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    Home » RDC : le véritable danger pour Tshisekedi n’est plus la guerre, mais l’héritage qu’il est en train de construire
    Tribune

    RDC : le véritable danger pour Tshisekedi n’est plus la guerre, mais l’héritage qu’il est en train de construire

    Rédaction La ProspéritéBy Rédaction La Prospérité13/05/2026Aucun commentaire12 Mins Read
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    (Par Jo M. Sekimonyo, PhD Chancelier de l’Université Lumumba

    Économiste politique hétérodoxe)

    La sortie médiatique du président Félix Tshisekedi du Mercredi 9 Mai 2026 était, sur le plan technique, un exercice politiquement maîtrisé. Le décor était contrôlé, le ton calibré, la mise en scène soigneusement orchestrée et la communication suffisamment structurée pour rassurer son camp politique immédiat. Dans un contexte de guerre, de tensions régionales et de fragilité institutionnelle, ce type d’apparition publique vise généralement à projeter l’image d’un pouvoir qui garde le contrôle de la situation.

    Dans les affaires d’État toutefois, la question essentielle n’est jamais uniquement la qualité de la prestation communicationnelle. Ce qui importe réellement, ce sont les signaux stratégiques envoyés, consciemment ou non, aux citoyens, aux investisseurs, aux partenaires internationaux et même aux adversaires géopolitiques. À ce stade de son mandat, le problème auquel fait face Félix Tshisekedi ne relève plus seulement du militaire ou du médiatique. Il devient progressivement historique et économique.

    Les conférences de presse passent, les narratifs politiques changent, mais certaines déclarations produisent des conséquences profondes sur la crédibilité institutionnelle d’un État et sur les anticipations économiques qui structurent l’avenir d’une nation. Dans des économies fragiles comme celle de la RDC, où la confiance politique reste étroitement liée à la stabilité sécuritaire et institutionnelle, chaque mot présidentiel agit comme un signal de marché, un indicateur de risque souverain et parfois même comme une lecture implicite de la capacité de l’État à préserver sa continuité démocratique.

    Le piège de la communication politique

    Le cercle de Felix Tshisekedi semble privilégier de plus en plus la gestion des perceptions politiques plutôt que la résolution structurelle des vulnérabilités de l’État. La communication devient progressivement une stratégie de substitution, destinée à maintenir l’impression de contrôle dans un environnement marqué par l’insécurité persistante, les tensions régionales et la fragilité socioéconomique.

    Pourtant, l’histoire politique montre qu’un État ne se stabilise jamais durablement par le récit seul. Les narratifs peuvent ralentir temporairement l’érosion de confiance, mais ils ne remplacent ni la crédibilité institutionnelle, ni la cohérence stratégique, ni la capacité d’un pouvoir à produire des résultats tangibles sur le plan sécuritaire et économique. Les réactions des soutiens de l’UDPS après cette sortie médiatique étaient largement prévisibles. Une partie du camp présidentiel y a vu une démonstration d’autorité, tandis qu’une autre a surtout célébré la maîtrise du format et la posture présidentielle.

    L’opposition congolaise commet cependant une erreur analytique récurrente. Elle répond souvent à ce type d’intervention dans un registre émotionnel ou partisan sans réellement décoder la portée stratégique des messages envoyés. Dans les relations internationales et dans les économies politiquement fragiles, les déclarations présidentielles ne s’adressent jamais uniquement à l’opinion publique locale. Elles sont également interprétées par les marchés, les chancelleries étrangères, les institutions financières, les partenaires sécuritaires et même les groupes armés impliqués dans les rapports de force régionaux.

    Le véritable danger ne réside donc pas dans la polémique immédiate générée sur les réseaux sociaux ou dans les débats télévisés des jours suivants. Le problème se situe davantage dans les signaux implicites que ce type de communication projette sur la solidité institutionnelle du pays. Dans une économie où l’investissement dépend fortement des anticipations de stabilité politique, chaque ambiguïté stratégique augmente la perception du risque souverain. Les investisseurs observent la prévisibilité du système politique, les partenaires diplomatiques évaluent la cohérence de l’État, tandis que les acteurs militaires analysent les marges de vulnérabilité du pouvoir central. Une mauvaise communication présidentielle ne constitue donc pas seulement une erreur politique ; elle peut progressivement devenir une erreur macrostratégique.

