L’annonce a résonné depuis Libreville comme un énième refrain dans l’histoire politique de la République démocratique du Congo. Dimanche 16 août, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a promis une prochaine adresse à la Nation pour fixer les contours d’un nouveau dialogue national inclusif. L’intention affichée est noble : cimenter une cohésion nationale indispensable pour extirper le pays des griffes de la division et stimuler son développement. Toutefois, dans un paysage politique congolais saturé de grand-messes sans lendemain, cette initiative suscite autant d’espoirs légitimes que de profonds scepticismes.
Diriger la RDC dans la division est une impasse ; le chef de l’État a raison de le souligner. Alors que l’Est du pays subit une crise sécuritaire chronique et asphyxiante, l’unité sacrée ne devrait plus être une option, mais un impératif de survie. Pourtant, la sémantique présidentielle se heurte immédiatement au mur du passif historique. Les Congolais ont encore en mémoire les forums successifs qui, sous couvert d’inclusivité, se sont souvent mués en foires de partage du pouvoir ou en stratégies de glissement institutionnel.
C’est précisément sur ce terrain des suspicions que Félix Tshisekedi est attendu au tournant. En affirmant avec force que ce dialogue « ne ressemblera en rien » aux précédents, le président s’impose une obligation de rupture radicale. Pour convaincre, sa future adresse devra impérativement rompre avec les déclarations d’intention vagues. Le peuple congolais n’attend pas une énième grand-messe politicienne, mais un cap clair. Quels en seront les objectifs réels ? S’agit-il d’une révision constitutionnelle déguisée ou d’un véritable sursaut patriotique face à l’agression extérieure ?
Pour que ce dialogue soit réellement salvateur, il doit éviter le piège de la cooptation et s’ouvrir aux forces vives de la nation : opposants farouches, société civile et leaders d’opinion. La cohésion ne se décrète pas au sommet de l’État ; elle se construit par un diagnostic lucide et sans complaisance des fractures qui minent le pays. Si Félix Tshisekedi réussit à transcender les clivages partisans sans brader la souveraineté nationale, ce dialogue pourrait être le catalyseur de la renaissance congolaise. Dans le cas contraire, ce ne sera qu’un rendez-vous manqué de plus, au détriment d’un peuple qui n’a que trop souffert des ambitions de sa classe politique. Le président joue gros, et le temps presse.
La Pros.