(Par le Professeur Patience Kabamba)
Le Docteur Alphonse demeure toujours en vie en raison de sa nature d’homme éternel. Qu’est-ce qu’est l’éternité pour un Grec ? Les individus redoutent la mort parce qu’ils se trouvent déjà dans un état de décès. La véritable éternité grecque correspond à l’éternité du Christ. Il s’agit de l’éternité inhérente à la qualité et à la substance. Pour accéder à l’éternité, il est nécessaire de posséder une capacité substantielle. Et Alphonse possédait une réelle consistance. Le néant représente une éternité dépourvue de toute substance. Le néant ne possède d’autre contenu que celui d’être une absence.
Alphonse constituait une présence marquante au sein de son entourage. Le problème de l’éternité correspond ainsi à la problématique de la substance. Dans la perspective du logos grec, l’éternité se conçoit comme la vie vivante de ce que l’on a été lorsque l’on a vécu, poursuivant sa substantiation au sein de l’histoire d’un devenir sans fin et infini.
Alphonse est toujours vivant !
Il n’a jamais renoncé à la dignité humaine ni au respect envers autrui, y compris envers les individus qu’il n’a jamais rencontrés. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais nos échanges étaient empreints d’une vérité et d’une simplicité dont lui seul détenait le secret. Il se trouve dans l’éternité en raison du fait qu’il a engendré un élément mémorable dans l’histoire.
Le Christ possède une nature éternelle du fait de sa présence au sein du cœur de chaque individu. Il constitue le noyau animé de l’éternité vivante.
L’éternité vivante se définit par le combat, le polemos.
Le Christ est éternel en ce qu’il a rendu possible le conflit le plus monumental de l’histoire en abolissant la loi de Moïse et en proclamant : « Moi, ce n’est pas la loi de Moïse, moi, c’est la vérité. » La loi de Moïse, ainsi que la loi de la valeur d’échange, constitue une imposture. Je transmets la vérité en ce sens que je n’apporte pas la loi, mais l’amour de l’être dans son combat éternel. Il s’agit de la célèbre épée de la division. L’épée de la division qui distingue le néant de la substance, le beau du laid, le vrai du faux, ainsi que le juste de l’injuste.
Alphonse demeure en vie car il a rejeté le mensonge afin de faire éclore la vérité tout au long de son existence.
Alphonse demeure un individu humble qui, en dépit de ses multiples compétences — musicien, chirurgien, écrivain et spécialiste littéraire —, n’a jamais adopté une attitude prétentieuse. Il a été un éminent professeur de cardiologie, mais n’a jamais tenté de faire carrière, contrairement à ce que j’ai observé dans le milieu universitaire américain où le consumérisme s’est installé et où il est devenu impossible d’aborder la question de la lutte des classes.
La majorité considérable des professeurs américains poursuivent une carrière. Faire carrière consiste à s’inscrire dans un système d’organisation où aucune innovation radicale ne sera envisagée. La carrière est orientée vers la promotion de la contre-révolution, selon l’expérience acquise dans l’enseignement supérieur aux États-Unis d’Amérique. Faire carrière consiste à s’organiser en tant que sujet substantiel contre-révolutionnaire.
Alphonse demeure immortel en raison de sa participation constante à cette lutte pour une humanité affranchie de toute aliénation religieuse, culturelle, économique et politique. C’est ce que les Allemands désignent par le terme « Gemeinwesen ».
Alphonse, tu restes à jamais gravé dans nos mémoires. Tu demeures dans l’éternité du Christ !
