Accueilli par une diaspora mobilisée, le Vice-Premier Ministre et Ministre de la Fonction Publique, Jean-Pierre Lihau, a défendu, sans détour, le vendredi 1er mai 2026, la vision réformatrice du pouvoir de Kinshasa, tout en réaffirmant le rôle central du peuple dans le débat sur la Constitution.
Sous une chaleur étouffante, la mobilisation est totale à l’Aéroport International Léon-Mba. Des centaines de Congolais vivant au Gabon se sont massés pour accueillir le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau.
Très tôt, bien avant l’atterrissage de l’appareil, les abords de l’aéroport ont été investis par une foule compacte, mêlant responsables associatifs, membres de la société civile et simples citoyens. Banderoles, chants, slogans : tout concourt à donner à cet accueil une dimension à la fois politique et émotionnelle.
Poignées de mains, échanges directs, gestes de proximité : dès son arrivée, le ton est donné. Jean-Pierre Lihau privilégie le contact humain, dans une séquence où la symbolique compte autant que le discours.
Face à la diaspora, un discours de clarification
Le lendemain, au Radisson Blu Okoume Palace Libreville, le registre change. Place à l’explication, à la pédagogie et à la structuration du message politique. Devant une diaspora attentive, parfois exigeante, le Vice-Premier ministre déroule méthodiquement la ligne du gouvernement.
Au cœur de son intervention : la nécessité de comprendre la logique des mutations et réformes engagées en République démocratique du Congo. « Tout est urgent, mais tout ne peut pas être fait en même temps », résume-t-il en substance, insistant sur l’approche progressive adoptée par le pouvoir exécutif.
Pour Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, explique-t-il, la priorité consiste à poser les bases d’un État fonctionnel avant d’en accélérer la transformation. Une approche qui tranche avec les politiques de court terme.
Des chantiers visibles pour asseoir la crédibilité de l’Etat
Dans cette logique, Jean-Pierre Lihau met en avant des réalisations concrètes. Les infrastructures routières figurent en tête de liste, présentées comme essentielles pour désenclaver les provinces et stimuler l’économie nationale. À cela s’ajoutent les investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
La gratuité de l’enseignement primaire, mesure emblématique initiée par le régime, est citée comme un tournant social majeur. De même, la mise en œuvre progressive de la couverture santé universelle vise à corriger des inégalités structurelles longtemps dénoncées.
Pour le Vice-Premier ministre, ces projets ne relèvent pas d’une logique d’affichage, mais d’une volonté de transformation durable. L’objectif affiché est clair : restaurer la présence et la crédibilité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Réformer l’Etat, cœur du projet politique
Mais au-delà des infrastructures, c’est bien l’appareil administratif dont il assume la charge que Jean-Pierre Lihau place au centre de la transformation. Le diagnostic est sans concession : désorganisation, opacité, clientélisme, inflation des effectifs.
La réponse gouvernementale se veut globale. Identification des agents publics, assainissement du fichier de la fonction publique, maîtrise de la masse salariale : autant de mesures destinées à rationaliser un système longtemps fragilisé.
À cela s’ajoute une volonté affirmée de rompre avec les pratiques de favoritisme. Le recrutement basé sur la méritocratie est présenté comme une condition indispensable à la performance de l’administration. Dans le même esprit, la bancarisation des salaires vise à sécuriser les paiements et à limiter les détournements.
La digitalisation des services publics, enfin, constitue l’un des axes majeurs de cette réforme. En modernisant les procédures administratives, le gouvernement entend améliorer l’efficacité de l’action publique tout en renforçant la transparence.
Un discours volontariste, entre mobilisation et projection
Au-delà des aspects techniques, Jean-Pierre Lihau adopte un ton résolument mobilisateur. Face à ses compatriotes, il ne se contente pas d’exposer des politiques publiques : il cherche à susciter l’adhésion.
L’ambition affichée est celle d’une RDC restaurée, capable de retrouver sa place sur la scène africaine et internationale. Une vision qu’il présente comme portée par le chef de l’État et qui nécessite l’implication de tous.
« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », lance-t-il, invitant à un sursaut collectif. Derrière cette formule, un message clair : la réussite des réformes dépend autant de la volonté politique que de l’engagement citoyen.
C’est chez Socrate que le Vice Premier Ministre a puisé pour conclure son propos, rappelant que le progrès suppose de ne pas rester figé dans le passé, mais de se projeter vers l’avenir. Une référence qui inscrit son discours dans une dimension à la fois philosophique et stratégique.
Révision constitutionnelle : le peuple en arbitre
Dans un contexte marqué par des débats croissants autour d’une éventuelle révision constitutionnelle en RDC, Jean-Pierre Lihau n’élude pas la préoccupation.
Sa position se veut équilibrée : le débat est légitime dans toute démocratie. Mais il insiste sur un principe fondamental, celui de la souveraineté populaire.
Selon lui, toute évolution de la Constitution ne peut se faire qu’avec l’aval du peuple congolais, seul détenteur du pouvoir souverain. Une manière de recadrer les discussions en cours, en les inscrivant dans le respect des mécanismes démocratiques et des institutions.
Une diaspora au cœur de la séquence politique
Au-delà du contenu politique, cette visite met en lumière une réalité souvent sous-estimée : le rôle stratégique de la diaspora congolaise basée en Afrique.
A Libreville, celle-ci s’est illustrée par sa mobilisation, mais aussi par la qualité des échanges engagés avec le Vice-Premier ministre. Questions directes, préoccupations concrètes, attentes élevées : les Congolais de l’étranger apparaissent comme des acteurs pleinement impliqués dans le devenir de leur pays.
Pour le gouvernement, cet engagement constitue à la fois un atout et un défi. Un atout, parce qu’il témoigne d’un attachement fort à la nation. Un défi, parce qu’il impose une exigence accrue de résultats et de redevabilité.
Une séquence politique à double lecture
Au final, le passage de Jean-Pierre Lihau à Libreville dépasse le cadre d’une simple visite officielle.
Il s’inscrit dans une stratégie plus large de communication et de légitimation des réformes engagées à Kinshasa. Entre démonstration de proximité, pédagogie politique et discours de mobilisation, le Vice-Premier ministre aura cherché à convaincre autant qu’à rassurer.
En filigrane, une équation politique complexe : réformer en profondeur, maintenir la confiance et embarquer, au-delà des frontières, une nation entière dans un projet de refondation.
Prof. Félix Wata/CP
