Dans un contexte des relations diplomatiques tendues, la ville de Liège monte au créneau en protestant cette année contre la célébration de l’anniversaire du génocide des Rwandais. Une célébration qui devait se tenir le 12 avril, mais le contexte international a refroidi la Ville et sa police.
A cause de la guerre qui sévit dans l’Est de la RDC, Liège a pris acte du refus de la commémoration du trentième anniversaire, la police a averti le bourgmestre : « Il vaut mieux s’abstenir. Parce que c’est dangereux », estiment les forces de l’ordre liégeoises.
« Une analyse de risques a été effectuée », explique la porte-parole Jadranka Lozina. « La police de Liège a rendu un avis défavorable. Le contexte politique international est particulièrement tendu ».
Le Rwanda qui a rompu ses relations avec la Belgique avec l’idée d’extraire sous le sol congolais les matières premières, et sème la terreur ainsi que la désolation en alimentant le mouvement militaire M23 des instruments de guerre.
Des Congolais, vivant à Liège, ont manifesté vendredi dernier et ont exigé le retrait de M23 sur le sol congolais. A cette occasion, ils ont fait promener un panneau avec la tête du président rwandais Kagame affublée de cornes de diable.
La ville de Liège ne veut pas créer l’occasion pour les deux communautés de s’affronter. Elle suit le conseil policier : « rester neutre ».
Les Rwandais n’apprécient pas. Pour eux, la ville qui ne veut pas co-organiser la commémoration du génocide des Tutsis, c’est presque du négationnisme.
Pour rappel
Ce génocide s’inscrit historiquement dans un projet génocidaire datant depuis plusieurs décennies à travers plusieurs phases de massacres de masse et stratégiquement dans le refus du noyau dur de l’État rwandais de réintégrer les exilés tutsis, objet de la guerre civile rwandaise de 1990-1993. Cette guerre, commencée en 1990, opposait le gouvernement rwandais constitué d’Hutus soutenu par la France à travers l’opération Noroît au Front patriotique rwandais accusé par les autorités de vouloir imposer, par la prise du pouvoir, le retour des Tutsis exilés dans leur pays.
Les accords d’Arusha, signés en août 1993, qui prévoyaient cette réintégration afin de mettre fin à la guerre, n’étaient encore que partiellement mis en œuvre à cause de la résistance du noyau dur du régime Habyarimana. L’assassinat du président rwandais le 6 avril 1994 déclenche le génocide des Tutsis par les extrémistes Hutus. La commission indépendante d’enquête mandatée par l’ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda estime qu’environ 800 000 Rwandais, en majorité tutsi, ont perdu la vie durant ces trois mois.
Michel Okaso