    La phrase la plus dangereuse

    Le passage le plus préoccupant de cette intervention présidentielle ne se trouvait ni dans les attaques contre l’opposition, ni dans les éléments de communication destinés à rassurer son camp politique. Il se trouvait dans une implication beaucoup plus lourde sur le plan institutionnel. Beaucoup s’attendaient à entendre un message de fermeté affirmant clairement que les élections de 2028 auraient lieu parce que l’État congolais allait rétablir sa souveraineté territoriale et mettre fin à la guerre à l’Est. Une telle déclaration aurait envoyé un signal de continuité républicaine et de confiance institutionnelle.

    Pourtant, le président Tshisekedi a laissé apparaître l’idée inverse. En reliant implicitement l’avenir du calendrier démocratique à l’évolution du conflit sécuritaire, il a introduit une ambiguïté extrêmement dangereuse pour un pays déjà fragilisé par des décennies d’instabilité politique et militaire. Sur le plan de l’économie politique, ce type de signal produit des effets bien au-delà du débat partisan immédiat. Lorsqu’un pouvoir laisse entendre que la trajectoire électorale dépend de variables militaires encore incertaines, il fragilise les anticipations économiques et accroît le risque politique perçu par les acteurs nationaux et internationaux.

    Les investisseurs ne regardent pas uniquement les chiffres macroéconomiques ; ils évaluent aussi la prévisibilité institutionnelle, la continuité des règles politiques et la capacité d’un État à maintenir son calendrier constitutionnel malgré les crises. Dans les économies fragiles, l’incertitude électorale agit souvent comme une taxe invisible sur l’investissement. Elle ralentit les engagements de long terme, augmente les coûts du capital et nourrit les comportements d’attentisme dans l’ensemble du système économique.

    Le problème devient encore plus grave lorsqu’on pousse la logique implicite de cette communication jusqu’à ses conséquences géopolitiques réelles. En laissant entendre que la tenue normale des élections dépend de l’évolution militaire dans l’Est du pays, le pouvoir suggère indirectement que le calendrier démocratique congolais pourrait être influencé par le M23/AFC et, par extension stratégique, par Paul Kagame et les dynamiques régionales rwandaises. Aucun chef d’État ne devrait donner l’impression que la continuité démocratique de son pays peut être suspendue ou conditionnée par une dynamique militaire extérieure. Une telle perception affaiblit symboliquement la souveraineté même que le pouvoir prétend défendre.

    Tous les membres de l’équipe stratégique ou amis ayant validé cette communication devraient être immédiatement virés, non pour des raisons partisanes, mais parce qu’ils semblent ne pas mesurer les conséquences institutionnelles, économiques et géopolitiques des signaux qu’ils contribuent à produire. Durant son intervention, le Président Félix-Antoine Tshisekedi a mis en avant les augmentations de salaires dans l’armée ainsi que dans la Fonction Publique, tandis que le Gouvernement continue régulièrement de brandir le contrôle relatif de l’inflation comme preuve de stabilité macroéconomique. Ces éléments ne sont pas insignifiants et traduisent une tentative réelle de préserver un minimum de stabilité sociale et budgétaire dans un environnement extrêmement difficile.

    Toutefois, les équilibres macroéconomiques ne prennent véritablement sens que lorsqu’ils se traduisent par une amélioration tangible des conditions de vie de la population. Une inflation relativement maîtrisée dans une économie où une grande partie des ménages demeure prisonnière de l’informalité, de la précarité alimentaire et du sous-emploi ne suffit pas à inverser une trajectoire de paupérisation structurelle. L’histoire retient rarement les conférences de presse, les slogans politiques ou les séquences médiatiques soigneusement orchestrées. Elle retient davantage les trajectoires sociales laissées derrière les dirigeants.

