(Vue des enfants au cours d’un spectacle au Centre culturel ‘‘Les Mwuindeurs’’ à Ndjili )
Il existait dans ce pays des salles de théâtre et de cinéma construites et léguées par les missionnaires catholiques et protestants, qui servaient des carrefours d’échanges et de partage entre les élites.
Malheureusement, certaines infrastructures culturelles sont polluées et transformées en lieux de deuil ou autres activités qui n’ont rien à voir avec la culture. D’autres existent encore mais se trouvent dans un état de délabrement très avancé. Ces espaces publics sont quasiment abandonnés à la merci des souris et autres personnes sans domicile fixe. Donc, il est aujourd’hui impossible d’aller suivre un film dans un centre culturel de l’Etat à Kinshasa.
Des salles historiques et réputées comme ‘‘Mongita’’ dans la commune de Kinshasa, ‘‘Le centre culturel Congolais Les Zoo’’ dans la commune de la Gombe, L’espace ‘‘Moto na moto abongisa’’ à Bandalungwa ou encore ‘‘Les Intrigants’’ dans la commune de N’djili sont complètement détruites à cause du manque d’entretien et de soutien aux acteurs. Le ministère de la Culture, arts et patrimoines est resté incapable de réhabiliter toutes ces infrastructures culturelles publiques qui sont confrontées à la vétusté du bâtiment et des matériels.
A l’absence de l’Etat, quelques professionnels des arts ainsi que les opérateurs culturels artistes ont pris la relève en aménageant leurs espaces pour accueillir la projection des films, les spectacles de scène, les expositions d’œuvre d’art et tant d’autres manifestations culturelles.
Cependant, les tenanciers de centres culturels déplorent qu’ils ne bénéficient pas d’une quelconque subvention de la part de l’Etat. Au contraire, ils sont victimes de toutes sortes de tracasseries par les services de l’Etat.
Ils ont décidé de poser le problème auprès du prochain ministre de la Culture, arts et patrimoines qui sera nommé dans le nouveau gouvernement de la Première ministre Judith Tuluka que tout le monde attend impatiemment.
Il sera question de faire un plaidoyer pour solliciter le soutien et le renforcement de fonctionnement des centres culturels dans leur mission de promouvoir et de valoriser la culture dans toute sa diversité en RDC.
« Nous sommes en train d’élaborer un mémorandum dans lequel nous allons énumérer et présenter les difficultés auxquels sont confrontés les centres culturels à Kinshasa. Ce document va être adressé au prochain ministre de la culture de tutelle. Le travail que nous faisons doit être pris en compte par l’Etat. Comme ça se fait sous d’autres cieux », a déclaré le promoteur de l’Espace Jazz Connexion dans la commune de Kasa-Vubu.
Pour sa part, Fred Kabeya, Coordonnateur de l’espace Aw’Art indique que l’expansion du secteur de l’industrie culturelle créative a fait de la culture un moteur de développement socio-économique dans un État organisé.
« Il est déplorable de constater que dans notre pays, les centres culturels ne reçoivent aucune subvention de la part du gouvernement. Zéro appui du Ministère de la culture et des arts. Nous pensons qu’il est temps que les autorités sectorielles puissent repenser sa politique en matière de promotion de la culture en RDC », a-t-il fustigé.
Et d’ajouter : «Et pourtant, nos centres culturels jouent un rôle important dans l’encadrement des talents jeunes et de la promotion de notre culture dans toute sa diversité. Le soutien ne peut pas être que pécuniaire. Il peut aussi être matériel, fiscal ou énergétique. Pourquoi pas à l’Etat de nous exonérer certaines taxes puisque nous contribuons à la valorisation de notre culture qui est l’identité mais également de nos patrimoines culturels».
Quid de l’encadrement artistique des jeunes ?
Pour le responsable de l’Espace Aw’art, l’apport d’un centre culturel est global dans l’épanouissement de la jeunesse artistique dans la société. Il permet aux jeunes d’avoir une résidence de créations.
« Des activités que nous organisons, permettent de faire découvrir les créations dans les différentes disciplines artistiques et les richesses culturelles que regorge le pays. L’année passée, nous avons, par exemple, accompagné plus de 10 projets de résidence des jeunes et nous avons produit sur notre scène plus de 40 spectacles gratuits », a-t-il indiqué.
Créé en 2018, Aw’Art est un cadre idéal pour la pratique des arts, en passant par la formation, le développement de talents et la diffusion.
« On a mis un cadre des créations et des répétitions pour à la fois la musique, la création des jingles, et des voix off. On est en même temps un espace de production scénique et un cadre de rencontres entre artistes et culturels », a souligné Fred Kabeya.
De son côté, Malafi Niamba appelle l’Etat à repenser sa politique en matière de promotion de la culture en RDC.
«Jusqu’à présent, nous ne bénéficions pas de quelconque appui administratif, moral ou financier de la part de l’État congolais. Nombreuses de nos tentatives sont restées sans succès. L’écosystème de notre pays ne nous aide pas à bien exercer nos tâches dans des conditions optimales », regrette l’initiateur du centre culturel Maison Culture des Mwindeurs dans la commune de N’djili.
Jordache Diala
