Ce sont plus de 900 cas suspects et plus de 200 décès suspects qui ont été enregistrés depuis que la République démocratique du Congo (RDC) a déclaré l’épidémie, le 15 mai dernier. Le virus est présent dans trois provinces à l’est du pays. Il a également franchi la frontière. Chez le voisin ougandais, sept cas, dont un décès, ont été confirmés par des tests. L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale dès le début du mois.
Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola en RDC. La souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué, provoque une fièvre hémorragique avec un taux de létalité qui peut atteindre 50 %. Mais l’ampleur réelle de la catastrophe reste encore inconnue. Les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés.
Sur le réseau social X, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS a posé son diagnostic mercredi 27 mai. Il a tweeté: « L’est de la RDC est désormais confronté à un choc catastrophique entre maladie et conflit, l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri prenant de vitesse la riposte ».
Attendu à Kinshasa dans la soirée du jeudi 28 mai, puis à Bunia, capitale de l’Ituri et foyer de l’épidémie, vendredi 29, le chef de l’OMS a lancé un appel direct : « Nous exhortons toutes les parties belligérantes à convenir d’un cessez-le-feu immédiat afin de contenir cette épidémie. Pour permettre un accès sûr et durable aux équipes médicales. »
L’est du Congo est le théâtre d’un conflit armé de longue date. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont largement occupées par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, selon Reuters. Des millions de personnes se trouvent déplacées, malgré les efforts de médiation menés par les États-Unis et d’autres pays.
Le virus, otage du conflit
Ces combats ont des conséquences sanitaires directes. « L’arrêt de cette transmission d’Ebola dépend entièrement de l’accès humanitaire. Or, les affrontements en cours provoquent des déplacements massifs de population, poussant les personnes exposées (au virus NDLR) vers des camps surpeuplés et coupant des corridors essentiels de confinement », a détaillé le directeur général de l’OMS.
En Ouganda, les sites de transit et d’accueil dans la région du Nil occidental sont saturés. Ils sont occupés à plus du double de leur capacité, d’après un document du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) cité par Reuters.
Les travailleurs de santé « risquent leur vie », tandis que les attaques contre les établissements de santé rendent le suivi des cas et de leurs contacts « pratiquement impossible », a averti le chef de l’OMS. Il a appelé « à faire passer la survie humaine avant toute autre considération ». Les populations locales sont parfois méfiantes des équipes médicales étrangères déployées par les organisations humanitaires, rappelle Reuters.
L’organisation Save the Children rappelle ce mercredi 27 mai qu’un quart des décès confirmés concerne des enfants. Elle appelle à un renforcement des mesures de prévention des infections.
Sur le plan financier, les donateurs se sont engagés à verser environ 500 millions de dollars pour lutter contre l’épidémie, mais la totalité de ces fonds n’a pas encore été débloquée, a indiqué l’ONG.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a résumé l’impasse : il « est impossible de rétablir la confiance au sein des communautés ou d’isoler les malades sous le feu des bombes », a-t-il déclaré.
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