Lettre ouverte à Son Excellence, Monsieur Le Président,
Excellence, Monsieur le Président de la République,
Je saisis cette occasion, en pleine crise politique locale dans la commune de la Gombe, pour vous adresser cette lettre ouverte par voie de presse. Mon objectif est de vous faire part de ma profonde préoccupation face à l’absence de scrutin pour l’élection des maires et des bourgmestres, deux ans après la tenue des élections générales de fin 2023. Je ne suis pas une figure publique connue dont la lettre pourrait prendre une grande ampleur, mais au-delà de ma notoriété, ce que j’évoque ici ne peut laisser aucun Congolais soucieux de la stabilité du pays indifférent. La situation actuelle exige une attention urgente et des mesures concrètes pour préserver l’unité et la démocratie de notre nation.
L’affaire de Gombe, si elle demeure sans solution, pourrait, à terme, entraîner des répercussions néfastes et faire tache d’huile dans d’autres localités. Il est essentiel que vous fassiez preuve d’initiative et de responsabilité afin de mettre fin à cet immobilisme qui fragilise la gouvernance locale et compromet l’avenir de nos villes et communes.
Permettez-moi, Excellence, avant de développer mon propos, de vous assurer de ma plus sincère volonté de soutenir votre action politique en cette période difficile, où une partie de notre territoire est occupée par une armée étrangère. Tenez bon, Excellence, dans tout ce que vous entreprenez pour récupérer les zones sous occupation, afin de redonner de l’espérance à nos compatriotes de l’Est, aujourd’hui isolés dans leurs retranchements. La nuit peut sembler longue, mais la lumière du jour finit toujours par jaillir, et avec elle, la victoire dans cette bataille politique, diplomatique et militaire que vous avez engagée. J’apprécie votre silence dans la gestion de cette crise, même si certains pourraient y voir une faiblesse. Cependant, ce silence est compréhensible et témoigne de la force de réponses appropriées, adaptées à la situation.
Excellence,
Depuis l’adoption de la loi organique sur la décentralisation en 2008, qui a établi les principes de libre administration et d’autonomie des Entités Territoriales Décentralisées (ETD) en matière de gestion et de ressources, trois cycles électoraux se sont succédé sans qu’aucune élection municipale ou locale ne soit organisée. Cette lacune démocratique a été comblée par vous lors des élections du 20 décembre 2023, organisées par la CENI, marquant ainsi un tournant dans l’intérêt des Congolais pour leurs territoires, désormais perçus comme des éléments essentiels au développement et à la cohésion nationale. Cependant, cet élan s’est arrêté après l’élection des conseillers communaux et urbains, en raison du manque de moyens financiers pour organiser les élections des exécutifs locaux, ce qui entraîne aujourd’hui une crise politique et démocratique dans la commune de Gombe.
Excellence,
Le rôle que peuvent jouer les entités territoriales décentralisées dans le développement durable d’un pays n’est plus à démontrer. Dans un pays comme le nôtre, où, depuis des décennies, tous les citoyens ne disposent pas d’une pièce d’identité, où les services d’état civil sont défaillants, et où les problèmes d’assainissement, y compris les inondations urbaines, sans oublier le banditisme urbain, inquiètent les populations, une gouvernance locale efficace apparaît comme une réponse crédible à ces défis. Pour faire de la RDC, avec ses dimensions continentales, un pays unifié et bien organisé, il est indispensable d’établir une présence durable des autorités locales, dotées des moyens politiques et économiques nécessaires. Cela permettra de renforcer la stabilité, d’assurer une meilleure gestion des ressources, de favoriser un développement équilibré pour l’ensemble de la population, et de freiner l’appétit de ceux qui prônent le fédéralisme.
Dans cette optique, je souhaite proposer une initiative innovante et pragmatique : faire en sorte que l’organisation des élections des exécutifs locaux soit assurée par les élus eux-mêmes, avec l’appui de tous ceux qui souhaiteraient faire vivre la démocratie dans nos entités territoriales décentralisées. Concrètement, je suggère de commencer par la ville de Kinshasa, en expérimentant ce processus pour servir de modèle pour l’ensemble du pays. L’idée serait que, dans un premier temps, les conseillers élus se réunissent, en Assemblée plénière, pour élire eux-mêmes leurs maires ou bourgmestres avec l’appui du Ministère de l’Intérieur. Cette démarche, essentielle pour faire vivre la démocratie, repose sur la volonté et la responsabilité des élus locaux. Une telle initiative permettrait de relancer rapidement la gouvernance locale, de renforcer la légitimité des élus, de les responsabiliser dans leurs missions et de créer un précédent pour une organisation plus participative et efficace lors des élections à venir.
Je suis convaincu que cette démarche pourrait contribuer à restaurer la confiance dans le processus démocratique local, tout en étant une solution pragmatique face aux contraintes financières et logistiques actuelles. En expérimentant cette méthode à Kinshasa, nous pourrions recueillir des enseignements précieux pour une généralisation progressive à d’autres villes et communes.
Excellence,
J’insiste vivement, sous votre autorité, sur l’importance capitale de l’organisation des élections des exécutifs locaux. Il est crucial que cette question soit traitée avec toute l’attention qu’elle mérite. Nous espérons que vous prendrez le temps de lire cette lettre, qui vise à souligner l’urgence de cette problématique. La même démarche s’adresse également au Ministre de l’Intérieur, en charge des entités territoriales décentralisées.
J’espère que cette proposition d’organiser les élections des exécutifs locaux par le biais des Assemblées urbaines et communales, en dérogation à la loi organique n° 08/016 et de la loi électorale n° 06/006, retiendra votre attention. Je souhaite qu’elle s’inscrive dans une stratégie plus large de décentralisation et de renforcement de la gouvernance locale en RDC. Restant à votre disposition, je serai heureux d’en discuter davantage et de soutenir cette initiative afin d’en assurer la transparence et la réussite qu’elle mérite.
Dr David MENGE
Conseiller municipal honoraire de la ville d’Ivry-sur-Seine (France)