    Le véritable chiffre qui pourrait définir l’héritage du Président Tshisekedi ne se trouve probablement ni dans les statistiques de croissance mises en avant par le Gouvernement ni dans les annonces diplomatiques sur les investissements stratégiques. Il se trouve plutôt dans une réalité beaucoup plus brutale : depuis 2019, environ 18 millions de Congolais supplémentaires auraient glissé dans l’extrême pauvreté. Ce chiffre mérite d’être observé avec sérieux parce qu’il raconte davantage l’état réel du pays que n’importe quelle mise en scène politique. Aujourd’hui, la RDC est désormais désignée comme le pays concentrant le plus grand nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté au monde. Cette réalité sociale devrait probablement inquiéter davantage les cercles du pouvoir que les cycles médiatiques ou les batailles de communication politique, parce qu’elle constitue le véritable indicateur historique à travers lequel sera évaluée la trajectoire du pays sous l’ère Tshisekedi.

    Le tableau et le graphique suivants permettent justement de visualiser cette trajectoire sociale inquiétante depuis le début de son premier mandat. Réduire cette dynamique à la seule responsabilité personnelle de Tshisekedi serait intellectuellement simpliste. Le problème est profondément structurel et plonge ses racines dans plusieurs décennies de fragilité institutionnelle, de dépendance extractive et d’absence de transformation productive profonde. La RDC continue de connaître une croissance largement tirée par le secteur minier sans industrialisation capable d’absorber la pression démographique croissante.

    Les gains économiques demeurent faiblement redistribués, tandis que l’informalisation de l’économie continue de s’étendre à une grande partie de la population active. La guerre dans l’Est agit comme un accélérateur majeur de cette détérioration sociale sans en constituer l’unique cause. C’est précisément dans ce type de moment qu’un chef d’État est historiquement évalué. Un dirigeant n’est pas seulement jugé sur sa capacité à gérer les crises héritées du passé, mais aussi sur sa capacité à modifier les trajectoires structurelles qui enferment son pays dans la répétition de la pauvreté, de la dépendance et de l’instabilité.

    Le vrai chiffre de son héritage : 18 millions jusque-là

    Durant son intervention, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a mis en avant les augmentations de salaires dans l’armée ainsi que dans la Fonction Publique, tandis que le Gouvernement continue régulièrement de brandir le contrôle relatif de l’inflation comme preuve de stabilité macroéconomique. Ces éléments ne sont pas insignifiants et traduisent une tentative réelle de préserver un minimum de stabilité sociale et budgétaire dans un environnement extrêmement difficile. Toutefois, les équilibres macroéconomiques ne prennent véritablement sens que lorsqu’ils se traduisent par une amélioration tangible des conditions de vie de la population.

    Une inflation relativement maîtrisée dans une économie où une grande partie des ménages demeure prisonnière de l’informalité, de la précarité alimentaire et du sous-emploi ne suffit pas à inverser une trajectoire de paupérisation structurelle.

    La RDC continue de connaître une croissance largement tirée par le secteur minier sans industrialisation capable d’absorber la pression démographique croissante. Les gains économiques demeurent faiblement redistribués, pendant que l’informalisation de l’économie continue de s’étendre à une grande partie de la population active. L’histoire retient rarement les conférences de presse, les slogans politiques ou les séquences médiatiques soigneusement orchestrées. Elle retient davantage les trajectoires sociales laissées derrière les dirigeants. Le véritable chiffre qui pourrait définir l’héritage du président Tshisekedi ne se trouve probablement ni dans les statistiques de croissance mises en avant par le Gouvernement ni dans les annonces diplomatiques sur les investissements stratégiques.

    Il se trouve plutôt dans une réalité beaucoup plus brutale : depuis 2019, environ 18 millions de Congolais supplémentaires auraient glissé dans l’extrême pauvreté. Ce chiffre mérite d’être observé avec sérieux parce qu’il raconte davantage l’état réel du pays que n’importe quelle mise en scène politique. Aujourd’hui, la RDC est désormais désignée comme le pays concentrant le plus grand nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté au monde. Cette réalité sociale devrait probablement inquiéter davantage les cercles du pouvoir que les cycles médiatiques ou les batailles de communication politique, parce qu’elle constitue le véritable indicateur historique à travers lequel sera évaluée la trajectoire du pays sous l’ère Tshisekedi.

