Les rideaux sont tombés hier, mardi 6 mai 2026, sur la première Table ronde de concertation dédiée aux défis de l’Aménagement du Territoire, tenue, sous le haut patronage de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République, Chef de l’Etat, à Fleuve Congo Hôtel, à Kinshasa. Organisée en deux jours, soit du lundi 4 au mardi 5 mai 2026, ces assises ont été un cadre fédérateur d’échanges constructifs entre représentants de l’Exécutif central, acteurs institutionnels provinciaux, autorités coutumières, délégués de la Société civile ainsi que partenaires techniques et financiers autour des enjeux de gouvernance de l’espace national.
Moisson abondante à Kinshasa
Comme il fallait s’y attendre, au terme d’un diagnostic soigneusement encadré durant les travaux en panels, la Table ronde consacrée aux défis de l’Aménagement du Territoire a débouché sur une litanie de recommandations fignolées, marquant un élan réaliste vers le changement dans la conduite de l’action publique en République démocratique du Congo. Parmi les mécanismes phares proposés par les participants aux travaux figurent :
– L’élaboration des outils de planification (plans provinciaux, locaux et simples d’aménagement du territoire) ;
– L’identification et la cartographie des conflits d’affectation des terres et de superposition des usages ;
– L’implication de l’Aménagement du Territoire dans la mise en œuvre des grands projets structurants, dont les corridors ;
– L’obligation pour tous les échelons de gouvernance administrative, conformément aux articles 39, 40, 43, 45 et 46, de mettre en place les structures pour l’effectivité de l’application des dispositions de la loi. Ceci particulièrement pour les zones qui connaissent des superpositions des titres, particulièrement dans les zones minières ;
– L’élaboration des plans locaux d’aménagement dans les périmètres périurbains des grandes villes, particulièrement dans la commune de Maluku dans la Ville-Province de Kinshasa, afin d’assurer la mise en cohérence spatiale des projets de développement urbain et la maîtrise de l’extension urbaine.
Jean-Lucien Bussa sonne l’heure de la responsabilité
Dans son mot de clôture, le Ministre de l’Aménagement du Territoire, Jean-Lucien Bussa Tongba, a vivement salué la qualité des contributions de chaque participant aux assises, estimant que les recommandations formulées constituent, aujourd’hui plus qu’hier, une valeur ajoutée dans la dynamique du renouveau de la RD Congo, telle que tracée par le Chef de l’Etat et portée par la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka. Dans une démarche assumée de vision et de leadership, il a martelé sur une dimension essentielle : l’appropriation collective à l’échelle institutionnelle.
« Aménager le territoire, c’est avant tout traduire les aspirations des populations en projets viables tout en magnifiant les potentialités de chaque terroir. Cependant, au-delà de ces constats lucides, cette table ronde sonne l’heure de l’action. Les défis identifiés ne doivent plus faire l’objet de diagnostics répétitifs ; ils exigent désormais des réponses concrètes, coordonnées et pérennes. Cela demande une volonté politique de fer, des ressources budgétaires adéquates et une mobilisation sacrée de tous les acteurs. Nous devons projeter nos efforts dans une vision de long terme, capable d’intégrer les pressions démographiques, les mutations de l’économie mondiale et les urgences environnementales. L’aménagement du territoire de demain sera résilient, équitable et générateur d’opportunités pour chaque fils et fille du pays », a confié, dans son allocution solennelle, le Docteur Jean-Lucien Bussa Tongba, qui a promis, pour sa part, d’assurer un suivi rigoureux des recommandations dans différents compartiments de son secteur en vue des résultats au service du bien-être des congolais et du développement durable de la République démocratique du Congo.
La Pros.
