En ce 30 juin 2026, jour anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a publié une lettre ouverte d’une virulence rare adressée au Chef de l’Etat. Dressant un bilan apocalyptique de la gouvernance actuelle, le « réparateur de femmes » appelle à un sursaut patriotique pour éviter l’implosion du pays.
Alors que les célébrations officielles de la fête nationale se déroulent dans un climat de tension, la voix du Dr Denis Mukwege vient de briser le protocole. Dans un document de cinq pages, le célèbre gynécologue refuse de présenter ses vœux, estimant qu’il n’y a « rien à célébrer » face à une nation en « crise existentielle ».
Un constat d’échec sécuritaire et diplomatique
Le cœur de la critique de Mukwege porte sur l’incapacité du Gouvernement à protéger l’intégrité territoriale. Il fustige notamment l’échec cuisant de l’état de siège instauré en avril 2021 dans l’Est du pays, soulignant que cette mesure a paradoxalement conduit à une détérioration de la situation sécuritaire et à une augmentation des victimes civiles.
Le Prix Nobel dénonce une « diplomatie de pyromane-pompier ». Selon lui, les alliances régionales successives — qu’il s’agisse de l’entrée de l’armée ougandaise, burundaise ou de la force régionale de l’EAC — n’ont fait qu’accentuer la « sur-militarisation » de la région sans jamais neutraliser la menace. Il pointe particulièrement du doigt la résurgence du M23 et ce qu’il qualifie d’« agression et d’occupation de l’armée rwandaise » qui perdure en toute impunité.
« Pour qui travaillez-vous réellement ? »
Dans un passage particulièrement frontal, le Dr Mukwege interroge la loyauté du Président Tshisekedi. Il évoque des accords économiques opaques signés avec le Rwanda en juin 2021 pour l’exploitation de l’or, estimant qu’ils ont rendu caduque la lutte contre les « minerais de sang ».
Il critique également le récent rapprochement diplomatique avec Washington en avril 2025, qui aurait, selon lui, contraint la RDC à accepter des conditions imposées par Kigali, sacrifiant ainsi la souveraineté nationale sur l’autel d’un « narratif fictif ».
Justice transitionnelle : la grande oubliée
L’autre pilier de cette charge héroïque concerne l’impunité. Mukwege rappelle au Président ses promesses non tenues concernant la création d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC et la mise en œuvre des recommandations du Rapport Mapping de l’ONU.
« Vous aviez promis de ne pas faire de l’Union Sacrée une oasis de criminels. Le constat aujourd’hui est amer », écrit-il, dénonçant une justice aux abonnés absents pendant que les ressources du pays sont « pillées en toute impunité ».
Un avertissement contre toute révision constitutionnelle
À l’approche d’échéances politiques majeures, Denis Mukwege met en garde contre toute tentative de toucher à la Constitution ou d’initier un référendum dans un contexte où plus de 10 millions de citoyens sont déplacés ou privés de leurs droits. Il compare la présidence actuelle à un « bateau ivre » risquant de sombrer à tout moment.
L’appel de la dernière chance
En conclusion, le Dr Mukwege exhorte Félix Tshisekedi à un changement radical de cap. Ses priorités sont claires :
1. Restauration de la paix et de la souveraineté.
2. Protection des civils et amélioration des conditions de vie.
3. Lutte contre l’impunité et consolidation de l’État de droit.
« Votre survie politique ne peut prendre en otage plus de 100 millions de Congolais », assène-t-il, signant ses « salutations patriotiques » comme un ultime avertissement avant une possible implosion irréversible de la nation.
César Nkangulu
