Les dérives enregistrées dans l’usage des réseaux sociaux en République Démocratique du Congo étaient au cœur de l’entretien que le Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), Me Christian Bosembe Lokando, avait eu, le weekend dernier, avec Miriam Boketsu de Top Congo FM, dans le cadre du magazine hebdomadaire « Top7 ».
Dès l’entame de son intervention, il a fait un constat malheureux que les réseaux sociaux, au lieu d’être des lieux d’échange et de convivialité, sont devenus des canaux où l’on véhicule des messages d’appel à la violence et à la haine et de promotion du terrorisme.
«En RDC, nous avons fait le choix de la démocratie mais, dans la pratique, beaucoup de gens s’écartent des principes démocratiques et versent dans le libertinage. En principe, les réseaux sociaux sont des lieux d’échange d’idées, des rencontres et de rapprochement des personnes et de divertissement. Mais le constat malheureux est que les réseaux sociaux sont devenus des réseaux anti-sociaux, des lieux où les gens se détruisent, se tiraillent, où l’on véhicule la violence physique et verbale, des lieux où l’on insulte tout le monde, y compris les hautes personnalités et autorités du pays. On est dans une situation où plus personne ne respecte personne. Et pour ne pas laisser prospérer une telle dérive, le CSAC est obligé de prendre des mesures draconiennes, pas pour plaire à une catégorie de personnes mais pour préserver les générations futures contre ces mauvaises pratiques », a-t-il expliqué, tout en déplorant particulièrement le mauvais comportement des membres de la diaspora congolaise, qui excellent dans ces mauvaises pratiques décriées.
«La diaspora congolaise est la seule au monde qui a comme spécialité, non pas la critique du régime au pouvoir et des dirigeants, mais les injures, les insultes et le sabotage de la souveraineté du pays, en faisant la promotion des criminels, des rebelles et des terroristes qui sèment mort et désolation dans la partie orientale du pays et qui tentent de perturber l’ordre constitutionnel actuel », a-t-il déploré.
Et Christian Bosembe est particulièrement revenu sur les démarches menées par son organisation auprès du réseau social TikTok, qui est abondamment utilisé par des personnes malveillantes, pour compromettre la sécurité nationale de la RDC.
«Ce que nous demandons, c’est que le réseau TikTok fasse respecter sa propre politique générale vis-à-vis de ses utilisateurs, qui proscrit les contenus violents, des messages de haine et la promotion du terrorisme. Voilà pourquoi nous avons fait comme personne auparavant, en demandant à TikTok de faire respecter sa propre politique générale et de sanctionner les propriétaires des comptes qui violent ladite politique générale. Nous n’avons pas fait comme d’autres pays, en coupant directement le réseau TikTok. Concrètement, le CSAC a maintenu le rapport et les discussions avec TikTok en demandant à ses responsables de bien assurer la modération de ses utilisateurs et de retirer les comptes détenus par les rebelles pro-rwandais de l’AFC/M23 et leurs propagandistes, parce qu’ils constituent un danger pour notre sécurité nationale », a martelé le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, qui a annoncé avoir déjà répertorié quelques 2.000 comptes problématiques à supprimer, à l’exception de ceux dont les utilisateurs ne sont pas impliqués dans l’entreprise subversive contre le pays.
