(Par Bamuangayi Kalukuimbi Ghislain)
Le succès du nouveau ministre de la justice, même passant par une certaine communication tonitruante montre l’endroit où les congolais ont le plus mal. Pourtant, la lutte contre la corruption et les antivaleurs n’est pas l’apanage du seul ministre de la justice ou de certains services de la Présidence de la République.
Par son Ordonnance n° 22/003 du 7 janvier 2022 fixant les attributions des ministères, le Président de la République confie à chaque ministère la tache de la « mise en œuvre de la politique du Gouvernement pour la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption et les antivaleurs ». Certains cabinets ministériels et organes administratifs ont des pratiques illégales tolérées ou gérées pour des aménagements d’enrichissement personnel.
Le ministre des affaires foncières ignorent ce qui se passent dans les bureaux du Conservateur des titres immobiliers pour obtenir n’importe quel service ?! Celui des Affaires Etrangères fait quoi pour que le passeport soit obtenu à son prix réel et avec des facilités non négociables ?! Comment une femme peut rester 5 ans, 10 ans, 15 ans dans une prison sans jugement et que le ministre de la justice n’en sache ou ne fasse rien pour sortir d’une telle énormité ?!
La justice est, en ce moment, certes, en vedette et au cœur de la vie publique congolaise. Ça pouvait bien être la culture ou l’éducation, le travail de prise de conscience collective en aurait davantage gagné. Soit. Diagnostiquée malade par le Président de la République en personne, la justice ne peut malheureusement guérir seule sans tout le système de gouvernance, dans tous ses compartiments. La justice est malade, puisque l’éducation, la culture, la famille, la politique, le travail …sont malades depuis plusieurs décennies. « Mboka esi ekufa kala », dixit FATSHI BETON. « Mboka eza na crique », dit Mungulu Diaka. L’indépendance devra donc tendre à la renaissance du citoyen et de l’Etat, sans laisser le déluge prédit par le Président Mobutu emporter la foi en un avenir meilleur. L’espoir d’un Congo nouveau doit rester vif. La victime de l’injustice au quotidien, la grande majorité de la population congolaise, appréhende mieux la valeur de la justice. Faut-il encore qu’elle ne soit doublement victime en étant ignorant de ses droits et irrésistiblement captivée par les charmes du prédateur qui s’apprête à la dévorer. Les victimes parfois au service de leurs bourreaux
Finalement, elle est multi-victime.
L’éducation au rabais ne permet pas à nombreux congolais d’avoir la réelle mesure du bonheur social, se résignant dans l’« infrahumanité », qu’on finit par trouver juste, par la force des choses ou pour se consoler. Du masochisme organisé pour trouver du plaisir dans ses propres souffrances et la cruauté des dirigeants qui prospèrent avec les malheurs des autres ont favorisé la création d’une classe sociale majoritaire des toujours pauvres et une classe minoritaire des toujours aisés ou toujours au pouvoir par héritage familial.
Pour se faire bonne conscience, on pense créer, sans jamais y parvenir, une classe moyenne, qui tombe à la longue, soit dans la pire pauvreté par la faillite ou les conséquences du défaut de remboursement du crédit, soit dans la prédation pour une multiplication exponentielle de sa richesse moyenne. Le système de prédation régule tout cela.
N’est-il pas écrit : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » ?!. A chacun son interprétation. « L’exploitation de la Bible pour le fonctionnement optimal du système de prédation, depuis que l’évangélisation a participé à la « mission civilisatrice » de l’Occident en dépossédant les populations africaines de leurs immenses richesses, a fait de la religion l’opium du peuple en Afrique.
Des dirigeants et un clergé vivant dans l’opulence face à une population et des fidèles toujours dans la misère. L’injustice est spiritualisée ou justifiée pour la rendre acceptable, parfois nécessaire. A ne pas s’étonner de voir chaque dirigeant politique ou officier supérieur de l’Armée ou de la police devenir pasteur, lorsqu’il n’a une église et un guide spirituel pour soutenir son ministère public. En fin des comptes, dans plusieurs cas, c’est une pauvre spiritualité qui ne permet de promouvoir ni la justice, ni le respect du bien public, ni l’amour de la patrie, ni la compassion envers le souffrant, ni une meilleure gestion de la chose publique. Des « dirigeants religieux » sont quelques fois des prédateurs qui pillent ou tuent avec la Bible ou le Coran en mains.
La corruption, à la manière du syndrome immunodéficitaire acquis (SIDA), traverse tout le système de gouvernance, circulant dans les veines de tous les trois pouvoirs traditionnels (Parlementaire, Exécutif et Judiciaire), sans épargner les médias, le quatrième pouvoir. Tous ces pouvoirs côtoient une société civile engluée dans les mœurs tordues et largement partagées : tribalisme, plaisir au moindre effort, propension à la trahison, mépris de l’intérêt général, recherche effrénée de l’intérêt personnel, perte de la sensibilité au respect du bien commun, retard, rétention des documents à délivrer ou décision à prendre…. L’appareil judiciaire, à lui seul, ne réussira le redressement voulu par la conscience bien formée.
