L’échiquier politique de la République Démocratique du Congo vient de subir un séisme dont les répercussions constitutionnelles et sécuritaires menacent de balayer les derniers espoirs d’une décrispation pacifique. En prenant officiellement la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle structure politico-militaire qui succède à l’alliance AFC-M23, l’ancien président Joseph Kabila a opéré un choix radical : celui de troquer le costume d’ancien chef d’État pour la veste de chef de guerre. Ce basculement stratégique, annoncé depuis Goma, plonge la Coalition Article 64 (C64) dans une tempête politique sans précédent et force ses figures de proue à un examen de conscience immédiat. Pendant des mois, l’opposition institutionnelle, portée par des leaders comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, a martelé l’urgence d’un dialogue national inclusif pour décrisper la crise politique. Au cœur de leur plaidoyer figurait une exigence : la participation de Joseph Kabila. Aujourd’hui, cette posture devient intenable. Comme l’a souligné avec insistance le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, lors de son intervention du dimanche 18 octobre 2026, on ne peut pas, dans une démocratie, réclamer la table des négociations tout en fermant les yeux sur le cliquetis des armes. L’interpellation du pouvoir est directe, presque chirurgicale : les leaders de la C64 doivent clarifier leur position et choisir, sans ambiguïté, le « choix de la République ». Ce choix des armes par Joseph Kabila, épaulé par des figures rebelles telles que Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, sonne le glas de toute possibilité de compromis républicain à son égard. Le président Félix Tshisekedi avait d’ailleurs tracé une ligne rouge infranchissable dès le 27 août 2026, en excluant explicitement du dialogue national quiconque combat l’ordre constitutionnel par la force ou s’allie à des puissances étrangères, notamment le Rwanda. La doctrine présidentielle est limpide : « aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique ». Pour la Coalition Article 64, le piège sémantique et politique s’est refermé. En instrumentalisant l’article 64 de la Constitution — censé faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force — pour justifier une rébellion armée, le FRN pervertit l’esprit même de la loi fondamentale. L’opposition républicaine ne peut se permettre le luxe du flou artistique ou du silence complaisant. Rester muet face à la naissance du FRN équivaudrait à une complicité morale avec la déstabilisation des institutions. Face à la patrie en danger, la C64 n’a plus le choix : elle doit condamner la dérive militariste de Kabila pour sauver sa propre crédibilité et réaffirmer son ancrage exclusif dans le combat démocratique.
La Pros.