DISCOURS DE JEAN-LUCIEN BUSSA A L’OCCASION DE LA CLOTURE DE LA TABLE-RONDE DE CONCERTATION SUR LES DEFIS DE L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement,
Messieurs et mesdames les Ministres et chers collègues,
Monsieur le Conseiller Principal du Président de la République,
Monsieur le Conseiller Principal de la Première Ministre,
Messieurs les Gouverneurs de Province,
Monsieur le Secrétaire Général,
Monsieur les Ministres provinciaux en charge de l’Aménagement du Territoire,
Mesdames et Messieurs les membres des Conseils d’Administration de l’ANAT et du FONAT, Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux et Directeurs Généraux Adjoints,
Monsieur le Coordonnateur de l’ONAT,
Mesdames et Messieurs les Représentants des partenaires Techniques et Financiers,
Mesdames et Messieurs les Représentants des ONG et de la Société civile,
Mesdames et Messieurs les Chefs et Autorités coutumières ;
Mesdames et Messieurs les Agents et Cadres de l’Aménagement du Territoire, Distingués participants, en vos titres et qualités respectifs,
Au terme de cette table ronde dédiée aux défis de l’aménagement du territoire en République Démocratique du Congo, ma première parole est celle de la reconnaissance. Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour l’exceptionnelle qualité des échanges qui ont jalonné ces deux journées. La pertinence de vos analyses, l’objectivité des diagnostics la densité de vos expériences et la force de vos propositions confèrent à cette rencontre une portée historique pour la transformation de notre nation. Nous l’avons martelé tout au long de nos travaux : l’aménagement de notre espace national ne saurait se réduire à une simple opération technique de géographie administrative. Il s’affirme aujourd’hui comme un levier stratégique de gouvernance, un instrument puissant de cohésion nationale et le vecteur privilégié de la réduction des fractures territoriales. Dans ce pays immense aux contrastes aussi saisissants que ses richesses, l’organisation de l’espace est un défi complexe, certes, mais absolument incontournable pour notre émergence. Nos délibérations ont mis en évidence des enjeux fondamentaux qui conditionnent notre situation économique et sociale présente et commandent notre avenir. En premier lieu, l’impératif de renforcer la planification territoriale en la rendant plus cohérente, inclusive et, surtout, mieux articulée avec nos politiques sectorielles. Ensuite, l’urgence d’assainir la gouvernance foncière pour prévenir les conflits, sécuriser les investisseurs et sanctuariser les droits des communautés locales.
Enfin, nous avons acté que sans infrastructures structurantes, aucune vision d’aménagement équilibré ne pourra s’incarner durablement dans le quotidien de nos concitoyens. Il est désormais établi que la réussite de cette ambition repose sur une approche participative. L’État ne peut réussir seul : les collectivités locales, le secteur privé et la société civile doivent devenir les co-architectes de nos décisions. Aménager le territoire, c’est avant tout traduire les aspirations des populations en projets viables tout en magnifiant les potentialités de chaque terroir. Cependant, au-delà de ces constats lucides, cette table ronde sonne l’heure de l’action. Les défis identifiés ne doivent plus faire l’objet de diagnostics répétitifs ; ils exigent désormais des réponses concrètes, coordonnées et pérennes. Cela demande une volonté politique de fer, des ressources budgétaires adéquates et une mobilisation sacrée de tous les acteurs. Nous devons projeter nos efforts dans une vision de long terme, capable d’intégrer les pressions démographiques, les mutations de l’économie mondiale et les urgences environnementales. L’aménagement du territoire de demain sera résilient, équitable et générateur d’opportunités pour chaque fils et fille du pays.
