Du haut de la tribune de la 153e Assemblée de l’Union interparlementaire à Arusha, la voix de la République démocratique du Congo a résonné avec une ambition claire : remettre le citoyen au cœur de l’action publique. En exposant les réformes phares de son pays, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, n’a pas seulement dressé un bilan ; il a tracé la feuille de route d’une nation qui cherche à conjurer ses vieux démons de l’exclusion et des disparités territoriales. Le thème de cette grand-messe parlementaire mondiale axé sur la bonne gouvernance, la confiance et l’égalité des chances qu’offrait un écho tout particulier aux défis congolais. Dans un pays aux dimensions continentales, où les contrastes entre la capitale et l’arrière-pays nourrissent trop souvent le sentiment d’abandon, le plaidoyer pour une gouvernance de proximité relève de l’impératif existentiel. C’est ici que le Parlement doit pleinement assumer son rôle : non plus comme une simple chambre d’enregistrement, mais comme le garant de la redevabilité et le pivot de la répartition équitable des richesses. L’édifice d’une société juste repose sur deux piliers que Kinshasa tente désormais de consolider : l’inclusion sociale et l’accès universel aux services de base. La mise en lumière de la loi de 2022 sur la protection des personnes vivant avec handicap témoigne d’une volonté politique de réparer le pacte républicain. Mais la justice sociale reste un vœu pieux sans leviers concrets. À cet égard, la gratuité de l’enseignement primaire – véritable bouclier contre l’analphabétisme, notamment pour la jeune fille – et l’extension de la couverture santé universelle constituent des avancées fondamentales. Elles transforment des concepts abstraits en réalités palpables pour les ménages les plus vulnérables. Cependant, le véritable test de cette refondation sociale se joue dans la gouvernance territoriale. Le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), vigoureusement défendu à Arusha, incarne cette promesse de rupture. En ciblant directement les infrastructures rurales et les services sociaux de base, ce programme ambitionne de réduire la fracture géographique. C’est une vision de solidarité nationale qui refuse de sacrifier l’intérieur du pays sur l’autel de la centralisation. L’exercice d’Arusha était certes diplomatique, mais sa portée est éminemment domestique. Les réformes évoquées par le président de la Chambre haute ne doivent pas seulement briller dans les salons internationaux ; elles doivent transformer le quotidien. Le défi de la RDC n’est plus d’adopter des lois ou de concevoir des programmes ambitieux, mais d’en garantir l’exécution rigoureuse, loin de la corruption et de l’inefficacité. En plaçant l’inclusion au centre de son discours, la RDC s’est engagée devant le monde. Il lui appartient désormais de transformer ce plaidoyer en un succès démocratique et social irréversible.
La Pros.