« Jusque-là, nous travaillons sur 2.000 comptes TikTok et nous allons nous assurer que les comptes appartenant aux opposants ou à ceux qui critiquent tout simplement les autorités ou le régime en place ne soient pas concernés par les mesures de suppression. Parce que notre objectif, ce n’est pas de réduire les gens au silence mais de faire fermer tous les comptes faisant la propagande des rebelles du M23 ou relayant leurs communications ou celles du criminel Paul Kagame ou des terroristes comme Corneille Nangaa ou leurs affidés. Nous sommes en train de répertorier tous ces comptes dangereux pour la sécurité nationale du pays et qui enfreignent la politique générale de TikTok. Pour l’instant, TikTok s’est contenté de réduire la visibilité de ces comptes, en rendant moins virales certaines vidéos. Et ce n’est pas suffisant pour nous, le CSAC. Pour nous, nous exigeons la suppression pure et simple de tous ces comptes que nous avons signalés comme dangereux. Si Israël a fait fermer 23 millions comptes accusés de faire la promotion des terroristes, pourquoi la RDC ne le ferait pas ? Prenons un autre cas : si le Président américain Donald Trump a été suspendu à peu près dans 3 réseaux sociaux aux USA, pourquoi on le ferait pas pour des gens comme Nangaa et tous ses affidés, qui tuent les gens et font la promotion de leur entreprise criminelle ? », s’est-il interrogé, tout en précisant que l’organe de régulation congolais vise, dans sa démarche, trois catégories sur TikTok, à savoir : les comptes malveillants, les vidéos malveillantes ainsi que les personnalités malveillantes. Tout en condamnant tous ceux qui s’adonnent à des insultes sur les réseaux sociaux, Me Christian Bosembe Lokando estime que la croisade menée par son organisation concerne en priorité les gens qui sont dans la rébellion et qui font leur propagande. « Contrairement à nos détracteurs, qui nous accusent de vouloir faire taire les voix critiquent contre le régime en place, nous, au CSAC, nous n’allons pas perdre notre temps à nous occuper de ceux qui insultent sur les réseaux sociaux. Ne déplaçons pas le débat. Nous, nous sommes en train de parler de la sécurité nationale. Et le débat sur la sécurité nationale a commencé depuis longtemps. Contrairement à d’autres personnes qui hésitent à prendre des décisions, moi, je n’hésite pas à prendre des décisions lorsqu’il s’agit des questions touchant à la sécurité nationale de notre pays », a-t-il insisté.
Halte à la confusion
A ceux qui évoquent une certaine divergence entre le Ministre national de la Communication et le président du CSAC au sujet de la fermeture ou pas de TikTok, Christian Bosembe a rappelé que son institution est là seule à s’occuper de la régularisation des contenus dans les médias sociaux et traditionnels.
« Il n’y a même pas de divergence. Le seul organe habilité à s’occuper des contenus des réseaux sociaux, c’est le CSAC et il ne partage cette prérogative avec aucune autre institution. Cela doit être clair. Et c’est donc nous qui avons le monopole de la discussion sur la question. Toute autre intervention dans ce domaine précis doit être considérée comme étant de l’intrusion. Grosso modo, le CSAC est le gardien de l’Etat de droit informationnel, le gardien de l’ordre public dans les médias. Nous, c’est la régularisation et les ministères de la Communication, des PTNTIC s’occupent de la réglementation », a-t-il rappelé avec force.
Fini la récréation
Toujours au sujet de la fermeture de TikTok, le numéro un du CSAC dit n’envisager une telle mesure radicale qu’au cas où ce réseau social ne ferme pas des comptes qui représentent une menace sérieuse pour la sécurité nationale du pays.
« Le CSAC a annoncé qu’il envisageait de fermer TikTok si ce réseau social ne répond pas à nos aspirations. Mais l’objectif recherché, ce n’est pas de fermer TikTok ou les autres plateformes numériques mais de les amener à faire leur travail comme ils le font ailleurs, c’est-à-dire faire respecter leur propre politique générale », a-t-il martelé. Et pour le président du CSAC, la fermeture des comptes TikTok problématiques peut intervenir à tout moment, au regard de l’évolution des contacts avec les responsables de cette plateforme numérique.
« A tout moment, certains comptes TikTok malveillants peuvent être fermés, parce que nous leur avons déjà transmis une liste desdits comptes. Et c’est dans l’intérêt de TikTok de supprimer ces comptes qui violent sa politique générale. C’est depuis 2024 que nous sommes en contact avec TikTok et on est prêt à discuter avec eux au cas par cas de tous ces comptes problématiques. Que les autres utilisateurs de TikTok soient tranquilles. Ils ne sont pas notre cible.
Le réseau TikTok ne sera fermé que s’il n’adhère pas à notre logique. Nous lançons un avertissement à Tiktok : si vous n’adhérez pas à notre logique et vous ne supprimez pas les comptes dangereux, qui perturbent la sécurité de notre pays, nous allons fermer votre réseau en RDC. Aucune plateforme numérique ne vaut plus que la sécurité de notre pays. Moi, si on me pose la question : entre la sécurité de l’État et l’existence des plateformes numériques, je choisirai directement la sécurité de l’État, sans tergiverser », a martelé Christian Bosembe, qui a conclu sa communication par cet appel au patriotisme à ses compatriotes congolais : « Aimons notre pays, ne faisons pas passer les intérêts privés au dessus des intérêts sécuritaires, qui sont plus importants , parce que ce sont les intérêts sécuritaires qui nous protègent tous, plutôt que nos intérêts politiques ».
JR Mokolo
