(Par Adolphe Muanda Bukaka, Cadre de l’«Ensemble Pour La République»)
Un sit-in pacifique pour défendre la Constitution
Le 12 juin 2026, la Coalition Article 64 a appelé à un sit-in pacifique devant le Palais du Peuple à Kinshasa. L’objectif Clair, légitime, constitutionnel : défendre la loi fondamentale, et en particulier son article 220, qui verrouille le nombre de mandats présidentiels et oppose un rempart infranchissable à toute dérive vers un troisième mandat. Dans une démocratie apaisée, une telle expression citoyenne devrait aller de soi. Elle s’est pourtant muée en drame. Ce qui devait être un moment de débat et de vigilance républicaine s’est achevé dans la fumée des gaz lacrymogènes, sous les matraques et au son des balles réelles. La parole pacifique a rencontré la violence d’État.
Une répression violente et organisée
Car la répression ne fut ni spontanée ni accidentelle. Des éléments de la Force du Progrès, cette milice ouvertement inféodée à l’UDPS a pris d’assaut les manifestants, saccageant au passage les sièges de l’opposition, notamment ceux de l’ECIDÉ, d’Ensemble pour la République et de l’Alliance pour le Changement. Mais le scandale est plus profond encore : la Police nationale congolaise, déployée en nombre pour assurer la sécurité, n’a pas protégé les citoyens. Elle a regardé faire, encadré la violence, et parfois même participé à la dispersion. Gaz, matraques, balles réelles : tout l’arsenal de la répression a été déchaîné contre des manifestants désarmés. Les leaders de l’opposition – Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et d’autres – ont été blessés. Les vidéos insoutenables qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias indépendants parlent d’elles-mêmes. Elles sont la preuve brute, indéniable, de la brutalité des faits. Nul ne peut nier, nul ne pourra effacer ces images.
La Force du Progrès : une milice privée au service du pouvoir
Ne nous y trompons pas : ce n’est pas un « incident regrettable ». C’est la révélation crue d’un pouvoir qui instrumentalise les forces de l’ordre – financées par le contribuable – pour protéger et accompagner une milice privée dans la répression de citoyens pacifiques. L’article 190 de la Constitution est pourtant d’une clarté absolue : « Nul ne peut organiser ou entretenir des milices privées ou des formations paramilitaires, sous peine de haute trahison. » La Force du Progrès n’est pas une simple « structure de jeunes ». Elle agit en bras armé informel, en violation totale de la loi fondamentale. Elle frappe, blesse, tue, saccage – et le pouvoir observe, ou pire, encourage. Cette milice est l’ombre armée d’un régime qui a choisi l’intimidation plutôt que le débat, la terreur plutôt que la transparence.
Ce que les autorités doivent faire immédiatement
Face à ce déchaînement, l’interpellation des autorités est sans appel : il ne s’agit plus de condamner des débordements, mais de démanteler un système. La tolérance, ou pire, l’encouragement dont bénéficient ces groupes illégaux qui gangrènent la vie politique nationale ne saurait perdurer sans que l’État ne se délégitime lui-même. La dissolution immédiate de la Force du Progrès s’impose comme une évidence juridique, tout comme la poursuite de ses responsables devant les cours et tribunaux. Parallèlement, le rétablissement de la neutralité des forces de sécurité apparaît comme une condition minimale de survie démocratique : une police républicaine ne choisit pas son camp, elle protège tous les citoyens, sans distinction politique. En l’état, les événements du 12 juin ne relèvent pas d’excès marginaux ; ils dessinent les contours d’une politique du pouvoir dont la brutalité s’expose au grand jour. Cesser de feindre l’indignation pour passer à l’action : tel est le seul chemin qui reste à une autorité qui prétend encore incarner l’ordre légal.
Mais cette responsabilité ne saurait s’arrêter aux seules autorités exécutives. Il revient désormais à la justice congolaise d’enquêter et de poursuivre, sans faille, les auteurs de ces violences comme leurs commanditaires. Les images, les témoignages, les blessés sont là, autant de preuves que nul ne peut honnêtement contourner. L’exigence est triple : ouvrir une enquête indépendante, impartiale et transparente sur les faits du 12 juin ; identifier et sanctionner les responsabilités hiérarchiques au sein de la police ; traduire en justice les membres de la Force du Progrès. Au-delà des cas individuels, c’est la crédibilité des institutions qui est en jeu. L’impunité, en se prolongeant, attise la colère et nourrit l’instabilité. Rompre ce cercle vicieux avant qu’il n’absorbe ce qu’il reste de l’État de droit n’est pas une option : c’est une obligation. Car le silence de la justice, en pareille matière, équivaut à un consentement que les victimes et leurs familles ne sont pas prêtes à accorder.
L’article 64 : un devoir citoyen face à la dérive autoritaire
La RDC ne survivra pas à un nouveau glissement constitutionnel imposé par la force. L’article 64 de notre Constitution n’est pas un slogan : il rappelle que tout Congolais a le devoir sacré de faire échec à toute tentative de violation de l’ordre constitutionnel. C’est une obligation civique, juridique et morale. Les Congolais méritent mieux que la violence, les milices et la confiscation du pouvoir. Le temps est venu d’une démocratie réelle, où la parole du peuple prime sur les ambitions personnelles. Face à la dérive autoritaire, le devoir de résistance s’impose. Ce n’est pas un appel à la rébellion, c’est un rappel au droit : la Constitution n’est pas un chiffon de papier, elle est le socle de notre vie commune. La défendre, c’est défendre la République elle-même.
Le sang du 12 juin appelle vérité et justice
Le sang versé le 12 juin 2026 ne doit pas être versé en vain. Il appelle la vérité sur ce qui s’est réellement passé. Il appelle la justice pour les victimes et leurs familles. Il appelle la fin de l’impunité pour les milices et leurs commanditaires. Le peuple congolais observe, et il n’oublie pas. L’histoire jugera – et elle jugera sévèrement ceux qui, au lieu de servir la nation, ont choisi de la bâillonner par la force. Mais l’histoire ne se contente pas de juger : elle nous appelle à agir. Ensemble, défendons la Constitution. Ensemble, refusons la tyrannie. Ensemble, exigeons la liberté – non comme une faveur, mais comme un droit imprescriptible. Le 12 juin restera une date sombre, mais il peut aussi devenir le sursaut qui ramène la lumière. À nous d’écrire la suite.
