Didi Kembwarss, expert et opérateur culturel congolais estime que l’art et la culture ne doivent plus être considérés seulement comme un secteur de divertissement face aux enjeux économique de l’ère. Il a, en effet, proposé quelques stratégies managériales, fiscales et structurelles dans le domaine de l’économie de la culture qui pourront permettre au gouvernement de la République Démocratique du Congo de faire du secteur une source des revenus dans la caisse de l’Etat. L’expert congolais soutient qu’une bonne politique sur l’économie de la culture en général peut contribuer au financement de la sécurité sociale des artistes en RDC.
« Le décret relatif au statut de l’artiste et du professionnel de la culture qui a été promulgué par le chef de l’Etat est une voie pour la mise en place de la sécurité sociale des artistes. Nous devons tous soutenir cette initiative, mais elle va exiger un financement pour assurer la protection sociale des acteurs du secteur », a-t-il déclaré.
Pour Didi Kembola, il existe de nombreux moyens dont le mécanisme d’activation de l’économie de la culture qui est essentiel pour que les artistes contribuent aussi au financement de leur sécurité sociale.
«Mais avant tout, je crois qu’il est crucial de commencer par l’identification des artistes. Les moyens financiers qui proviendront de l’économie de la culture pourront aider, par exemple, à la prise en charge de la maladie, des obsèques et autres projets culturels des acteurs répertoriés », a-t-il recommandé.
Et d’ajouter : « Donc, le ministère de la culture doit absolument avoir un répertoire (fichier) national des professionnels des arts qui évoluent sur l’ensemble du territoire de la RDC artistes. Ce travail est important pour garantir la sécurité sociale des artistes ».
Pour lui, le secteur de la culture est confronté à de nombreux défis, qui ne peuvent être surmonté avec la volonté politique et l’accord des acteurs sectoriels.
« Si l’État organise la culture comme une industrie, avec des lois claires, une fiscalité adaptée et une bonne promotion à l’international, la culture peut devenir un pilier de l’économie congolaise, au même titre que le cuivre ou le cobalt », a déclaré l’expert congolais.
‘‘Faire de la culture, un levier économique puissant’’
Cependant, Didi Kembola a fait quelques suggestions et propositions adéquates pour faire de la culture, un levier économique puissant en RDC.
« Si elle est bien structurée, la culture peut devenir une véritable source de recettes pour l’État de plusieurs manières. C’est pourquoi, il est impératif d’organiser l’Industrie musicale et droits d’auteur. Si, on met en place une nouvelle société de gestion collective des droits d’auteur, bien structurée et efficace, l’État peut prélever des taxes sur la diffusion des œuvres (radios, télévisions, concerts, plateformes de streaming) », a-t-il fait savoir.
Et de renchérir : « Exporter la musique congolaise à l’international génère aussi des revenus (contrats, royalties, partenariats), à travers les spectacles, festivals et billetterie. Les concerts, pièces de théâtre, expositions et festivals peuvent être soumis à une taxe sur les billets (comme cela existe déjà en France et ailleurs) ».
L’opérateur culturel a estimé que plus l’offre culturelle est riche, plus les recettes fiscales augmentent. « Pourquoi ne pas instaurer une taxe pour des concerts gratuits où il y a vente d’alcool », a-t-il suggéré .
Didi Kembola soutient aussi la politique gouvernementale avec la construction des nouvelles infrastructures culturelles à Kinshasa pour assurer la conservation et la promotion du patrimoine, du tourisme culturel et des arts. « La RDC possède un immense patrimoine culturel et historique (musées, sites historiques, art traditionnel).
Il a aussi évoqué la restructuration du secteur cinématographique et de l’audiovisuel, où l’Etat congolais peut aussi taxer la diffusion des films étrangers pour financer la production locale.
« Cela va permettre de développer un fonds national du cinéma pour que les films congolais circulent à l’international (festivals, Netflix, Canal+, etc.). Le cinéma crée aussi des emplois et donc des impôts ».
Parlant des enjeux numériques dans les industries culturelles créatives, l’expert congolais a démontré que les artistes congolais génèrent des millions de vues sur YouTube, Spotify, etc.
« Avec une régulation adaptée, une partie de ces revenus peut revenir à l’État (taxe numérique, partenariat avec les plateformes de téléchargement des œuvres d’arts) », a-t-il expliqué.
L’économie de l’art vestimentaire pour contribuer à la sécurité sociale des artistes a été aussi mise en exergue. « La mode congolaise, la couture, la peinture et l’artisanat peuvent être exportés et taxés. En structurant ce secteur, l’État peut obtenir des devises via l’exportation et les droits de douane ».
Jordache Diala
