Pour la République Démocratique du Congo, cette exigence a un sens concret, presque charnel : celui de la défense de notre peuple, de notre intégrité territoriale et du droit de vivre en paix. C’est pourquoi, mon pays demeure profondément attaché à une Francophonie qui ne se contente pas de célébrer la langue, mais qui assume une responsabilité politique. Une Francophonie qui défend la paix et la souveraineté des États. Une Francophonie qui protège les populations confrontées aux crises. Une Francophonie qui investit dans la jeunesse, l’éducation, l’innovation, l’économie et la culture. Une Francophonie qui entend peser davantage dans la gouvernance mondiale », a insisté, tout récemment, Félix Tshisekedi, Président de la République, lors d’un échange avec les Diplomates francophones accrédités à Kinshasa, autour de la candidature de Juliana Lumumba au poste de Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie.
MOT DE SON EXCELLENCE MONSIEUR FELIX-ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, A L’OCCASION DE LA RECEPTION OFFERTE AU GROUPE DES AMBASSADEURS FRANCOPHONES (GAF), EN MARGE DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE
Kinshasa, le 19 Mars 2026
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers représentants des États et Gouvernements membres de l’Organisation internationale de la Francophonie ;
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs,
C’est avec un réel plaisir et un profond sentiment d’amitié que je vous accueille ce soir à la Cité de l’Union africaine, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Je voudrais vous dire combien la présence du Groupe des Ambassadeurs Francophones à Kinshasa honore la République Démocratique du Congo et témoigne de la vitalité de notre communauté de langue, de culture et de valeurs.
Le 20 mars n’est pas seulement la célébration d’une langue partagée. C’est le rappel d’une ambition politique et humaine née à Niamey, le 20 mars 1970 : faire de la langue française un instrument de coopération, de dialogue, de solidarité et d’influence au service des peuples.
Plus d’un demi-siècle après, cette ambition conserve toute sa pertinence. Elle trouve, en 2026, une résonance particulière à travers le thème retenu par l’Organisation internationale de la Francophonie : « Génération paix ? La contribution de la jeunesse à un monde plus apaisé ». Ce thème invite notre espace commun à regarder l’avenir avec lucidité et responsabilité.
Aujourd’hui, avec plus de 320 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents, la Francophonie constitue un espace vivant, divers, influent, dont l’une des principales forces réside dans sa jeunesse.
Pour la République Démocratique du Congo, cette orientation revêt une signification toute particulière. Notre pays est l’une des grandes nations francophones du monde. Le français y est la langue officielle, et notre pays compte près de 48,9 millions de francophones, ce qui en fait l’un des pôles majeurs de l’espace francophone. Cette réalité est portée par une jeunesse nombreuse, talentueuse, exigeante, profondément attachée à la paix, à la dignité, au savoir et à une participation pleine et entière à la vie de la cité.
Cette jeunesse n’est pas seulement une promesse démographique ; elle est déjà une force de transformation. Nous la voyons dans les salles de classe, dans les universités, dans les laboratoires d’idées, dans les espaces d’innovation, mais aussi dans les arts, dans le sport et dans l’entrepreneuriat.
Elle s’est révélée au monde avec éclat lorsque Kinshasa a accueilli les IXᵉ Jeux de la Francophonie, offrant l’image d’une jeunesse créative, engagée et portée par le sens de l’hospitalité qui caractérise le peuple congolais. Elle s’est également affirmée à Francotech, où de jeunes innovateurs congolais ont montré avec brio que la Francophonie peut être aussi une langue de création, de technologie et d’avenir.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
La Francophonie est une communauté de valeurs, mais elle n’a de sens que si elle sait traduire ces valeurs en gestes concrets. À cet égard, je voudrais redire, avec une sincère gratitude, combien le peuple congolais a été sensible à l’élan de solidarité manifesté par le Groupe des Ambassadeurs Francophones accrédités à Kinshasa.
Le 20 mars 2025, alors que la République Démocratique du Congo traversait l’une des périodes les plus douloureuses de son histoire récente, marquée par les atrocités commises dans l’Est du pays et l’occupation de Goma et de Bukavu, votre déclaration commune et votre mobilisation en faveur des enfants devenus orphelins ont constitué un acte de fraternité d’une haute portée morale.
Ce geste ne fut pas un simple symbole. Il a rappelé que la Francophonie ne doit jamais être un espace d’indifférence. Elle doit être une communauté capable de compassion, de vérité et de solidarité active face aux drames qui frappent l’un de ses membres.
Car nous vivons un temps où la paix est mise à l’épreuve sur plusieurs théâtres du monde. Du Moyen-Orient à certaines régions d’Afrique, les crises humanitaires, les conflits armés et les fractures géopolitiques rappellent avec force que le dialogue, la médiation et le respect de la souveraineté des États demeurent des impératifs. Pour la République Démocratique du Congo, cette exigence a un sens concret, presque charnel : celui de la défense de notre peuple, de notre intégrité territoriale et du droit de vivre en paix.
