(Par le Prof. Patience Kabamba)
Hier soir, un collègue m’a posé une question sans gants : « Professeur Kabamba, votre révolution sur laquelle vous écrivez souvent, quand aura-t-elle lieu ? Le MDW est en quelque sorte une réponse à cette question. Le titre de ce MDW est un clin d’œil à deux auteurs, Céline qui a écrit le voyage au bout de la Nuit et Francis Cousin qui vient de publier dans Racines et Cultures, le voyage au bout de la fin du Capital. Les deux livres sont aux antipodes l’un de l’autre quant à leurs conclusions. Le livre de Céline raconte la souffrance humaine de 1914 en 1930. Il parle de la guerre, de la colonisation et des ouvriers de Detroit. Après la lecture du livre de Céline, on est triste, une tristesse de l’expérience mondiale.
Le livre de Cousin sur le voyage au bout de la fin du capital est porteur d’un espoir. Commune de Paris (1871), commune de Kronstadt (1921), Barcelone (1937), Budapest (1956). Toutes ces révoltes sociales ont été réprimées par le capital. Le capital veut faire de nous des abroutis qui ne vivent que pour chercher de la *marchandise* sur le marché des échanges mondiales. Mais, en même temps Cousin reprend la première section du premier chapitre du premier livre du Capital qui parle de la nécrologie du capital. La valeur d’échange représentée par son équivalent universel qu’est l’argent a eu une date de naissance, elle a un développement et aura une date de décès. Ce que nous vivons aujourd’hui comme dictature de la quantité sur la qualité va disparaitre. C’est le message de Francis cousin. Les livres de Cousin et celui de Céline aboutissent à des conclusions diamétralement opposées, mais dialectiquement semblables. Les gens informés diront que c’est Orwellien. Oui, Georges Orwell nous parle dans Éloge à la Catalogne de deux attitudes des belligérants de deux guerres mondiales. A la sortie de la première guerre mondiale, les militaires juraient de ne plus reprendre cette boucherie au nom du capital. Les soldats avaient compris qu’en réalité la guerre était causée par la rivalité commerciale entre l’empire britannique et la machine-outil allemande qui atteignait déjà Basora en Irak. Pour les Britanniques, il fallait arrêter à tout prix le progrès commercial allemand. Les soldats, selon Orwel, avaient bien compris qu’ils se sont battus pour le capital. Ils juraient tous de ne plus recommencer, “plus jamais cela, proclamaient-ils”. Au retour de la deuxième guerre mondiale, les soldats avaient une toute autre attitude. Ils disaient : ”On a bien fait de détruire ces gens, ce sont des conards ; s’il fallait le refaire, nous le referons.” Une attitude complètement aux antipodes de celle des soldats de la première guerre mondiale. Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi, de la condamnation de la boucherie humaine, on en arrive à l’applaudir? La révolution dont je parle aujourd’hui consiste à faire le voyage inverse de soldats d’Orwell.
Le titre de ce MDW est qu’au Congo, nous avançons inexorablement vers la fin de la dictature politique. Lorsque nous faisons la synthèse dialectique de toutes les relations historiques et présentes, nous nous apercevons que nous pouvons prédire la fin des dictatures politiques au Congo. Les gens qui étaient sans soucis de la politique commencent à se réveiller. Lorsqu’on décrit les prix des chaussures, du bracelet et de la montre du président, les gens s’entonnent et se réveillent. Le président porte une montre de 8.000 euro (8700 $), un bracelet de 6500 euro (7000 $) et des chaussures de 11.000 euro (12 000 $). Ces chiffres font réfléchir quelques personnes qui comprennent comment la marchandise confisque la vie de nos politiques. La politique ne se définit plus comme un sacerdoce ; un sacrifice de la vie personnelle pour le bien-être collectif. La prise de conscience de certains Congolais à cette occasion nous rapproche du bout de la fin de nos souffrances. Le voyage s’est encore accéléré lorsque le salaire des députés a été rendu public. Un député de la nouvelle législature gagnera 33 000 dollars par mois. Les émoluments annuels d’un député congolais reviennent à 396.000 $. Dans ce même pays où le salaire annuel d’une infirmière est de 1200 $ en raison de 100 $ le mois, la somme que le parlementaire retirerait du trésor public sera simplement une insulte aux hommes et femmes congolais qui cherchent un salaire de paix dans leur vie ; un salaire qui puisse leur permettre de se faire soigner quand ils sont malades, de se nourrir et d’envoyer leurs enfants dans des bonnes écoles. Mais, aujourd’hui, le pays connait un taux de malnutrition élevé dans certaines provinces, alors que les contribuables congolais octroient 33,000 $ mensuellement à chaque élu de la république.
A titre comparatif, le salaire net d’un député français est de 7.493 euros (8200 $) par mois. La comparaison est fausse parce qu’en France, il n’y a pas de problème de malnutrition ; ils n’ont plus de problème d’eau potable ou de milieux complètement enclavés. Nos députés n’ont aucune raison de percevoir ce salaire dans la conjoncture actuelle du Congo où le produit intérieur brut (PIB) est 10 fois moins élevé que celui de la France. La découverte de ce nouveau salaire a fait réagir de nombreux Congolais. Hier, ils ne comprenaient pas le pourquoi d’une révolution, aujourd’hui, ils comprennent. La révolution est une expression astrale. L’étoile a fait sa révolution lorsqu’elle revient à sa position de départ après un périple orbital.
Notre position originale est le communisme, nous sommes des êtres de relations humaines dans une communauté d’êtres humains. Après le périple de la marchandise aliénatoire dans la dictature de la valeur d’échange, dans le règne de la quantité, nous retournerons vers la qualité de l’être qui est notre position originale. Le capitalisme congolais va mourir de l’impossibilité de la rente minérale qui sera réclamée par la multitude qui commence à comprendre aujourd’hui. Ce mode de production (nous vivons des loyers sur nos minerais) a produit des rapports sociaux où les uns touchent *33,000* $ le mois et les autres ont moins de 100 $ le mois dans une même ville avec les mêmes prix des denrées alimentaires.
En comprenant ce qui se passe, nous avons entamé notre voyage au bout de nos souffrances.
