant que la Nation ne doit se concentrer que sur les priorités existentielles du pays: mettre fin à la guerre dans l’Est et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Nous exhortons le régime en place à ne pas plonger la Nation dans le débat explosif sur la modification du contrat social, notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Comme l’énonce l’article 219 de la Constitution: « Aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège » et d’après l’article 220 « le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».
Nous lançons donc un appel aux forces vives du pays pour ne pas sacrifier la République et œuvrer sans relâche à une voie de sortie de crise juste et durable et non d’accorder aux forces d’agression et de déstabilisation une opportunité d’avancer vers la désintégration du pays.
Les Congolaises et les Congolais doivent rejeter toute tentative de dérive autoritaire, ne pas cautionner les velléités expansionnistes et éviter toute division pour rester unis face à l’urgence de résoudre les défis existentiels auxquels la Nation doit répondre de concert.
Réaffirmons notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un Etat de droit et une Nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle et disons ensemble: « Touche pas à ma Constitution!».
Denis Mukwege
