(Par le Prof. Patience Kabamba)
Le MDW de cette semaine promeut notre conception d’une société humaine ayant transcendé le capitalisme. Le travail et la production viseront à satisfaire les besoins essentiels plutôt qu’à l’accumulation illimitée et privée de richesses. Cette société reposera sur une répartition équitable et égale des ressources naturelles ainsi que des richesses générées par le biais du processus de coopération, accompagnée de l’éradication de toute forme d’exploitation. Il paraît manifestement illusoire de concevoir un monde dépourvu de tout conflit. En revanche, il n’est pas dénué de sens de reconnaître que la majorité des inégalités que nous subissons résultent d’institutions injustes susceptibles d’être abolies. La lutte des sexes constitue l’une de ces inégalités qui compromettent l’existence des jeunes filles. Voici ce que m’a inspiré le titre du Mot du Weekend d’aujourd’hui :
Il y a une semaine, je déambulais dans l’un des couloirs menant à la salle de classe où j’étais censé dispenser un cours à l’Université Pédagogique Nationale de Kinshasa. Deux jeunes filles, se dirigeant également vers les auditoires pour assister à leurs cours, marchaient devant moi.
Elles discutaient d’un syllabus qu’elles devaient acquérir afin de réussir dans l’un des cours. Juste au moment où je les dépassai, j’entendis l’une des filles prononcer en lingala : « je dois acheter ce syllabus. » À défaut de disposer de fonds, je m’engagerai dans la prostitution afin d’acquérir ce syllabus, selon l’expression « na kosala kindumba po na somba yango ».
Je me suis dit que cette situation ne relevait pas de la normalité. Il convient de concevoir un univers où l’amour est recréé et même réinventé. La condition préalable à la progression vers un monde où l’amour s’exprimera sans honte ni crainte consiste à garantir que les femmes ne demeurent plus économiquement dépendantes des hommes, afin qu’elles ne soient plus contraintes d’utiliser l’amour et la sexualité comme moyens d’assurer leur sécurité financière. L’amour ne sera donc plus lié à la domination masculine ni à la subordination féminine.
Il est envisageable de bâtir un monde dans lequel l’amour demeurera indissociable de l’amitié entre l’homme et la femme. La condition sine qua non pour que l’acte amoureux s’accomplisse sans crainte ni domination masculine consiste à l’affranchir de la possessivité et de la violence qui caractérisent actuellement les relations entre hommes et femmes.
Le désir sexuel s’est complexifié en raison notamment des inégalités et de l’insécurité financière auxquelles sont confrontées les femmes, les conduisant à envisager le recours au sexe comme une solution provisoire.
La problématique soulevée par ce MDW dépasse la simple interrogation relative à l’amour qui a servi d’introduction. Elle est universelle. Nous aspirons à un système social dans lequel les revenus issus des minerais seraient répartis de manière équitable et où la production résulterait de la coopération entre les individus.
En résumé, il est envisageable, et c’est le futur que nous visons, de construire un tissu social productif apte à soutenir nos existences, afin de recréer une cohésion entre la production, la consommation et la distribution, de manière à répondre aux besoins humains authentiques, en s’appuyant sur la récupération et l’utilisation des ressources disponibles à l’échelle nationale et locale. Voici clairement formulée notre intention. Il ne s’agit pas d’une utopie.
Entre le futur souhaité et le présent, se dressent des obstacles tels que l’institution gouvernementale qui s’approprie les biens nationaux en procédant à leur privatisation. Des logements privés sont acquis au moyen de fonds publics.
Les dirigeants consacrent d’importantes ressources financières à des soins médicaux à l’étranger, tandis que la population doit se contenter de prestations approximatives dans des établissements hospitaliers insuffisamment équipés et dotés de praticiens sous-rémunérés ; les fonds publics sont investis hors du territoire national pour l’éducation de leurs enfants, alors que les écoles et universités locales sont négligées.
Les grossesses ne résultent plus d’un choix volontaire, car les femmes et même les jeunes filles deviennent enceintes en raison de pressions économiques.
L’avenir réside dans la genèse d’une existence entièrement renouvelée. Un avenir dans lequel la grossesse sera délibérée, déterminée en fonction des besoins et des capacités de la communauté.
Entre le présent et ce futur se déploie un processus révolutionnaire susceptible de nous transformer, d’élargir notre conscience et d’ouvrir de nouvelles perspectives où l’amour sera indissociable de l’amitié, incarnant la célébration d’une humanité réconciliée, dépourvue de honte, de peur, de possessivité et de violence, à travers des orgasmes intenses et une volupté transformatrice du monde.
Concevoir un avenir implique d’élaborer un plan d’action destiné à combattre le tribalisme marchand ainsi que ses défenseurs au sein du pouvoir.
Les relations sexuelles s’établiront sans crainte ni honte lorsque les femmes ne dépendront plus économiquement des hommes et ne seront plus contraintes d’utiliser la sexualité comme moyen de garantir leur sécurité financière.
Cela ne peut se réaliser que dans un futur que nous édifierons collectivement dans la lutte contre la classe prédatrice qui s’interpose entre nous et l’avenir auquel nous aspirons.