L’injustice est une architecture complexe, mélangeant la politique, l’ignorance des justiciables, le pouvoir de la famille, l’ascendance tribale, la ruse, la pauvreté et les besoins du capitalisme sauvage.
Entretenue et organisée par des structures complexes du mal, l’injustice est une arme de destructive massive. L’argent volé du Trésor public est réparti de manière mystique entre divers intervenants de plusieurs couches sociales, assurant une parfaite protection du voleur, même lorsqu’il est jugé et mis en prison pour un petit temps de refuge et d’apaisement.
Un système de rémunération personnalisée, par concussion et enrichissement illicite, a été instauré et, curieusement, accepté par les avocats et les justiciables : frais de dépôt de plainte, frais de dactylographie, frais de consultation d’un dossier, frais de dépôt des conclusions, frais de PV d’audience…, avant d’arriver aux exigences loufoques des
magistrats. La vente de la justice au prix fort.
Pour comprendre le besoin d’une lutte systémique, la réforme de la justice congolaise devra répondre à la question pertinente du pourquoi le « kuluna en cravate » n’a pas peur du policier et du juge, les défiant au besoin. Question complexe, lorsque, à l’inverse le policier et le juge n’ont pas peur de l’Etat et se moquent du peuple. L’autre question est celle de bons textes tombés en désuétude ou inappliqués par la puissance des impunis. Pourquoi le malfaiteur semble être plus fort que l’Etat, se permettant aussi une apologie de son mal ?!.
L’apologie de la corruption, très visible, au moment des élections des sénateurs, gouverneurs et membres des bureaux des assemblées électives, est devenue une pratique normalisée dans les états-majors politiques. Les 4X4 ne sont bien distribués qu’aux électeurs députés ou sénateurs et à l’occasion d’une élection. La richesse ostentatoire, exposée au regard curieux des pauvres par des constructions et acquisitions mobilières, pointent souvent leur source mafieuse, sans que l’Etat ne soit en mesure de savoir comment tel, qui ne touche que 200.000 FC de salaire, arrive à construire un building de plusieurs milliards de francs congolais. L’Etat ne semble pas être organisé pour demander à un individu, qui entre dans une fonction d’Etat en étant et en sort riche.
J’invite le ministre de la justice à user de son pouvoir d’injonction pour arrêter l’exploitation nocive faite du temps par les fonctionnaires et les magistrats dans le traitement des dossiers, malgré des délais prévus. On gère le temps d’examen d’un dossier en fonction de l’intérêt que l’administré ou le justiciable manifeste à son dossier et de son ignorance des procédures.
La grève et la démission pour modicité de salaire sont des phénomènes rares et quasi inexistants. Lorsqu’il y a grève, il faut parfois chercher la cause lointaine du coté de la politique ou dans un partage déséquilibré d’une manne tombée du ciel.
Nous pourrons donc nous attendre à une activité intense du Parquet et des avocats pour l’application de l’article 150 g du Code pénal, livre II : « … tout fonctionnaire public, officier public, toute personne chargée d’un service public qui s’abstiendra volontairement de faire, dans les délais impartis par la loi ou par les règlements, un acte de sa fonction ou de son emploi qui lui a été demandé régulièrement, sera puni d’une servitude pénale de six mois …. Il en est de même lorsqu’il s’abstient volontairement de faire un acte de sa fonction ou de son emploi pour lequel aucun délai n’a été préétabli et qui lui a été demandé régulièrement, si ce retard est manifestement exagéré. »
Pour conclure, la guérison de la justice congolaise exige une action coordonnée du Gouvernement, du Parlement et du Pouvoir judiciaire, qu’il faudra mettre au niveau de la volonté politique du Président de la République de guérir la justice et celle du mouvement Kombolisation en marche de donner naissance à un nouvel Etat. Il faut sortir donc d’une volonté politique velléitaire pour agir dans le concret de manière beaucoup plus réfléchie en considérant que la prédation règne dans le cadre d’un système, avec des ramifications complexes jusqu’à l’étranger.
Il faut concentrer les énergies sur la Renaissance de la RDC.
L’ensemble du système judiciaire convient d’être repensé en fonction des besoins socio-économiques de la société congolaise, dont la paix sociale, l’élimination de la pauvreté, la sécurité des personnes et leurs biens, l’éducation de la population aux valeurs positives. Revisitons les textes juridiques et créons des mécanismes de socialisation des lois pour les inscrire dans la conscience individuelle et collective des congolais.
Le 30 juin marque, en réalité, le début d’une lutte âpre de notre décolonisation mentale et spirituelle, afin que l’indépendance cesse d’être une simple date du souvenir sur le départ physique du colonisateur belge. Il faut nous libérer des pesanteurs mentales et spirituelles qui empêchent au peuple congolais d’exercer pleinement sa souveraineté.
Notre indépendance devra être notre pouvoir de guérir la justice et de ressusciter l’Etat congolais.
Bamuangayi Kalukuimbi Ghislain
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