C’est pourquoi mon pays demeure profondément attaché à une Francophonie qui ne se contente pas de célébrer la langue, mais qui assume une responsabilité politique. Une Francophonie qui défend la paix et la souveraineté des États. Une Francophonie qui protège les populations confrontées aux crises. Une Francophonie qui investit dans la jeunesse, l’éducation, l’innovation, l’économie et la culture. Une Francophonie qui entend peser davantage dans la gouvernance mondiale.
Dans cet esprit, la République Démocratique du Congo entend continuer à prendre toute sa part dans la vie, le rayonnement et l’avenir de l’espace francophone. Nous l’avons démontré en accueillant, à Kinshasa, le Sommet de la Francophonie de 2012, qui avait réuni plus de 70 Chefs d’État et de gouvernement. Nous l’avons fait en organisant, en 2023, les Jeux de la Francophonie, grand rendez-vous de la jeunesse, de la création et du dépassement de soi, ayant rassemblé près de 3 000 jeunes athlètes et artistes venus de plus de 40 pays francophones. Nous le faisons aujourd’hui encore en soutenant une Francophonie tournée vers la science, l’université et le numérique, notamment à travers la participation de nos établissements au réseau de l’Agence universitaire de la Francophonie, ainsi que par notre engagement dans les réflexions sur les transformations numériques et l’intelligence artificielle.
L’avenir de la Francophonie repose aussi sur l’éducation. C’est le sens de la réforme de la gratuité de l’enseignement de base que nous avons engagée, afin d’ouvrir les portes de l’école à des millions d’enfants supplémentaires. Au-delà de son impact social, cette politique participe d’un choix de civilisation : faire de la langue française, en dialogue fécond avec nos langues nationales, un vecteur d’accès au savoir, à l’ouverture au monde et à la construction d’une paix durable.
La Francophonie, enfin, n’est forte que lorsqu’elle assume la diversité comme une richesse. En République Démocratique du Congo, cette diversité n’est ni théorique ni déclarative : elle se vit, chaque jour, dans la coexistence de centaines de communautés, de traditions, de sensibilités et de langues différentes.
Notre pays, fort de plus de 250 dialectes et de près de 454 communautés ethniques et tribus, offre depuis des siècles l’exemple d’une pluralité vécue dans un esprit de coexistence, de solidarité et de destin partagé. Loin d’être une fragilité, cette diversité constitue l’un des socles de notre unité nationale. Elle nous rappelle une vérité essentielle : il ne peut y avoir de paix durable sans respect mutuel, ni d’avenir commun sans reconnaissance pleine et entière de la dignité de chacun.
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
En ce jour symbolique, je souhaite rappeler que la République Démocratique du Congo a officiellement présenté la candidature de Madame Julianna Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, annonce rendue publique le 27 février 2026. Cette démarche procède d’une vision claire : contribuer au renouveau et au rayonnement d’une Francophonie plus forte, plus cohérente, plus influente et plus proche des peuples.
Le choix porté par la République Démocratique du Congo repose sur un parcours d’expérience et d’engagement. Madame Julianna Amato Lumumba a servi l’État en qualité de Vice-Ministre de la Culture et de l’Information, puis de Ministre de la Culture, où elle s’est distinguée par son attachement à la diversité culturelle et à la souveraineté narrative.
Elle a également mené une carrière d’entrepreneure accomplie, fondant et dirigeant plusieurs entreprises dans les domaines du conseil, de la communication et du commerce international, ce qui lui a permis d’acquérir une compréhension fine des dynamiques économiques africaines. À cela s’ajoute son expérience continentale en tant que Secrétaire générale de l’Union des Chambres Africaines de Commerce et d’Industrie au Caire, où elle a coordonné un vaste réseau d’acteurs économiques à l’échelle du continent.
Par son parcours, sa connaissance de l’État, sa sensibilité culturelle, son expérience entrepreneuriale et sa compréhension des enjeux panafricains, Madame Julianna Amato Lumumba incarne une personnalité à même de porter une ambition renouvelée pour notre espace francophone.
Soutenir cette candidature, ce n’est pas seulement accompagner une femme d’expérience. C’est surtout faire le choix d’une Francophonie qui assume pleinement sa vocation politique et humaine :
• une Francophonie qui défend la paix et la souveraineté des États ;
• une Francophonie qui protège les populations confrontées aux crises ;
• une Francophonie qui investit dans la jeunesse, l’éducation et l’innovation ;
• une Francophonie qui renforce la coopération économique et l’intégration régionale ;
• une Francophonie qui entend peser davantage dans la gouvernance mondiale ; et
• une Francophonie qui fait du français une langue d’avenir, d’influence et de progrès.
C’est pourquoi, en cette occasion solennelle, je sollicite officiellement le soutien de vos États et gouvernements à la candidature de la République Démocratique du Congo.
Je forme donc le vœu que notre communauté francophone continue de grandir non seulement en nombre, mais en cohérence ; non seulement en influence, mais en utilité ; non seulement en mémoire, mais en projection.
Que la Francophonie demeure un espace où la langue française sert la paix, où la culture rapproche, où l’éducation élève, où la solidarité protège, et où la jeunesse trouve des raisons d’espérer.
Vive la Francophonie.
Vive la solidarité francophone.
Vive la République Démocratique du Congo.
Je vous remercie.