    Le tableau et le graphique suivants permettent justement de visualiser cette trajectoire sociale inquiétante depuis le début de son premier mandat. Le problème est profondément structurel et plonge ses racines dans plusieurs décennies de fragilité institutionnelle, de dépendance extractive et d’absence de transformation productive profonde. La guerre dans l’Est agit comme un des accélérateurs de cette détérioration sociale sans en constituer l’unique cause. C’est précisément dans ce type de moment qu’un chef d’État est historiquement évalué.

    Un dirigeant n’est pas seulement jugé sur sa capacité à gérer les crises héritées du passé, mais aussi sur sa capacité à modifier les trajectoires structurelles qui enferment son pays dans la répétition de la pauvreté, de la dépendance et de l’instabilité. Le Président Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas véritablement rompu avec cette trajectoire depuis son accession à la présidence. À plusieurs égards, son mandat semble même avoir accéléré certaines dynamiques déjà présentes dans l’économie politique congolaise, notamment l’approfondissement d’un capitalisme extraverti sans restructuration suffisante des capacités productives nationales ni redistribution significative des gains économiques. Plus préoccupant encore, le pouvoir semble souvent avoir bouché ses oreilles et fermé les yeux face aux voix proposant un ensemble différent de principes d’économie politique, de nouvelles règles institutionnelles et des initiatives capables de repenser plus profondément le modèle de développement congolais au-delà de la simple stabilité macroéconomique et de la rente extractive.

    Le moment « homme d’État »

    À ce stade de son parcours politique, le Président Félix-Antoine Tshisekedi approche probablement le moment le plus déterminant de sa présidence. Il doit désormais choisir entre demeurer essentiellement un chef de coalition politique occupé à préserver des équilibres de pouvoir immédiats, ou devenir véritablement un homme d’État capable de redéfinir une trajectoire historique pour la RDC. Les deux logiques ne sont pas identiques. La première fonctionne dans la gestion quotidienne des alliances, des rapports de force et des impératifs électoraux. La seconde exige une vision beaucoup plus profonde de la souveraineté économique, de la reconstruction institutionnelle et du futur social du pays.

    Un homme d’État pense en décennies, pas en cycles médiatiques. Il comprend que certaines décisions produisent des effets qui dépassent largement la durée d’un mandat ou les intérêts immédiats d’un camp politique. Le véritable héritage d’un président ne se mesure jamais uniquement au nombre de discours prononcés, aux sommets diplomatiques organisés ou aux alliances régionales conclues sous pression géopolitique. L’histoire juge plus sévèrement et plus profondément. Elle regarde la stabilité institutionnelle laissée derrière un dirigeant, la capacité de l’État à gagner en crédibilité, la réduction réelle de la pauvreté et surtout la possibilité donnée à la population de croire encore à un avenir collectif. Une nation peut survivre à des crises sécuritaires temporaires, mais elle s’effondre lentement lorsque sa population cesse de croire que le système politique peut améliorer son existence matérielle et protéger sa dignité sociale.

    Cela ne signifie pas qu’un président doive nécessairement rester au pouvoir au-delà de son mandat jusqu’à l’accomplissement complet de ses objectifs. Cela signifie plutôt qu’un homme d’État doit être pleinement conscient du verdict historique vers lequel la trajectoire de son mandat est en train de converger. Le Président Félix-Antoine Tshisekedi dispose encore d’un peu plus d’une année de capital politique réel pour corriger certaines trajectoires et réorienter une partie de son héritage historique. Mais l’histoire devient impitoyable lorsque les dirigeants confondent communication de crise et vision d’État.

    Les Nations ne jugent finalement pas leurs présidents sur leurs intentions, ni même sur leurs discours, mais sur les structures économiques, sociales et institutionnelles qu’ils laissent derrière eux. Attendons voir.

     

     

     

     

     

     

     

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