La soirée du jeudi 20 août a été marquée par plusieurs incidents dans différents quartiers de la commune de Mont-Ngafula, à Kinshasa. À Masanga-Mbila, un jeune étudiant de l’Université de Kinshasa, identifié comme Isaac, a trouvé la mort après avoir été atteint par balle lors d’une intervention policière, selon des témoignages recueillis auprès de personnes proches de la famille.
Étudiant en Master 1 à l’Université de Kinshasa, Isaac se trouvait à table, selon un notable présenté comme proche de la famille, lorsqu’il aurait entendu une agitation à l’extérieur de la maison.
Un employé de la famille, engagé par ses parents, venait alors d’être interpellé par des éléments de la Police nationale congolaise dans le cadre d’une opération de contrôle menée dans le secteur.
Alerté par la situation, le jeune étudiant serait sorti pour tenter d’intervenir en faveur de l’employé. Après un échange tendu, celui-ci aurait finalement été relâché.
Selon le même témoignage, l’employé aurait toutefois continué à proférer des insultes à l’endroit des policiers. Isaac, qui aurait alors tenté de le calmer et de mettre fin à la confrontation, aurait été atteint par un coup de feu au niveau de la tête, entre la nuque et l’oreille gauche. Il se serait immédiatement effondré sur le sol.
Le même témoin affirme que les policiers auraient ensuite quitté les lieux en tirant deux coups de feu en l’air afin de disperser les personnes présentes.
Grièvement blessé, Isaac aurait été transporté par son frère en direction des Cliniques universitaires de Kinshasa. Selon ce témoignage, il serait toutefois décédé avant son admission aux urgences.
Les circonstances exactes de ce décès, notamment l’identité de l’auteur du tir, les conditions dans lesquelles l’arme a été utilisée et la légalité de l’intervention policière, restent à établir par une enquête indépendante et contradictoire.
Des interpellations qui interrogent
Le drame de Masanga-Mbila intervient alors que plusieurs témoignages font état d’autres interpellations effectuées dans différents secteurs de Mont-Ngafula au cours de la même soirée.
À Masanga-Mbila, plusieurs personnes auraient notamment été arrêtées pour « vagabondage », selon des témoins.
Ces faits soulèvent des interrogations sur les conditions dans lesquelles certaines opérations de contrôle sont conduites et sur le respect des garanties légales accordées aux personnes interpellées.
L’article 67 du Code pénal congolais prévoit des sanctions à l’encontre de toute personne qui, par violences, ruses ou menaces, enlève, arrête ou fait arrêter arbitrairement une personne, ou la détient ou la fait détenir.
Le Code pénal prévoit également, à son article 180, des sanctions contre les actes arbitraires et attentatoires aux libertés et aux droits garantis aux particuliers lorsqu’ils sont commis par un fonctionnaire, un officier public ou un agent de l’autorité ou de la force publique.
Ces dispositions posent une question fondamentale sur les limites de l’action policière dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre.
La mission de la Police nationale congolaise consiste notamment à protéger les personnes et leurs biens, à maintenir l’ordre public et à faire respecter la loi. L’exercice de l’autorité publique doit donc s’inscrire dans le strict respect des règles légales et des droits fondamentaux.
D’autres incidents signalés
Toujours à Mont-Ngafula, dans le quartier Kindele, précisément à l’arrêt Mabanga, un incendie s’est déclaré dans une cabine électrique au cours de la même soirée.
Des images transmises à la rédaction montrent d’importantes flammes autour de l’installation électrique. L’origine du sinistre ainsi que l’étendue exacte des dégâts n’ont pas encore été établies.
Sur l’avenue Prince Kasa-Vubu, plusieurs motocyclistes auraient également été interpellés lors d’une opération de contrôle.
Un motocycliste ayant requis l’anonymat affirme avoir été interpellé avec plusieurs de ses collègues. Il dit avoir subi des violences et affirme que les policiers auraient exigé la somme de 200.000 francs congolais par moto avant leur remise en liberté.
Ces accusations n’ont pas encore été confirmées par une source policière indépendante.
Une alerte aux autorités
La mort d’Isaac, jeune étudiant en Master 1 à l’Université de Kinshasa, dépasse ainsi le cadre d’un simple fait divers. Elle soulève des interrogations sur la sécurité des citoyens dans certains quartiers de la capitale, mais aussi sur les méthodes employées lors de certaines opérations de contrôle.
Une opération destinée à maintenir l’ordre ne devrait pas devenir, elle-même, une source d’insécurité pour les citoyens.
Face à ces différents témoignages, les autorités compétentes sont appelées à faire toute la lumière sur les incidents rapportés à Mont-Ngafula, particulièrement sur les circonstances ayant conduit à la mort d’Isaac.
Une enquête rigoureuse permettrait d’établir les faits, de déterminer les responsabilités éventuelles et, le cas échéant, de traduire les personnes mises en cause devant les instances judiciaires compétentes.
La sécurité publique ne peut être durable que lorsqu’elle s’exerce dans le respect de la loi, de la dignité humaine et des droits fondamentaux des citoyens.
Zabulon Boji/CP
