La République Démocratique du Congo a souvent fait l’objet d’une attention constante, souvent qualifiée d’ingérence en raison de la combinaison de ses richesses naturelles exceptionnelles et de sa position stratégique. Depuis plusieurs décennies, notre pays a toujours été un carrefour des intérêts extérieurs. On voit bien, sous l’administration de Trump, les Etats-Unis utilisent les accords de paix pour sécuriser des intérêts économiques et commerciaux, une approche qualifiée de « paix par le business ». Pour l’administration américaine, la RDC est d’abord une aire d’opportunités économiques. Pour autant, des sanctions interviennent dans la foulée de ces accords de paix pour sécuriser l’accès aux minerais critiques. Ce qui rend la légitimité de ces mesures discutables parce que la nouvelle doctrine américaine privilégie les intérêts économiques et sécuritaires au détriment de principes démocratiques. Pour mémoire, quand certains Chefs d’État africains ont été en juillet 2025 convoqués à Washington par le président américain, ce n’était pas pour évoquer des réformes démocratiques ou des violations de droits de l’homme, mais pour des questions commerciales, de la richesse du sous-sol de leurs pays et de l’intérêt qu’ils représentaient pour sécuriser l’approvisionnement des Etats-Unis en minerais stratégiques.
C’est dans cette optique de nombreux analystes, historiens et observateurs politiques estiment que le président américain utilise des méthodes s’apparentant au maccarthysme dans sa manière de cibler les opposants et de sanctionner les voix dissidentes. Alors que certains y voient dans les sanctions ciblant Joseph Kabila comme une forme de délations sur base du narratif de Kinshasa, d’autres comme une manière forte du maccarthysme . Mais ce qui révulse les congolais, c’est cette erreur de l’administration américaine de vouloir cibler tous ceux qui continueront de semer l’instabilité. Ce n’est rien d’autre qu’une action d’ingérence dans la souveraineté de la RDC. En se fondant sur les principes constitutionnels dans l’article 64 de la Loi fondamentale
Stipulant : « Tout congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi » , les congolais ont l’obligation morale de défendre leur Constitution et de combattre toute forme de néo-colonialisme . Nous devons nous opposer à tous ceux qui veulent instaurer un néo-impérialisme en Rdc s’enracinant dans le pillage à ciel ouvert de nos ressources.
Comme le soulignent les ONG congolaises : « Le Congo n’est pas à vendre ».
Il faut reconnaître que la complexité des réalités politiques et sécuritaires en Rdc ne permet à aucun acteur politique congolais ni même au président de la république de maîtriser l’avenir du pays compte tenu d’un environnement d’incertitudes stratégiques élevé. La jubilation face aux sanctions américaines contre un ancien président est inédit au Congo. C’est une posture déconnectée des enjeux futurs , voire même une réaction à court terme qui ignore les risques réels de polarisation politique qu’une telle ingérence étrangère directe pourrait entraîner d’ici 2028. Loin d’apaiser l’est du pays, les mesures américaines peuvent augmenter plusieurs violences résiduelles et des fractures sociales graves au sein de la population.
In fine, les sanctions américaines contre Joseph Kabila viennent renforcer la résilience des acteurs politiques appartenant à la plate-
forme politique « Sauvons la Rdc ». D’ailleurs ils ont publié ce mardi 5 mai 26 un communiqué commun pour condamner les sanctions imposées par Washington à l’ancien président Joseph Kabila les qualifiant de manœuvre politique orchestrée par le gouvernement de Kinshasa. Il faut le dire haut et fort : ces sanctions américaines ne résolvent en rien les causes structurelles de la guerre à l’est du pays et sont perçues comme une ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Rdc.
L’instrumentalisation des sanctions contre Joseph Kabila pourra engendre d’autres escalades politiques. Si le comportement de ces calculateurs politiques s’apparente à une manipulation risquée d’explosifs, ils doivent le savoir que le temps est une variable non négligeable dans les sanctions américaines. 2028 est l’année de toutes les élections présidentielles. Il est dès lors impossible que les sanctions américaines soient un repoussoir absolu pour Joseph Kabila et d’autres acteurs politiques pour les prochaines échéances malgré l’imprévisibilité politique future et la sévérité apparente de la politique de sanctions, particulièrement sous l’administration américaine actuelle. Qu’il pleuve ou qu’il neige, la constitution doit être respectée dans ses articles 219 et 220. Nous ne laisserons jamais le terrain à toutes ces têtes de mule de politiciens, des arrivistes dicter leurs desseins.
Professeur Florent Gabati.
