La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) vient de tracer une ligne rouge infranchissable. Face aux velléités de révision constitutionnelle portées par le camp présidentiel, la voix des prélats a résonné avec une clarté limpide, dénuée de toute ambiguïté. En affirmant ne voir « ni la nécessité ni l’urgence ni l’opportunité » d’un tel bouleversement, l’Église catholique se pose une nouvelle fois en gardienne intransigeante des acquis démocratiques de la République démocratique du Congo.
Ce positionnement n’est pas le fruit d’une opposition politique partisane, mais l’aboutissement d’une démarche rigoureuse. Les évêques ont écouté : la majorité, l’opposition, les experts et les constitutionnalistes. Le constat est sans appel. Derrière les arguments techniques du pouvoir se cache, pour l’opposition, le spectre d’un maintien artificiel du président Félix Tshisekedi au-delà de son second mandat légal. En rappelant le chef de l’État à son serment constitutionnel, les religieux ne font que défendre la sacralité de la parole donnée et l’esprit de l’accord de Sun City, fondateur de la stabilité relative du pays.
L’avertissement de la Cenco dépasse le simple cadre juridique ; il est d’une gravité existentielle. Évoquer les risques de « balkanisation » et de « guerre civile » dans un contexte de tensions ethniques exacerbées n’est pas une figure de style. C’est une lecture lucide de l’histoire immédiate d’une nation fragile, meurtrie par les conflits. Un passage en force sur la loi fondamentale ouvrirait la boîte de Pandore, transformant les rivalités politiques en conflagrations identitaires. L’Église dénonce également le climat de terreur qui étouffe les voix discordantes, y compris au sein de la majorité, prouvant que le débat actuel manque de la sérénité requise pour toucher au pacte républicain.
« Le pays va mal, mettons-nous debout. » Cet appel direct au peuple congolais sonne comme un tocsin. L’épiscopat ne se contente pas de commenter l’actualité ; il mobilise. En invitant les citoyens à prendre leur destin en main, les évêques rappellent que la Constitution appartient au peuple et non aux dirigeants de passage. Ce message, que les ecclésiastiques sont appelés à relayer sur tout le territoire, annonce des actions citoyennes d’envergure si le pouvoir persiste dans sa trajectoire.
En restant fidèle au principe du respect de l’ordre constitutionnel, la Cenco rappelle une vérité essentielle : les règles du jeu ne se modifient pas en plein match pour servir des intérêts individuels. La Constitution prévoit elle-même ses mécanismes de révision et verrouille ses articles intangibles. Y toucher dans le climat actuel équivaudrait à hypothéquer l’avenir de la nation. Face au projet de la majorité, l’Église oppose un non catégorique, assumant pleinement son rôle de boussole morale et de rempart démocratique pour la sécurité et la paix durable en RDC.
La Pros.