Chers participants, Le consensus que nous avons bâti aujourd’hui n’est pas une fin en soi. Cette table ronde est le point de départ d’une nouvelle ère d’actions structurées, de partenariats consolidés et d’initiatives tangibles sur le terrain. Face aux défis mieux identifiés lors de ces assises, nombreuses recommandations ont été formulées. Pour ma part, j’en retiens six, à savoir :
1. L’élaboration des outils de planification (plans provinciaux, locaux et simples d’aménagement du territoire) ;
2. L’identification et la cartographie des conflits d’affectation des terres et de superposition des usages ;
3. L’implication de l’Aménagement du Territoire dans la mise en œuvre des grands projets structurants, dont les corridors ;
4. L’obligation pour tous les échelons de gouvernance administrative, conformément aux articles 39, 40, 43, 45 et 46, de mettre dès à présent en place les structures pour l’effectivité de l’application des dispositions de la loi. Ceci particulièrement pour les zones qui connaissent des superpositions des titres, particulièrement dans les zones minières ;
5. L’élaboration des plans locaux d’aménagement dans les périmètres périurbains des grandes villes, particulièrement dans la commune de Maluku dans la Ville-Province de Kinshasa, afin d’assurer la mise en cohérence spatiale des projets de développement urbain et la maîtrise de l’extension urbaine ;
6. La prise en compte de la nécessité d’une évaluation environnementale stratégique des outils de planification spatiale. En ce qui concerne trois premières recommandations précitées, j’aimerais préciser qu’elles sont nécessaires pour les raisons suivantes :
▪ Primo, comment ferons-nous respecter les dispositions légales sur l’avis préalable de conformité en matière de destination des usages des terres sans disposer d’outils de planification spatiale ? Il faut se lancer dans la mise en œuvre. Ainsi, j’instruis toutes les Divisions provinciales de me faire parvenir d’ici le 15 juin 2026, sous couvert de leurs Ministres provinciaux respectifs, un dossier complet comportant :
i) les termes de référence claire sur l’élaboration des outils de planification spatiale de 4 leurs aires de compétence respectives ;
ii) une liste complète des entités territoriales décentralisées, déconcentrées et communautaires. Pour cela, j’exhorte les Divisions provinciales de constituer progressivement, en collaboration avec les divisions sectorielles, une base des données à utiliser lors la phase diagnostique.
▪ Secundo, j’attends de chaque Province, via la division provinciale en collaboration avec les ministres provinciaux, un Répertoire des conflits identifiés pour tout usage sur les terres, sur les superficies d’au moins 5.000 ha. Il faudrait préciser la localisation (province, territoire, secteur/chefferie, groupement) et les protagonistes au conflit. Ce répertoire est nécessaire pour l’arbitrage des conflits par le Conseil d’Aménagement du Territoire dans le cadre. Ainsi, j’attends que ces dossiers parviennent à mon cabinet au plus tard à la fin du mois de mai en cours.
▪ Tertio, à l’instar des corridors et du projet Grand Inga, il est nécessaire d’identifier et décrire les problématiques particulières d’usages des terres aux alentours ou sur leurs tracés en précisant le Territoire, Secteur/Chefferie ou Groupement ainsi que les principales activités qui y sont menées ou programmées. Afin de permettre une centralisation dans un dossier complet, j’attends vos rapports à ce sujet d’ici la fin du mois de juin 2026. Distingués invités, chers participants, Au-delà de ces assignations précises, j’ai apprécié les recommandations pertinentes formulées à l’issue des assises de cette Table Ronde. Je félicite et remercie tous les participants. 5 Je formule le vœu ardent que la feuille de route qui sera issue de vos travaux ne s’enlise pas dans des tiroirs, mais qu’elles soient capitalisées, diffusées et mises en œuvre avec une rigueur et un engagement sans faille. Face à ces défis, je vous prie de porter formellement à l’attention les différents acteurs provinciaux et locaux, chaque fois que de besoin, les dispositions pertinentes de la Loi relative à l’Aménagement du Territoire. Je signale entre autres, les aspects suivants :
• En ce qui concerne les lotissements effectués en dehors du processus d’aménagement du territoire, l’article 14 de la Loi dispose : « L’affectation qui intervient en dehors d’un processus d’aménagement du territoire est toujours présumée faite sous réserve des prescriptions ultérieures du plan d’aménagement. Elle subit, à l’occasion de l’établissement du plan d’aménagement de l’aire concernée, des modifications et/ou des restrictions, conformément à la Loi. » ;
• En ce qui concerne les affectations effectuées sans cohérence de la destination des espaces physiques, l’article 15 de la Loi dispose : « La fixation des différents usages des espaces physiques se réalise selon leur vocation arrêtée par l’aménagement du territoire. Toute affectation des terres se fait dans le respect du plan d’aménagement du territoire. ». Distingués invités, chers participants, C’est sur ces mots d’espoir et avec le sens de notre responsabilité partagée devant l’histoire, que je déclare officiellement clos les travaux de cette table ronde nationale. Je vous remercie.
Dr. Jean-Lucien BUSSA TONGBA
Ministre de l’Aménagement du Territoire
