Invité le weekend dernier de l’émission « Top 7 », sur la radio Top Congo FM, le Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, Christian Bosembe Lokando, a notamment réagi à la confirmation de Joseph Kabila comme chef de la nouvelle rébellion du FRN et a réaffirmé les sanctions encourues par les médias et les journalistes, qui relayent les activités des rebelles et qui font l’apologie du recours aux armes contre la patrie. En liminaire de son intervention, le numéro Un de l’autorité de régulation des médias de la RDC a recadré le Président honoraire, Joseph Kabila qui, dans sa dernière sortie médiatique, avait notamment dressé un bilan peu reluisant de la gestion du pays par son successeur, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
« J’ai réagi à deux titres. D’abord comme citoyen congolais et ensuite comme responsable de l’autorité de régulation des médias de la RDC. En tant que congolais, ça m’a fait mal de voir quelqu’un qui a dirigé la RDC, pendant 18 ans, prendre les armes contre notre pays. Montesquieu avait dit que « Ceux qui ont conquis le pouvoir par les armes, le gère par les armes » et moi j’ajoute « qu’ils perdent également le pouvoir par les armes. En effet, l’ex-président de la République montre aux congolais que, comme ils étaient arrivés au pouvoir par les armes, et comme il n’avait pas quitté le pouvoir par les armes, ce n’était pas bien pour lui. C’est pourquoi il a décidé de recourir encore aux armes pour qu’il dirige de nouveau ce pays, qui lui a pratiquement tout donné. C’est vraiment décevant de le voir faire pareille chose. Pour moi, aucune raison ne peut justifier un recours aux armes de sa part, parce qu’il n’est pas le premier ancien Chef de l’État, dans ce monde, à connaître des difficultés après avoir quitté le pouvoir. Ainsi par exemple, l’ancien Président français, Nicolas Sarkozy, qui a même fait la prison, suite à un dossier judiciaire, mais il n’a jamais pensé un seul instant prendre les armes contre son pays. Sa présence à la tête de ce mouvement rebelle confirme les propos tenus, il y a une année par le Président Félix Tshisekedi, qui l’identifiait comme le véritable chef de l’AFC-M23. Autre chose, concernant le bilan de gestion du pays par l’actuel président, contrairement à ses dires, tous les indicateurs ( économiques, sécuritaires,…) démontrent que le pays se porte mieux par rapport à ce qu’il était sous le régime précédent. Pour vous en convaincre, sur le plan économique, le Professeur Godet Mpoyi vient de publier une analyse dans laquelle il démontre que, depuis l’indépendance, aucun Chef de l’État n’a géré le pays mieux que le Président Félix Tshisekedi. Dans le domaine des médias, sous l’actuel régime, aucun journaliste congolais n’a été tué, dans l’exercice de son métier, dans les territoires contrôlés par le Gouvernement, alors que sous sous le régime précédent, il y a eu plusieurs cas d’assassinat de journalistes », a indiqué Christian Bosembe, qui deplore le fait que Joseph Kabila ait renoncé à son statut de partenaire de la première alternance pacifique et civilisée au sommet de l’État congolais, pour devenir un Seigneur de guerre.
« Nous venons de connaître un recul, parce que nous aurions souhaité avoir un Président de la République en fonction et son prédécesseur comme Sénateur à vie, vivre en paix et en harmonie. Mais le mauvais choix fait par le Président honoraire de redevenir rebelle vient de briser cette bonne dynamique.
Et pourtant, dans notre pays, nous avions levé l’option de ne plus recourir aux armes pour accéder au pouvoir mais que la conquête du pouvoir devrait obligatoirement passer par la voie des urnes. Le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, n’a pas encore fini son deuxième mandat et on cherche à l’écourter. C’est inacceptable ! », a-t-il martelé.
Et Me Christian Bosembe Lokando n’a pas manqué répondre à ceux qui disent que le régime Tshisekedi avait poussé son prédécesseur à bout, en lui arrachant notamment sa majorité parlementaire.
« Pour ce qui concerne le renversement de la majorité, mais qui était le champion du débauchage ? Qui est allé débaucher un membre de l’UDPS en prison pour faire de lui Première Ministre ? Il [Joseph Kabila] était donc le maître de débauchage. Et ce n’est pas parce qu’on a renversé sa majorité qu’on doit prendre les armes contre les institutions de la République. Le recours aux armes peut se justifier dans le cas où, arrivé fin mandat, un Chef de l’État s’accroche au pouvoir. Mais, dans le cas de la RDC, on est en plein mandat du Chef de l’État. Et ce qui est incompréhensible, c’est aussi le fait qu’un ancien président d’une institution d’appui à la démocratie puisse prendre également les armes contre la République et il explique sa décision par le fait qu’on lui aurait arraché des carrés miniers. C’est-à-dire que des frustrations personnelles deviennent des raisons pour détruire votre propre pays », a-t-il fustigé.
Le CSAC annonce des mesures coercitives
Au nom de la sécurité nationale, le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication réaffirme les mesures draconiennes prévues contre les médias, les journalistes et tout intervenant dans le média qui font la promotion de la rébellion ou accorde la parole à ceux qui ont pris les armes contre la nation congolaise.
« Ce n’est pas parce que l’AFC et le M23 sont dissous par leur Chef originel que nous devons lever des mesures prises à leur encontre dans le secteur de la presse. Désormais, dans les médias congolais, il est interdit de faire l’apologie de la rébellion, du terrorisme, la glorification des actes de rébellion, la légitimation de la rébellion, la banalisation de la rébellion, sont prescrites. Tout celui ou toute celle qui va tomber sous le coup de cette décision (qu’il soit journaliste ou un invité) aura un embargo de 1 à 90 jours. Si c’est un média audiovisuel, ce sera la fermeture temporaire ou définitive.
Et la ligne rouge pour nous, c’est le fait de relayer les activités des rebelles du FRN et de leur donner la parole dans les médias congolais », a-t-il prévenu.
Le cas Paulette Kimuntu
Enfin, le Président du CSAC a fourni certaines précisions sur l’embargo décrété par son institution contre la journaliste Paulette Kimuntu.
« Il nous faut aimer notre pays et avoir du respect pour nos forces armées. C’est depuis que je suis au CSAC que des mesures drastiques, visant à faire respecter notre armée, sont prises. Nous avons estimés que la dame était allée au-delà de la limite. Tu ne peux pas dire, dans un pays en guerre, dans un pays agressé, qu’un individu peut se réveiller un matin et arriver à Kinshasa dans une année. Cela pour dire que nous n’avons pas d’armée. A travers ces propos, elle a dénigré, jetté l’anathème sur toute l’armée. Et pourtant, nous avons une armée et que si nous n’avions pas d’armée, le pays allait déjà être parti. On ne peut pas tolérer que les gens manquent du respect à nos forces armées de cette manière. Par cette mesure, elle perd la qualité de journaliste, pendant la période où elle est sous sanction, et elle ne peut même plus utiliser les réseaux sociaux », a précisé Me Christian Bosembe Lokando, Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, qui a fait de la protection de l’espace médiatique congolais contre les ennemis de la République son cheval de bataille.
JR Mokolo
